Josie Desmarais/Métro

Depuis quelques années, les taxes ont augmenté deux fois plus vite que l’inflation, selon les calculs de la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ) qui contredisent les affirmations de la Ville.

Chaque année, ou presque, l’histoire se répète. Lors de la présentation du budget de la Ville de Montréal pour l’année qui s’en vient, le maire en place annonce la hausse moyenne des taxes et s’empresse d’ajouter que cette hausse respectera la courbe de l’inflation. «Encore une fois, nous respectons notre engagement de limiter la hausse au taux d’inflation», a déclaré en novembre dernier, le maire Denis Coderre lors de la présentation du budget. Un de ses prédécesseurs, Gérald Tremblay, avançait aussi régulièrement cet argument.

Pour préparer son budget, la Ville utilise les prévisions d’inflation du Conference Board, un organisme qui se spécialise dans l’analyse économique. Or les prévisions du Conference Board se révèlent parfois largement surévaluées. Fin 2015, le maire Coderre avait, par exemple, présenté une hausse de taxes de 1,9% pour 2016, en précisant que cela suivrait l’inflation. Or si la tendance observée sur les 11 premiers mois s’est maintenue en décembre, l’inflation aura finalement été deux fois moins importante que prévue l’année dernière à Montréal, soit d’un peu moins de 1%.

«Selon nos calculs réalisés à partir des données publiées par la Ville elle-même, les taxes ont augmenté d’environ 20% à Montréal entre 2009 et 2015, alors que l’indice des prix à la consommation n’aura grimpé que de 10%. Alors il faudrait que la Ville cesse de tromper le public en prétendant que ses hausses de taxes suivent l’inflation», ajoute Hans Brouillette, le porte-parole de la CORPIQ. Il compte alerter ses membres dans son bulletin du mois de février sur ces affirmations ayant cours dans plusieurs villes au Québec.

Interrogée sur le sujet, la Ville de Montréal se défend. Elle précise «qu’au moment de préparer son budget annuel, à l’été et à l’automne de chaque année, l’inflation réelle ne peut être connue». Elle doit donc se baser sur les projections du Conference Board, le seul à proposer des estimations pour la région de Montréal.

«De 2002 à 2015 la croissance cumulée des charges fiscales des immeubles résidentiels est inférieure à l’inflation cumulée réelle. Quant à la croissance cumulée des charges des immeubles non résidentiels, elle est du même niveau que l’inflation», ajoute par courriel Gonzalo Nunez, un des porte-paroles de la Ville de Montréal.

Pas de quoi convaincre la CORPIQ. «Oui sur 15 ans, c’est vrai que la hausse des taxes a suivi l’inflation, mais c’est uniquement parce qu’il n’y a eu peu de hausses au début des années 2000, à la suite des fusions municipales», lance M. Brouillette, qui rappelle que depuis 2009, les taxes augmentent deux fois plus rapidement.

Du côté du Conference Board, on confirme qu’en 2010, 2013 et 2016, les prévisions ont été loin de la réalité. «À l’échelon d’un petit marché comme une métropole, certaines prédictions peuvent s’avérer hasardeuses, notamment à cause de la volatilité du prix de l’essence. Mais sur les huit dernières années, nos prévisions cumulées sont assez proches de l’inflation et ne dépassent pas la marge d’erreur», souligne Pedro Antunes, économiste en chef adjoint au Conference Board.

Que faire alors quand les prévisions utilisées par la Ville pour justifier les hausses de taxes ne se sont pas concrétisées, comme en 2016? «Quand l’inflation s’avère moins haute qu’anticipée, la Ville devrait répercuter les économies réalisées dans le budget suivant car les contribuables en ont assez de payer», croit le porte-parole de la CORPIQ.

 

 

 

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