Les travaux de voirie à Montréal vont s’intensifier au cours des 10 prochaines années. La Ville souhaite éliminer totalement les retards dans l’entretien des routes, des aqueducs et des égouts d’ici 2026. Les Montréalais devront prendre leur mal en patience car pour les cinq prochaines années, les travaux d’entretien vont littéralement doubler à Montréal.

«Gouverner, c’est choisir, ce n’est pas plaire. On peut chialer, être en maudit, mais on a une situation qui demande de poser des gestes. Ce qu’on fait c’est un investissement pour l’avenir. Plus on attends, plus ça va couter cher», a tenu à dire le maire de Montréal, Denis Coderre, mercredi, alors qu’il présentait ce plan d’intervention devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

La situation est à ce point critique que 45% des rues de Montréal nécessitent une «attention immédiate» ou sont «préoccupantes», tout comme 22% des conduites d’égout et 13% des conduites d’eau potable. À noter que 62% des conduites d’eau potable sont seulement dans un état «moyen».

Le maire précise que les investissements dans les dernières années ont été nettement insuffisants et souhaite donner le coup de grâce pour mettre un terme à l’important retard dans l’entretien des infrastructures souterraines. Le retard dans l’entretien des infrastructures s’est accumulé sur 2864 km de conduites et routes. En ajoutant le maintien régulier sur 2206 km qui devraient normalement être fait dans les 10 prochaines années, c’est un total de 5070 km qui devront faire l’objet de travaux d’ici 2026.

Il faut dire qu’en 2015, Montréal a effectué l’oscultation de ses routes et conduite avec les normes gouvernementales pour la première fois. Avant, elle se fiait à ses propres critères créés à l’interne. Conséquence : le retard s’est avéré être deux fois plus gros, selon les normes du ministère.

Montréal compte ainsi doubler le nombre de kilomètres annuel sur lesquels des travaux de réfection seront effectués. Si en 2016, Montréal a effectué des travaux sur 295 km, dès 2017, ce nombre va grimper à 676 km et ce pour les cinq prochaines années. Ceci représente une augmentation de 129%. Entre 2022 et 2026, c’est 466km qui seront touchés chaque année.

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Le détail de la localisation des travaux devrait être publié en novembre.

Les investissements devraient suivre pour atteindre ces objectifs, promet le maire Coderre. Entre 2010 et 2013, Montréal investissait bon an mal an entre 132M$ et 230M$ pour ces travaux. Depuis son arrivée au pouvoir, l’administration Coderre investissait en moyenne 300M$ par année.

Le maire de Montréal assure qu’en 2017, pour les festivités du 375e anniversaire de Montréal, il n’y aura pas de travaux au centre-ville de Montréal, sauf s’il y a urgence.

«Le mauvais état des routes entraine des coûts sociaux économique. Les coût associés à la congestion routière sont de 1,5G$ par année. On veut y remédier une fois pour toute. Il faut être pragmatique et responsable», a fait valoir Denis Coderre.

Planification des travaux
L’opposition à la Ville de Montréal convient que l’élimination du retard d’entretien des infrastructures est plus que souhaitable, mais se demande si les travaux seront faits dans les délais.

«Cette année, la coordination des travaux a été difficile, on s’est retrouvé avec des rues connexes et parallèles touchées en même temps par les travaux. Imaginons si on doit faire le double des travaux !», s’inquiète François Croteau, élu de Projet Montréal et maire de Rosemont-La Petite-Patrie.

Il craint également que la Ville «se lance dans une telle opération sans plan d’action pour garantir qu’elle ne se retrouve dans un bourbier complet de congestion». Il estime que Montréal manque également de main-d’œuvre, d’ingénieurs et de surveillants de travaux, ajoutant que «le privé a ses limites».

Afin de limiter la congestion routière, la Ville de Montréal compte faire majoritairement des travaux de planage et de resurfaçage pour les travaux de voirie dans les cinq prochaines années (90% des 507km de voirie prévus annuellement). Puisque ces travaux se font rapidement – 3 semaines plutôt que plusieurs mois – cela aura pour conséquence l’alléger la congestion routière. Il faudra toutefois revenir quelques années plus tard pour faire les travaux en profondeur là où ce sera requis.

«Si on repasse 2 fois à l’intérieur de 7 ans sur une même rue pour refaire des travaux, c’est une mauvaise nouvelle pour les citoyens», précise M.Croteau.

Le professeur au département de génie de la construction à l’École de technologie supérieure, Alan Carter, admet que l’utilisation du planage et resurfaçage est une bonne chose pour la circulation automobile à court terme, puisque ça ne prend que peu de temps à réaliser.

«À certains endroits, ça ne nécessitera pas plus de travaux. Mais à d’autres endroits, il faudra revenir au bout de 2 ou 3 ans. L’avantage c’est que ça empêche l’eau de rentrer dans le reste de la structure et ralenti la dégradation des chaussée. Mais plus on attend, plus le dessous de la chaussée risque de se dégrader à cause du trafic», explique le professeur.

Ultimement, cela pourrait coûter plus cher à la Ville, bien que M.Carter n’ait pas tous les chiffres en main, précise-t-il.

Commerçants
Le maire de Montréal assure qu’il compte mettre en place plusieurs mesures de mitigation pour atténuer l’impact sur les commerçants, un peu comme l’exemple de la Grande terrasse rouge lors du chantier sur St-Denis.

  • Michel Leblanc, président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain s’est dit rassuré par le plan de Montréal pour la coordination des travaux.
  • Denis Coderre ajoute qu’avec le prochain statut de métropole, il souhaite obtenir le droit de donner une compensation financière aux commerçants qui feraient la preuve d’une perte de chiffre d’affaires pendant des travaux dans son secteur.

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