Collaboration spéciale Homa Hoodfar, emprisonnée en Iran, est anthropologue et professeure à l'Université de Concordia.

MONTRÉAL — Un groupe d’universitaires montréalais demande aux gouvernements d’exercer des pressions afin d’obtenir la libération d’une professeure canado-iranienne emprisonnée à Téhéran depuis maintenant trois mois.

Homa Hoodfar, qui enseignait à l’Université Concordia, est détenue à la prison d’Evin, à Téhéran, depuis le 6 juin, et de récentes informations laissent croire que sa santé s’est détériorée. Elle souffre de problèmes neurologiques graves, selon sa famille, et les autorités iraniennes auraient refusé qu’elle soit examinée par un médecin indépendant.

Ses collègues de Concordia accroissent les pressions sur les gouvernements canadien et iranien, mais aussi sur celui d’Irlande — Mme Hoodfar a acquis la citoyenneté irlandaise en se mariant.

«La situation est urgente, il s’agit maintenant d’une question de vie ou de mort», a soutenu en conférence de presse mercredi Kimberley Manning, de l’Institut Simone-de-Beauvoir, de Concordia.

«Nous ne sommes pas même sûrs qu’elle soit en vie, nous ne connaissons pas son état de santé», a lancé Françoise Naudillon, professeure au département d’études françaises à Concordia.

La docteure Hoodfar, âgée de 65 ans, est soupçonnée par Téhéran d’avoir collaboré avec un «gouvernement hostile» et d’avoir mené une propagande contre l’État iranien — des accusations «fabriquées», selon sa famille et ceux qui l’appuient. La professeure d’anthropologie est née en Iran, mais réside à Montréal depuis 30 ans. Elle est connue pour ses recherches sur les musulmanes dans différentes régions du monde.

Sa famille affirme qu’elle s’est rendue en Iran en février pour visiter sa famille et mener des recherches universitaires. Mme Hoodfar avait d’abord été arrêtée en mars, peu avant son retour prévu au Canada. Libérée sous caution, elle avait été arrêtée de nouveau le 6 juin et incarcérée à la prison d’Evin, de triste renommée. C’est là que la photojournaliste montréalaise Zahra Kazemi était morte, en 2003, après avoir pris des photographies de la prison.

Accroître la pression

Les collègues de la docteure Hoodfar affirment que quelque 5000 universitaires dans le monde ont signé une pétition cet été et que certains se sont rassemblés devant l’ambassade d’Iran à Dublin, mercredi.

Affaires mondiales Canada répète que cette cause demeure une «priorité», mais Ottawa n’a toujours pas de liens diplomatiques directs avec Téhéran — l’ambassade canadienne a été fermée en 2012. Emer O’Toole, professeure d’études irlandaises à Concordia, croit que l’Irlande pourrait justement être mieux placée que le Canada pour intervenir à Téhéran.

Kimberley Manning, directrice de l’Institut Simone-de-Beauvoir, a prévenu qu’il s’agit du premier d’une série de gestes visant à accroître la pression sur l’Iran.

«Nous avons été jusqu’ici plutôt discrets, afin de permettre les jeux de coulisse, mais nous n’avons pas vu les fruits de cette stratégie, alors il est maintenant temps de devenir plus visibles, a indiqué la professeure Manning. Nous devons réagir au fur et à mesure que les informations parcellaires nous parviennent», en prenant bien soin de ne pas mettre en péril la sécurité de Mme Hoodfar, a-t-elle dit.

Marc Lafrance, collègue de Mme Hoodfar au département d’anthropologie de Concordia, a cependant offert une mise en garde contre les manifestations, une mesure «délicate», selon lui.

«Parfois, les manifestations peuvent embrouiller la chose: nous ne voulons surtout pas que cela dérape et que ça devienne par exemple une occasion pour une manifestation anti-islam (…) qui nuirait énormément à la cause de Homa et serait complètement à l’opposé de ce que nous cherchons à faire», a-t-il estimé mercredi.

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