Dans le cadre de l’étude, les élèves ont accès à un ordinateur portable.
Améliorer la qualité du français chez les jeunes à l’aide de l’ordinateur? D’aucuns pourraient douter que ce soit possible. C’est pourtant ce que tente de prouver Thierry Karsenti, professeur à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les technologies de l’information (TIC) en éducation.
En phase de démarrage dans une école primaire de Montréal-Nord, le projet consiste à étudier le rendement et la motivation des élèves d’un milieu défavorisé et multiethnique à qui l’on a donné des ordinateurs portables MacIntosh.
Motiver les jeunes par des activités mettant la technologie à profit est une chose. Mais prétendre qu’ils amélioreront leur français sans se donner la peine d’aller chercher un mot dans le dictionnaire en est une autre. Thierry Karsenti sait qu’il prête le flanc à la critique, mais demeure optimiste. À l’écran, le soulignement en rouge d’un mot comportant une faute agace les jeunes. «C’est sûr que l’élève peut choisir un mot parmi ceux de la liste suggérée par le correcteur. Mais, après deux ou trois fois, il va aussi se poser des questions», croit-il.
M. Karsenti estime qu’un élève va acquérir le réflexe de changer le mot avant que celui-ci soit souligné. «Au Nintendo, lorsqu’un jeune passe par un endroit et explose, va-t-il repasser au même endroit?»
En outre, le professeur explique, en citant une étude de l’Université Stanford : «Il a été démontré que la rétroaction immédiate que permet l’apprentissage par ordinateur stimule les élèves.»
Bien sûr, l’ordinateur ne soulagera pas tous les maux du système d’éducation, pas plus qu’il n’est une panacée pour amener les enfants à écrire sans fautes. «Toutes les technologies employées ont un effet positif, à condition de bien encadrer leur utilisation, reconnaît le professeur. Sans encadrement, le seul but atteint est l’augmentation de la motivation des jeunes. Mais on ne progresse pas sur les autres plans.»
Bon pour les «pas bons»
L’étude, financée en partie par la Fondation canadienne pour l’innovation, vise trois objectifs : motiver les élèves susceptibles de décrocher, faciliter leur apprentissage du français et leur procurer un plus grand sentiment de compétence à l’école.
En tout, 75 jeunes de 2 classes, dont une composée d’élèves aux prises avec de graves difficultés d’apprentissage, participent à l’étude. Ces derniers sont initiés au multimédia par de courts textes et vidéos qu’ils réalisent pour le journal de l’école. En plus de faire des activités liées à l’ordinateur, les enfants devront remplir un journal de bord.
L’ordinateur ne remplace pas le professeur
Conscient de l’énorme tâche des enseignants, le chercheur se fait rassurant. «L’idée est de les appuyer, de les aider à passer à travers l’année de l’étude pour pouvoir documenter leur expérience, a soutenu M. Karsenti. Les enseignants ne vont pas être remplacés par l’ordinateur, mais celui-ci va pouvoir les aider.»
Et, selon lui, il est urgent pour le système d’éducation de se mettre au diapason des nouvelles technologies. Selon une récente étude de la firme-conseil américaine en marketing Harrison Group, les jeunes de 13 à 18 ans font usage de technologie en moyenne 72 heures par semaine. Et, au Québec, 86 % des enfants de 4 à 6 ans ont déjà touché à un ordinateur avant de commencer l’école primaire.
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