Le métro de Montréal fête demain son 50e anniversaire. Pour l’occasion, Métro explore différentes facettes du réseau souterrain dans lequel se déplacent les Montréalais depuis 1966. Aujourd’hui, place à l’art dans le métro

Le photographe montréalais Christopher Forsyth prend plaisir à visiter les réseaux de métro. S’il apprécie le design de tous ceux qu’il a visités, il a un parti pris pour celui de Montréal. Discussion sur les réseaux souterrains, où transitent à chaque jour des milliers d’usagers.

Vous avez visité les métros de Montréal, de Munich, de Berlin, et de Stockholm. En tant qu’artiste, qu’est-ce que vous aimez de ces réseaux souterrains?
Ce qui m’incite à photographier les réseaux de métro, c’est la diversité architecturale des stations. Le métro de Montréal est reconnu pour son design unique, du fait que chaque station a été imaginée par un architecte différent. Aucune station n’est identique à une autre. Ce qui fait qu’il y a une histoire architecturale et une grande variété de lieux. Les métros de Munich, de Berlin et de Stockholm m’ont épaté pour ces raisons, mais aussi pour leurs différences avec celui de Montréal. Chaque réseau de métro a quelque chose de très spécial à offrir.

Dans quelle mesure le métro de Montréal est-il différent des autres que vous avez visités?
Il est davantage complet. Des bâtiments jusqu’au quais, les stations du métro de Montréal offrent une expérience architecturale plus intéressante. Toutes les stations ont été conçues de façon méticuleuse, jusqu’aux bancs où on peut s’asseoir, ce qui donne l’impression qu’aucun détail n’a été négligé. C’est quelque chose qu’on prend pour acquis, mais ce ne sont pas toutes les villes qui réfléchissent ainsi à chacune de leurs stations de métro.

Avez-vous visité toutes les stations du métro de Montréal?
Oui, mais je ne les ai pas toutes photographiées. C’est un défi de trouver un angle unique pour chaque station sans me répéter.

Y a-t-il une station que vous aimez particulièrement ?
Parmi mes stations favorites, il y a De la Savane, De l’Église, Sherbrooke, LaSalle et Radisson. Elles ont chacune quelque chose d’unique à offrir à leurs visiteurs.

Vous êtes-vous attardé à l’art public dans le métro ?
Tout comme l’architecture, l’art public dans le métro me raconte des histoires intéressantes sur la Ville de Montréal. Même si je ne le photographie pas beaucoup, j’aime l’art public du métro. Mes œuvres préférées sont la murale montrant un grand cercle orange de Mario Merola à la station Sherbrooke, la structure d’éclairage au métro Namur et les panneaux muraux à la station Parc.

Prévoyez-vous aller visiter d’autres métros dans un avenir rapproché ?
J’espère pouvoir continuer mon projet au cours des prochaines années, mais je n’ai pas encore décidé où j’irai en voyage la prochaine fois.

Pour voir d’autres clichés de Christopher Forsyth: chrismforsyth.com

Des stations de métro uniques

Les ingénieurs de la Ville de Montréal n’étaient pas chauds à l’idée que les stations de métro soient toutes différentes l’une de l’autre. C’est l’architecte de la Ville de Montréal, Guy R. Legault qui propose de faire appel à des architectes en amont pour concevoir les plans des stations de métro.

«Il ne fallait pas que les architectes soient appelés quand tout était fini et tout est décidé, seulement pour faire de la décoration qui n’a pas d’allure, raconte M. Legault en entrevue à Métro. Les stations, ce sont les lieux où les gens vont prendre le métro. Donc, il fallait que ces endroits soient ordonnés, plaisants, sympathiques et que ce soit un sujet d’architecture.»

Lorsque le projet de métro est confirmé par l’administration Drapeau-Saulnier, M. Legault confie son idée à son patron de l’époque, Claude Robillard, qui est le directeur de l’urbanisme. Celui-ci apprécie tellement la proposition qu’il va en parler au maire.

«M. Robillard était un ami intime de Jean Drapeau, rapporte M. Legault. Pas besoin de vous dire que Jean Drapeau a sauté sur l’occasion. C’est le genre d’affaire qu’il aimait.» Les ingénieurs de la Ville de Montréal ont ainsi dû battre en retraite. Il était prévu que chaque station de métro soit dessinée par un architecte différent. Dans les faits, une poignée d’architectes ont élaboré les plans de plus d’une station.

Les grands architectes de l’époque, Victor Pruss (Mont-Royal et Bonaventure), Roger D’Astous (Beaubien), Jean-Paul Pothier (Laurier), Yves Roy (Lionel-Groulx) et Jean-Louis Lalonde (Place-Saint-Henri), ont tous dessiné des stations de métro.

Cette décision de rendre unique chaque station de Métro déplaît aux Français venus à Montréal pour conseiller l’administration montréalaise dans la réalisation de ce mégachantier. «Les Parisiens ne voyaient pas l’intérêt de faire cela, relate l’historien de la Société de transport de Montréal, Benoit Clairoux. Alors, il y a eu des chicanes entre les Français et les Montréalais.»

«[Toutefois], quand [les Parisiens] ont vu les stations à grand volume qu’on faisait, ils ont fait la même chose pour les stations de RER du centre-ville», poursuit M. Clairoux.

À l’époque, Stockholm et Moscou avait déjà commencé à construire des stations de métro différentes les unes des autres.

La place des oeuvres d’art dans le métro

En plus de concevoir des stations de métro différentes les unes des autres, la Ville de Montréal a aussi discuté de la possibilité d’y installer des œuvres d’art.

  • «Mais ils n’avaient pas le budget», explique l’auteur et historien du métro, Benoît Clairoux. À l’ouverture du métro, en 1966, seulement quelques stations, telles que Saint-Laurent, McGill, Peel et Mont-Royal, étaient dotées d’œuvres d’art.
  • Des architectes ont eu l’initiative de faire une place à une œuvre d’art (Joliette, Saint-Laurent) ou dessiner une station digne d’une œuvre d’art (Radisson, Préfontaine). Des mécènes en ont aussi financées (Sherbrooke, Papineau) et la Ville de Montréal a délié les cordons de sa bourse (Berri-UQAM, Place-Saint-Henri)
  • La première œuvre d’art du réseau du métro installée après l’ouverture est celle réalisée en 1967 par Frédéric Black à la station Place-des-Arts. C’est un mécène, les supermarchés Steinberg, qui l’a payée.
  • D’après la légende, la signataire du Refus globale, Marcelle Ferron, a demandé directement au premier ministre Robert Bourassa de créer une œuvre pour le réseau du métro. Et elle l’a obtenue. Elle a ainsi conçu la verrière à la station Champs-de-Mars.

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