Pierre Brassard | www.pierrrebrassard.com

Station de métro Place-Saint-Henri, direction Montmorency. C’est mardi, il est 19 h.

Elle est là sur le quai, bien droite, accotée au mur. Elle attend le métro sans l’atten­dre vraiment, puisque absor­bée par sa lecture. Cette femme a peut-être 50 ans et espère le printemps. Ça se voit par cette légère veste de lin rose qu’elle a revêtue, refusant foulard et manteau malgré les degrés qui aujourd’hui plongent sous zéro.

À ses pieds est posé un panier qui contient ses courses et duquel dépassent les cous et les corolles d’une douzaine de tulipes rouges.

Plongée dans son livre, disions-nous, elle n’a pas levé les yeux de l’essai sur la sagesse qu’a commis un certain et néanmoins vénérable Guéshé Kelsang Gyatso. Un nom impossible à retenir, je sais; c’est pour ça que je prends des notes!

Je me tiens près d’elle et tente, le plus discrètement possible, de consulter l’ou­vra­ge par-dessus son épaule. Le passage que «nous» lisons concerne la compassion, la modestie et aussi les dangers du succès. «Plus un individu loge dans les hautes sphères de la société, plus sa chute sera dure. Ainsi, il vaut mieux rester au bas de l’échelle», explique Guéshé dans toute son humble magnificence bouddhique.

La dame soupire en tournant la page sur ce passage qui semble la laisser perplexe. Le détachement est un exercice parfois extrêmement difficile qui, on s’entend, est des plus nobles. Mais nous ne sommes pas tous les jours disposés à exercer ce karaté de l’âme. Pour le moment, la chose sur laquelle la lectrice applique un détachement assuré, c’est sa lecture, puisqu’elle envoie le respectable moine bouddhiste rejoindre ses tulipes dans le panier pour retirer de ce dernier un Paris Match bien mérité en cette fin de journée.

Qui a dit qu’on ne pouvait pas être une chose et son contraire? Contempler l’univers et la constellation des stars qui s’élèvent bien haut dans un firmament virtuel, tout ça en aspirant à atteindre peut-être, un jour,  une profonde sagesse?

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