Il y a une décennie, le carrefour formé des avenues du Parc et des Pins était en plein chantier. Le «spaghetti de béton», qui pesait sur l’intersection stratégique reliant le mont Royal au centre-ville, était alors en voie d’être complètement détruit pour laisser place à des voies de circulation au niveau du sol. Dix ans plus, la situation s’est-elle améliorée?

«On voulait faire en sorte que [l’intersection] devienne sécuritaire pour tout le monde, autant pour les vélos que les piétons et qu’on puisse se rendre sur le mont Royal sans difficulté. À tout le moins, cet objectif est atteint», relate Pierre Houle, un citoyen membre de la Communauté Milton Parc qui, avec plusieurs de ses voisins, a pressé la Ville de Montréal au tournant des années 2000 à réaménager le carrefour formé des avenues du Parc et des Pins.

Le maire de l’époque, Pierre Bourque, s’y était engagé en 2000, tout juste avant de perdre ses élections marquées par les fusions municipales. Il y voyait déjà une piste cyclable qui borderait la montagne et un système léger sur rail (SLR) qui sillonnerait l’avenue du Parc. Cette promesse de démolir l’échangeur des Pins était aussi celle de l’Union des citoyens de l’île de Montréal, que dirigeait Gérald Tremblay. Sa candidate à la mairie du Plateau-Mont-Royal, Helen Fotopulos, l’avait, entre autres, exigé pour se rallier à la formation politique.

«Je m’étais engagée auprès de la communauté», explique celle qui avait commencé sa carrière politique aux côtés de Jean Doré.

Résidant à deux pas de l’endroit où était jadis la bretelle Hutchison, M. Houle se rappelle la vitesse à laquelle roulaient les automobilistes dans les rues résidentielles, les accidents qu’elle entraina – sa voiture a été endommagée à deux reprises – et, surtout, les difficultés de se rendre sur la montagne à pied.

«On montait sur une bretelle d’autoroute pour aller sur le mont Royal, se souvient-il. Il n’y avait pas de trottoir. Il n’y avait pas de lumières. C’était comme marcher sur une autoroute.»

Aujourd’hui, le «spaghetti de béton», comme plusieurs le surnommaient, n’est plus. Il n’en reste aucune trace, si ce n’est les photos d’archives et les quelques morceaux de béton qu’ont conservés les citoyens du quartier. La Ville de Montréal a dépensé plus de 35M$ pour reconfigurer les voies de circulation. Si le projet est réussi aux yeux de Pierre Houle, ce dernier aimerait bien qu’un véritable aménagement paysager l’entoure.

«Il y a un vent dominant nord-sud pendant toute l’année, explique-t-il. Quand il y a beaucoup de trafic, la poussière monte et descend. Pour faire obstacle à cela, ce serait bien de planter de la végétation ou d’avoir des monticules.»

M. Houle croit que le projet de ligne de tramway sur l’avenue du Parc porté par le maire Tremblay, qui ne s’est pas réalisé, a sans doute retardé les travaux d’aménagement.

Une consultation publique a eu lieu en 2007 pour trouver des idées de réaménagement de la nouvelle intersection sans que de suite ne lui soit donnée, se rappelle Pierre Houle.

Plusieurs idées avaient été lancées, dont celle d’y installer une fontaine, une œuvre d’art publique, et même une arche. «On n’avait pas le budget, ni à la Ville, ni à l’arrondissement, confie Mme Fotopulos. Et il y avait aussi ce choix quasi unanime de laisser tel quel l’intersection et de laisser la prochaine génération décider de ce qu’il y aurait à cet endroit.»

Le directeur des politiques d’Héritage Montréal, Dinu Bumbaru, croit qu’il temps de mieux définir cette intersection, qui marque la transition entre la montagne et le centre-ville. Le changement de vocation de plusieurs bâtiments à proximité (l’Hôtel-Dieu, le Royal-Victoria et le couvent des Sœurs hospitalières) constitue, selon lui, «une belle occasion» d’y réfléchir.

«Il y aurait certainement quelque chose à imaginer pour les terrains qui ont été gagnés au sud de l’avenue des Pins, dit M. Bumbaru. Présentement, c’est un gazon qui glorifie un abribus. Face à l’Hôtel-Dieu, il y a peut-être moyen de faire quelque chose qui soit un peu plus respectueux.»

Le Conseil régional de l’environnement de Montréal (CRE-Mtl) pense pour sa part que des améliorations doivent être apportées pour rendre plus sécuritaires les déplacements à proximité de l’intersection. La durée des traverses est trop courte, alors que la signalisation et le marquage au sol sont peu efficients pour signaler la présence de piétons et de cyclistes, juge son responsable des campagnes transport, GES et aménagement urbain, Félix Gravel.

«Il y a eu une réelle amélioration par rapport à l’infrastructure purement autoroutière, [mais] le type de boulevard urbain [choisi] a signifié aux automobilistes qu’ils pourraient continuer à rouler vite, dit-il. C’est ce qui fait que c’est une des artères les plus meurtrières de Montréal. Quelqu’un est passé sur la rouge encore cet hiver et a écrasé un piéton.»

D’après les données de la Société d’assurance automobile du Québec, six cyclistes et deux piétons ont été happés par des automobilistes à cette intersection de 2013 à 2015.

Le commandant du SPVM Jean-Nicolas Nault indique que la durée de la traverse piétonne a été prolongée à l’angle des avenues du Parc et des Pins au cours des derniers mois. «Ce n’est pas une intersection plus problématique qu’une autre, [mais] on y est souvent parce que c’est une grosse intersection», dit-il.

«On a rencontré la ville-centre à plusieurs reprises au sujet de cette intersection», mentionne pour sa part le maire actuel du Plateau-Mont-Royal, Luc Ferrandez. Selon lui, il est nécessaire de revoir l’aménagement qui l’entoure pour assurer la sécurité des piétons et des cyclistes, mais aussi de réfléchir aux installations municipales dans le secteur. Ses citoyens lui ont, entre autres, proposé de construire une piscine ou d’y faire un parc à chiens. Le plan directeur des grands parcs doit d’abord être révisé, insiste M. Ferrandez.

Malgré les demandes répétées de Métro, la Ville de Montréal n’a pas précisé si elle avait des projets pour l’intersection des avenues du Parc et des Pins.

Ligne du temps

1959-1962: Construction de l’échangeur.

1976: Les citoyens du quartier se plaignent de l’impact du trafic automobile. Ils s’opposent au projet de la Ville de prolonger la rue Jeanne-Mance jusqu’à l’avenue du Parc avec la construction d’un tunnel sous l’échangeur. Le projet est abandonné.

1988: Dans son plan de mise en valeur du mont Royal, la Ville prévoit la démolition de l’échangeur.

1990: Des organismes, dont Héritage Montréal et les Amis de la Montagne, demandent la démolition de l’échangeur.

1991: Le projet de démolition de l’échangeur est inscrit au Plan d’urbanisme de la Ville.

2000: Le maire Bourque annonce son intention de démolir l’échangeur

2002: Fermeture de la bretelle Hutchison.

2005 à 2008: Démantèlement de l’échangeur et aménagement d’une intersection au sol.

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