Une équipe de chercheurs menée par un Montréalais a publié une étude qui pourrait permettre d’en savoir un peu plus sur une mystérieuse affection: l’anhédonie musicale, ou l’absence totale de plaisir en écoutant de la musique.

Chez plus ou moins 2% de la population, écouter de la musique ne suscite aucune émotion, explique le Dr Robert J. Zatorre, chercheur à Institut et hôpital neurologiques de Montréal de l’Université McGill, qui étudie depuis plus de 10 ans le plaisir musical et les mécanismes du cerveau qui lui sont associés. Ces personnes n’ont pas de problèmes d’ouïe, comprennent très bien les conventions musicales et ne souffrent pas d’autres problèmes neurologiques ou psychologiques, soutient-il.

«Quand on leur fait écouter de la musique, ils peuvent dire, par exemple: “Oh, ça, c’est une pièce joyeuse. Celle-là est très triste”, illustre le Dr Zatorre. Mais quand on leur demande “Ressentez-vous la joie ou la tristesse?”, ils disent: “Non, ça me laisse indifférent.”»

Le Dr Zatorre et une équipe de Barcelone, en Espagne, étudient le phénomène de l’anhédonie musicale depuis 2011. Dans deux études antérieures, ils ont formulé l’hypothèse que le cerveau des personnes affectées d’anhédonie musicale effectue mal les connexions entre les zones de l’audition et les zones dites de récompense, qui gèrent entre autres le plaisir.

Leur dernière étude, dont les résultats ont été publiés dans le journal Proceedings of the National Academy of Sciences en septembre 2016, semble confirmer cette hypothèse.

Dans cette étude, les chercheurs ont fait écouter de la musique à 45 personnes – 15 personnes affirmant éprouver de fortes émotions en écoutant de la musique, 15 éprouvant des émotions modérées et 15 anhédonistes n’éprouvant aucune émotion musicale –, puis ont mesuré leurs réaction physiologiques. Ils ont aussi utilisé des scanners pour examiner leur activité cérébrale.

Résultat : contrairement aux autres, les anhédonistes musicaux n’ont montré aucun signe physiologique d’émotion, même en écoutant de la musique que la plupart des gens trouvent plaisante. De plus, l’imagerie médicale a montré que leurs zones de l’audition étaient activées par la musique, mais que les connexions entre celles-ci et les zones de récompense ne l’étaient que peu ou pas. D’autres tests menés sur ces personnes en utilisant un jeu où elles pouvaient perdre ou gagner de l’argent ont pourtant démontré que leurs zones de récompense sont bel et bien fonctionnelles.

«Ça pourrait bien être une différence dans les structures de connexion du cerveau, et cela serait compatible avec ce que les personnes affectées d’anhédonie musicale nous disent, à savoir qu’elles sont nées comme ça», croit le Dr Zatorre, qui avance l’hypothèse que l’anhédonie musicale pourrait être congénitale.

Le Dr Zatorre croit que ses recherches pourraient permettre de mieux comprendre l’anhédonie généralisée, soit l’absence totale de plaisir, souvent associée à la dépression. Elles pourraient potentiellement mener à des traitements utilisant la musique pour stimuler les zones de récompense en accompagnant des traitements plus conventionnels, espère-t-il.

Un phénomène peu connu

Le Dr Robert J. Zatorre explique que l’anhédonie généralisée est bien connue depuis longtemps, mais que l’anhédonie musicale est un champ de recherche relativement nouveau.

«Je ne suis pas certain que tous les chercheurs acceptent notre hypothèse, mais c’est pour cela qu’il est important d’utiliser l’imagerie du cerveau, parce que ça montre que ce qu’on décrit a des bases physiologiques qu’on peut identifier», affirme-t-il.

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