Une publicité de Calvin Klein, qui recouvre un large mur de la station Berri-UQÀM, suscite la grogne.

Projet Montréal juge «dérangeante» et «sexiste» cette publicité qui peut être aperçue par les usagers se trouvant sur le quai Angrignon. Elle montre deux photos de garçons et deux photos de filles qui font la promotion des sous-vêtements de la marque américaine.

«Le corps féminin est utilisé comme un objet pour vendre», a fulminé la conseillère de De Lorimier, Marianne Giguère. Cette dernière a dénoncé la maigreur des filles et leurs positions suggestives. «Les gars sont tout habillés et ils sont dans une position de puissance et de dominance, a-t-elle ajouté. C’est grossier à quel point le message qui est véhiculé et perpétué est reconnu comme étant socialement mauvais.»

La Coalition nationale contre les publicités sexistes (CNPS), qui a été créée à l’initiative de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), abonde dans le même sens. Sa porte-parole, Elise Ross-Nadié, a souligné dans un échange de courriels «les poses lascives et séduisantes» des mannequins, leurs «regards séducteurs» et leurs «bouches sexualisées et entrouvertes».

«Le contraste est d’autant plus frappant puisque les hommes sont habillés et non sexualisés alors que les femmes sont partiellement nues et tout particulièrement sexualisées», a soulevé Mme Ross-Nadié. Cette dernière a indiqué que la CNPS dénoncera la publicité.

La Société de transport de Montréal (STM) a expliqué de son côté que les publicités qui sont affichées dans le réseau du métro ou les bus sont toutes analysées pour qu’elles soient conformes au Code canadien des normes de la publicité. Elle a référé Métro à la disposition 14, qui traite de discrimination, de violence, de dénigrement, de dignité humaine et qui statue que «des publicités peuvent déplaire, sans qu’elles n’enfreignent pour autant les dispositions de cet article».

Il n’a pas été possible de connaître les arguments qui ont fait en sorte que cette publicité de sous-vêtements de la marque Calvin Klein soit acceptée par la STM.

L’organisme en charge de l’autorèglementation de la publicité, les Normes canadiennes de la publicité (NCP), était au fait de la présence de la publicité de Calvin Klein à la station Berri-UQAM. «C’est une publicité pour laquelle si on reçoit des plaintes, on va la regarder à la lumière du Code [canadien des normes de la publicité]. Le fait que ça soit dans le métro de Montréal pourrait être un élément», a expliqué la directrice des communications, Danielle Lefrançois. Cette dernière n’a pas été en mesure de dire si des plaintes avaient été reçues puisque le processus est confidentiel. Si c’était le cas et si elles étaient fondées, NCP demanderait à Calvin Klein de modifier la publicité et même de la retirer.

Métro a contacté l’entreprise américaine pour connaître son point de vue, mais au moment de mettre en ligne, elle n’avait pas répondu à nos questions.

Pour le professeur du département de communication sociale et publique de l’Université du Québec à Montréal, Yanick Farmer, la publicité de Calvin Klein est à la limite de l’acceptable.

«On est dans une société assez libérale, a-t-il expliqué. La séduction et la sexualité occupent quand même une place importante dans les relations sociales. Je ne dirais pas que la publicité n’est pas conforme aux valeurs qui dominent dans le reste de la société. La séduction fait partie de la vie. Dans le processus de séduction, des gens vont faire appel à leur attribut physique, d’autres vont faire appel à l’humour et à l’intelligence.»

M. Farmer a fait la différence entre l’image d’une femme en mode séduction qui s’affiche libre et maître de son corps et une autre où la femme serait présentée comme un objet seulement utile pour satisfaire les désirs de l’autre.

«On mine la dignité humaine si le corps devient un objet qu’on peut utiliser à volonté et que la personne n’est pas propriétaire de son corps, a rapporté le professeur de l’UQAM. J’ai déjà vu des publicités clairement inacceptables où la femme était un simple objet pour satisfaire le désir sexuel de l’homme. Si ça ne faisait pas notre affaire, on pouvait en disposer à notre guise, et même utiliser la violence.»

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