Archives Métro Me Denis Gallant, inspecteur général à la Ville de Montréal.

Montréal est la seule ville canadienne qui dispose d’un inspecteur général pour surveiller les contrats octroyés par les fonctionnaires et les élus. Un inspecteur général, dont certains des pouvoirs font l’envie de ses collègues américains, si l’on se fie aux propos tenus lors d’un symposium qui se tient à Montréal jusqu’à vendredi. En voici la raison, en trois temps.

1-C’est quoi? Le Bureau de l’Inspecteur général (BIG) de Montréal compte parmi ses 32 employés neuf enquêteurs, trois ingénieurs et trois avocats. Contrairement à l’Unité permanente anticorruption (UPAC), le BIG ne fait pas d’enquêtes criminelles, se contentant d’enquêtes administratives. «Ça nous donne plus de souplesse dans nos interventions, car on n’a pas besoin de mandats pour intervenir et on a quand même des griffes, car on peut par exemple fouiller dans des ordinateurs sur des choses précises», a expliqué Me Denis Gallant, qui dirige le BIG. «À Montréal, vous êtes les seuls en Amérique du Nord où l’inspecteur général a le pouvoir d’annuler des contrats», a indiqué Philip Zisman, le directeur général de l’Association of Inspectors General.

2-C’est rentable? Le BIG dispose d’un budget de 5,5M$ pour analyser les activités de la Ville et de plusieurs organisations, telles que BIXI-Montréal ou la Société de transport de Montréal. Est-ce que ça a rapporté? «C’est aussi dur que de mesurer combien un policier sur la route sauve de vies», a répondu Me Gallant. Ce dernier souligne néanmoins l’annulation de l’appel d’offres pour un contrat de 25M$ à l’usine d’eau Atwater. «En faisant les choses correctement dans ce dossier, on aurait pu sauver 6M$, soit l’équivalent de mon budget annuel», a-t-il ajouté. Selon les données tirées des 72 inspecteurs généraux fédéraux des États-Unis, chaque dollar investi dans un bureau d’inspection génère de 10$ à 20$ d’économies», a précisé Philip Zisman.

3-C’est indépendant? L’efficacité d’un inspecteur général dépend de l’indépendance de son bureau. Or, selon une étude de Robin Kempf, réalisé auprès de 159 bureaux aux États-Unis, 56% d’entre eux ont déclaré ne pas disposer d’une pleine indépendance. «Si vous faites bien votre boulot, vous allez être attaqué», a prévenu Stephen Street, l’inspecteur général de la Louisiane, en ajoutant du même souffle que les élus avaient tenté à deux reprises en cinq ans de couper son budget. «À Montréal, l’existence du BIG est inscrit dans la loi, ça préserve son indépendance», a souligné le maire Denis Coderre. Aux États-Unis, seulement 61% des inspecteurs généraux ont leur existence enchâssée dans la loi.

 

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