Aménagement inadéquat, mixité homme-femme et difficulté à obtenir des produits d’hygiène: les conditions de détention des femmes détenues à l’Établissement Leclerc, à Laval, doivent être améliorées au plus vite, ont réclamé jeudi des groupes de femmes.

«Il est temps que ça change», ont-elle clamé lors d’une manifestation devant le palais de justice de Montréal.

Il y a un an, quelque 200 détenues ont été transférées au centre de détention lavallois. Elles étaient auparavant gardées à la Maison Tanguay, à Montréal, mais ses installations ont été jugées désuètes par Québec, qui a décidé de les déplacer. Depuis, elles vivent dans l’Établissement Leclerc, qui appartient au gouvernement fédéral et qui avait été fermé en 2013 pour des raisons budgétaires et de vétusté des lieux.

Les détenues de l’Établissement Leclerc sont confinées pendant de longues heures dans leur cellule pour éviter les contacts avec les 80 hommes qui y sont aussi enfermés, a rapporté la professeure en droit carcéral et porte-parole de la Ligue des droits et liberté, Lucie Lemonde. «Il y a encore [malgré tout] possibilité de contact visuel et auditif entre les hommes et les femmes», s’est-elle-désolée.

D’après les groupes de femmes, l’aménagement de l’Établissement Leclerc n’est pas adéquat pour des femmes devant purger de courtes peines. «Ce sont des miradors, des barbelés, des petits sas, des petits couloirs, etc, a énuméré Mme Lemonde. Elles sont obligées de vivre dans un milieu de vie qui est plus austère et restrictif que les besoins en terme de sécurité.»

La présence de moisissure et d’amiante à l’Établissement Leclerc a également été évoquée par les groupes de femmes. «C’est un établissement qui est en rénovation perpétuelle depuis son ouverture», a dit pour sa part le président du Syndicat des agents de la paix en services correctionnels du Québec, Mathieu Lavoie. Le ministère de la Sécurité publique entend terminer les travaux de rénovation l’automne prochain.

La directrice générale de l’organisme Stella l’ami de Maimie, Sandra Wesley, a de son côté rapporté que les femmes n’ont pas toujours accès à des produits d’hygiène, comme un simple rasoir. «La prison est propice aux infections d’hépatite C, au VIH et autres infections, a-t-elle dit. C’est primordial qu’il y ait un accès à du matériel sécuritaire pour les femmes incarcérées et en ce moment, ce n’est pas le cas.»

Le manque de formation des agents correctionnels, qui doivent interagir avec des femmes, la difficulté pour les détenues de communiquer avec leur famille ou leur avocat ainsi que le peu de services favorisant la réhabilitation, ont aussi été soulevés par les groupes de femmes.

La Fédération des femmes du Québec et la Ligue des droits et libertés ont demandé l’an passé qu’une mission d’observation soit organisée dans l’Établissement Leclerc, mais cela leur a été refusé. Ils ont aussi proposé que la Protectrice du citoyen effectue une enquête systémique sur les conditions de détention des femmes, mais ils se sont heurtés à une fin de non-recevoir. Le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, a plutôt opté en juin dernier pour la formation d’un comité de travail, auquel l’organisme Élizabeth-Fry, qui vient en aide aux femmes incarcérées, collabore afin de trouver des solutions à court et long terme.

Depuis, les conditions de vie des détenues de l’Établissement Leclerc se sont améliorées, a convenu Mme Lemonde. «Il y a un meilleur accès aux soins de santé, à la bibliothèque et à la cour extérieure, a-t-elle mentionné. Par contre, les problèmes systémiques de fond persistent.»

Le cabinet du ministre Coiteux est bien au fait des problèmes entourant l’Établissement Leclerc. L’attachée de presse, Marie-Eve Pelletier, a indiqué que la mixité homme-femme prendra fin en juin prochain. Les hommes détenus à Laval seront alors transférés à la suite de l’ouverture de nouveaux centres de détentions à Amos, Sept-Îles et Sorel. Au même moment, des scénarios de «solutions d’infrastructures à long terme» seront aussi présentés au ministre. En attendant, Mme Pelletier a expliqué que des efforts sont consentis pour améliorer les conditions de détention à l’Établissement Leclerc sans préciser les mesures qui seront mises de l’avant.

Le Syndicat des agents de la paix en services correctionnels du Québec presse de son côté le gouvernement du Québec de prendre une décision au sujet de la Maison Tanguay. «Le réseau est sous pression», a dit son président Mathieu Lavoie, qui a fait état de la surpopulation carcérale et du sous-financement des centres de détention.

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