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Un vote permettant la centralisation du matériel roulant à la ville centre fait planer un parfum de défusion à l’hôtel de ville de Montréal.

Cette décision, adoptée par le conseil municipal mardi, fait essentiellement en sorte que désormais la ville centre aura la responsabilité de tous le matériel roulant qui appartenait jusqu’à maintenant aux arrondissement, soit les camions, les souffleuses, les remorques, les voitures, les tondeuses, etc…

Des maires d’arrondissement grondent contre cette décision, craignant qu’ils ne puissent plus assurer les besoins spécifiques de leur arrondissement. Irrités par la centralisation, certains ravivent leur volonté de sortir de la Ville de Montréal.

L’administration Coderre avait déjà rapatrié les compétences de dossiers comme le déneigement, les rues artérielles, les feux de circulation et les agents de stationnement dans les dernières années. «Avant qu’on [augmente le nombre de rues artérielles de compétence de la ville centre], on s’occupait de refaire ces rues nous-mêmes, donne en exemple la mairesse d’Outremont Marie Cinq-Mars. Ça prenait deux semaines pour un tronçon de rue. S’il y avait un retard, on pouvait expliquer pourquoi. Aujourd’hui, quand c’est la ville centre qui s’en occupe, ça prend 6 semaines et on ne peut plus répondre aux questions des citoyens.» L’opposition craint qu’une telle situation n’arrive également quant à la gestion du matériel roulant.

«On a un ascenseur assez vétuste, mais qui fonctionne bien et qui est utilisé par les citoyens, donne en exemple la mairesse de LaSalle, Manon Barbe. Quand il brise, on est responsable et ça prend à peu près deux semaines pour le réparer. Je vous garantis que quand ce sera Montréal qui s’en chargera, ça peut prendre 2 ou 4 mois.»

Mme Barbe fait valoir que si elle avait su, lorsque le gouvernement provincial a donné la possibilité aux municipalités de défusionner, qu’il y aurait ces rapatriements de compétences aujourd’hui, «c’est sûr que j’aurais milité pour défusionner. J’ai mis ma face sur un poteau [lors de l’élection de 2005] pour dire aux citoyens qu’on a des avantages à rester avec Montréal, [que Québec] nous promet que les pouvoirs des arrondissements ne seraient pas touchées. Mais depuis 2013, c’est un morceau après l’autre qui part», déplore-t-elle.

Manon Barbe et le maire d’Anjou, Luis Miranda, sont à ce point mécontents de ces décisions qu’ils seraient intéressés actuellement à organiser un référendum pour défusionner de la Ville de Montréal. «Aujourd’hui c’est encore de l’eau au moulin pour justifier que l’on sorte de Montréal», dit Luis Miranda qui précise qu’un groupe de citoyens de son arrondissement est toujours à pied d’œuvre pour amasser des signatures pour demander au gouvernement de leur permettre de faire un référendum sur une défusion.

Mme Barbe dit avoir rencontré le ministre des Affaires municipales, Martin Coiteux, en juin, en vue de la négociation du statut de métropole. Elle dit avoir insisté pour qu’il respecte les engagements du gouvernement [lors des défusions] et ne limite pas les pouvoirs des arrondissements, «sinon, on va passer par un référendum, la décision va revenir aux citoyens».

Normand Marinacci, maire de l’arrondissement L’Île-Bizard-Sainte-Geneviève, ajoute que plusieurs de ses citoyens lui demandent pourquoi son arrondissement reste au sein de Montréal. «Avec la surcentralisation, les gens commencent à dire «c’est assez». Je veux avoir la possibilité de garder le contrôle de mes équipements parce que je suis mal desservi par Montréal et on a des enjeux différents des quartiers centraux», explique-t-il.

«Est-ce qu’on va se retrouver avec des arrondissements comme des coquilles vides?, s’inquiète Marie Cinq-Mars. Westmount, Dollard-des-Ormeaux, Ville Mont-Royal, je pense malheureusement aujourd’hui qu’ils ont eu raison [de ne pas fusionner].»

Les maires s’inquiète d’autant plus de cette tendance considérant que le gouvernement provincial a présenté le projet de loi 120 qui permettra essentiellement à Montréal de renouveler plus facilement les mesures de rapatriement des compétences. Elles pourront être renouvelées pour 2 ans à la majorité simple (50%+1) plutôt qu’au deux tiers des votes, comme c’est le cas actuellement.

Du côté de l’administration, on fait valoir que ce rapatriement des compétences permet à Montréal de faire des économies en achetant en gros les équipements, ainsi que de partager les meilleures pratiques de chacun. «On est en train de se donner une ville,ajoute le maire de Montréal, Denis Coderre. La population me dit : «on veut de l’harmonie». Est-ce qu’on a besoin de 19 politiques différentes ? Si e bout de ligne il y a des ajustements à faire on le fera, mais depuis 3 ans si les choses fonctionnent bien c’est parce qu’il y a eu cette harmonisation», dit-il.

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