Archives Métro Le maire de Montréal, Denis Coderre

Le maire de Montréal, Denis Coderre, a jugé «préoccupant» et même «inacceptable» la surveillance policière dont a fait l’objet le chroniqueur de La Presse, Patrick Lagacé.

«Ce n’est pas banal ce qui s’est passé, a-t-il dit lors d’un point presse à l’hôtel de ville, lundi. On se doit d’être préoccupé. On ne peut pas prendre cela à la légère.»

De janvier à juillet dernier, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a mis sous surveillance M. Lagacé. Les policiers ont ainsi pu obtenir les numéros entrants et sortants de son téléphone intelligent, en plus de savoir où il se trouvait grâce à la fonction GPS.

M. Coderre a répété à plusieurs reprises qu’il défendait la liberté de presse. «On peut avoir des différends entre nous, a-t-il souligné. On peut se brasser la cage une fois de temps en temps, [mais] en 30 ans et plus de vie politique, j’ai toujours défendu la liberté de presse.»

Il a discuté lundi matin de ses préoccupations devant l’affaire Lagacé avec le chef de police, Philippe Pichet. Le maire a insisté pour dire que son administration ne s’immisçait pas dans les enquêtes policières.

En entrevue à l’émission Gravel le matin, Patrick Lagacé a mentionné que l’administration du maire Coderre est à l’origine d’une espèce  de «paranoïa» devant les fuites aux journaux. «Si à chaque fois qu’il y a une nouvelle qui sort, qui n’est pas tiré d’un communiqué de presse et qui déplait à la Ville, le bureau du maire appelle Philippe Pichet pour lui taper sur la tête, c’est sûr que ça a un effet sur toute la structure, a-t-il dit. […] L’Hôtel de Ville contribue à créer ce climat qui, à la fin, finit par pousser des gens à prendre des décisions stupides, jamais vues, comme espionner un journaliste de La Presse.»

«Je comprends l’émotion de Patrick Lagacé, a répliqué M. Coderre. C’est un moment très difficile. Pas juste pour la profession, mais au niveau personnel. Au bout de six mois, tu te fais dire ce qui s’est passé. Je veut juste qu’on ne fasse pas d’amalgame.»

Denis Coderre a expliqué avoir renforcé l’imputabilité des employés municipaux, notamment en faisant en sorte que l’inspecteur général devienne responsable de la ligne éthique, qui permet des dénonciations anonymes.

Ferrandez réclame la suspension de Philippe Pichet
Le chef de Projet Montréal, Luc Ferrandez, a réclamé lundi matin que le chef de police se retire temporairement, citant la nature «grave» de la situation.

«On demande à M. Pichet de se retirer de ses fonctions temporairement, le temps qu’on mène une enquête et qu’on détermine de façon précise les raisons pour lesquelles M. Lagacé a été mis sous écoute, et si d’autres journalistes ont aussi été mis sous écoute», a-t-il déclaré.

M. Ferrandez s’est en outre demandé si l’enquête sur Faycal Djelidi n’aurait pas été un prétexte pour mettre M. Lagacé sous écoute, étant donné son intérêt pour les «histoires croustillantes» à l’endroit du SPVM et du maire.

Le conseiller de ville dans le district de Jeanne-Mance pour Projet Montréal, Alex Norris, croit que M. Pichet était au courant de l’enquête visant M. Lagacé, étant donné sa nature «sensible».

«Il est inconcevable pour moi que M. Pichet n’ait pas été mis au courant de cette opération. S’il ne l’a pas été, c’est qu’il a perdu le contrôle de son organisation», a-t-il martelé, se disant «outré» par l’histoire.

La députée de Sainte-Marie–Saint-Jacques, Manon Massé, se demande d’ailleurs si d’autres acteurs politiques étaient au courant de la traque électronique du journaliste. «Avec les révélations de ce matin, le maire de Montréal, Denis Coderre, et le ministre [de la Sécurité publique, Martin] Coiteux doivent répondre de cette chasse aux sorcières menée en toute impunité par des corps policiers qui se croient tout permis. Savaient-ils qu’il y avait un effort concerté pour mettre un journaliste sous écoute? Le public a le droit de savoir s’il habite maintenant dans la Russie de Poutine!» a-t-elle fait savoir dans un communiqué.

Du côté de la Fédération nationale des communications (FNC-CSN) et le Syndicat des travailleurs de l’information de La Presse (STIP), qui représentent les journalistes du quotidien de la rue Saint-Jacques, on a témoigné du sentiment d’inquiétude qui frappe les journalistes de tous les médias qui couvrent les enjeux policiers.

«On le voit, uniquement à La Presse, il y a des dizaines de journalistes professionnels qui ont des raisons concrètes de s’inquiéter des agissements du SPVM, a affirmé le président du STIP, Charles Côté, dans un communiqué. Et je suis certain que le sentiment est partagé dans tous les médias ce matin.»

«Il y a trop eu d’exemples récents qui démontrent que les corps policiers et les magistrats ne comprennent pas ou pire, ne respectent pas les fondements de notre démocratie qui repose en grande partie sur une presse libre et indépendante», a ajouté Pascale St-Onge, présidente de la FNC-CSN. Elle rappelle l’affaire du journaliste du Journal de Montréal, Michaël Nguyen, qui a fait l’objet d’une perquisition le mois dernier après avoir publié un reportage embarrassant sur la juge Suzanne Vadboncoeur.

Réactions à la Chambre des communes

Questionné par le député de Beloeil-Chambly pour le Nouveau parti démocratique, Matthew Dubé, le ministre fédéral de la Sécurité publique, Ralph Goodale, a déclaré que les services policiers doivent faire attention lorsque leurs enquêtes touchent le travail des journalistes.

«La liberté de la presse est un principe fondamental, enchâssé dans la Charte des droits et libertés, a-t-il rappelé. Il faut faire extrêmement attention lors des enquêtes.»

Le député néodémocrate de Rosemont–La Petite-Patrie, Alexandre Boulerice, ne semblait pas convaincu du bon vouloir du gouvernement. «Si [les libéraux] appuient la liberté de la presse, ils devraient agir en conséquence. Juste un an au pouvoir, et on est déjà revenu aux sommets de l’arrogance libérale», a-t-il clamé en chambre.

 

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