Josie Desmarais/Métro FranÇoise David et Gabriel Nadeau-Dubois

Députée démissionnaire de Gouin et cofondatrice de Québec solidaire (QS), Françoise David a rencontré lundi – pour la première fois depuis son départ – son probable successeur, Gabriel Nadeau-Dubois, en compagnie de Métro. Adoubant l’ex-leader étudiant, la célèbre et respectée militante féministe a balayé les critiques sur l’entrée en politique de son jeune collègue et évoqué un avenir radieux pour son parti.

Un jus posé sur la table d’un café situé boulevard Rosemont, dans le quartier La Petite-Patrie, Françoise David, très calme, observe le démonstratif Gabriel Nadeau-Dubois. Depuis de longues minutes, l’ex et le – certainement – futur député de Gouin échangent, quelques jours avant l’investiture officielle de GND, prévue dimanche.

Les sujets de conversation de cette première rencontre entre les deux acteurs de la vie politique depuis la démission de Mme David? «C’est un secret», sourit cette dernière. «C’était très important de l’écouter, poursuit l’ancien porte-parole étudiant, propulsé sur le devant de la scène en 2012, quelques semaines avant l’arrivée de Françoise David à l’Assemblée nationale. Elle m’a donné quelques conseils, elle m’a partagé son expérience du quartier et m’a fait un retour sur mon annonce.»

«Il nest pas juste un tribun»

 Le jour de cette annonce, le 9 mars, les envolées de Gabriel Nadeau-Dubois ont suscité de multiples réactions. En indiquant que «la classe politique qui nous gouverne depuis 30 ans a trahi le Québec», l’intéressé a subi les foudres de nombreux chroniqueurs et politiciens. Qu’en a pensé Mme David? «Moi, j’aurais plus parlé d’une démission de la classe politique, mais sur le fond, je n’aurais pas fait partie des fondateurs de Québec solidaire si la classe politique me satisfaisait», indique-t-elle, avant de féliciter son voisin de table pour son franc-parler.

«À Québec solidaire, on se donne la permission d’être nous-même. Il faut savoir ce qu’on veut – ne pas vouloir des discours sans langue de bois puis s’en plaindre», reprend-elle, précisant, dans un rire, avoir déjà vu Amir Khadir, son ex-acolyte de l’Assemblée nationale, utiliser «un vocabulaire plus caustique et costaud».

Visiblement en bonne forme, Françoise David enfile les adjectifs dithyrambiques pour définir son jeune successeur, qui s’apprête à déménager dans la circonscription de Gouin. «Brillant», «plein de promesses», «mature», «intelligent», «homme de convictions» avec «une belle expression»: les compliments s’accumulent. «Il n’est pas juste un tribun, il a aussi un sens de l’écoute qui n’est pas donné à tous les politiciens. C’est vrai, il a beaucoup d’ambition, mais moi j’aime ça», glisse celle qui s’apprête à s’envoler pour un séjour d’un mois en Afrique du Sud, à la fin mars.

«Je reste une citoyenne engagée»

Avouant éprouver une fatigue extrême au moment de sa démission, début janvier, la cofondatrice de QS «demeure fragile», selon ses propres mots. «Je me sens mieux, j’ai dormi à répétition après mon annonce, mais j’ai besoin de quelques mois pour retrouver toute mon énergie, révèle-t-elle, avant de reconnaître revivre «un stress dont je n’ai plus envie» depuis une dizaine de jours.

«Je me réveille en pleine nuit, le cerveau réfléchit, car la chose publique m’habite. Je reste une citoyenne engagée. Mais je veux rassurer tout le monde: je ne suis pas du tout à l’article de la mort. Je vais décrocher et, dans quelques mois, je serai fringante», promet-elle, avant de revenir sur le rôle qu’elle a joué dans l’arrivée de l’ancien porte-parole de la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) sur la scène politique.

«Quelques jours avant ma démission, je l’avais informé par courriel, sachant qu’il se ferait approcher par les médias, enchaîne-t-elle. Depuis le printemps érable, j’ai beaucoup d’estime pour lui, j’avais gardé un œil sur son parcours. Le voir en politique, c’était écrit dans le ciel.»

«Je ne suis pas une sainte»

Jugé clivant par de nombreux observateurs, voire «malhabile» par Jean-François Lisée, chef du Parti québécois (PQ), Gabriel Nadeau-Dubois peut compter sur l’appui de l’ancienne présidente de la Fédération des femmes du Québec. Alors qu’un sondage Léger-Le Devoir paru samedi donne 14 % d’intentions de vote au parti souverainiste (contre 7,63 % aux élections provinciales en 2014), Françoise David évoque «une jalousie un peu ridicule».

«Il y a une petite réaction de panique, car les électeurs se tournent vers QS. Évitons d’être mesquin, ça n’a aucun sens. Certains sont nerveux, mais je les comprends, car ce n’est pas fini», commente-t-elle, sourire aux lèvres.

Elle critique ensuite les «trop» nombreux commentaires flatteurs qu’elle a reçus d’ex-opposants. «Je ne suis pas une sainte, je ne veux pas d’une statue, s’écrie-t-elle. On ne peut pas, d’un côté, quasi canoniser une personne et, de l’autre, avoir des attentes démesurées pour un jeune de 26 ans qui entre en politique et qui a encore des choses à apprendre.»

Mme David rigole sur la différence d’âge avec son cadet. Âgée de 69 ans, elle se dit prête «à passer le flambeau», «très confiante et très optimiste» pour l’avenir de son parti. «Les gens se remettent à rêver, de belles énergies sont revenues. Ça prendra le temps qu’il faut, mais je vois un jour Québec solidaire au pouvoir.»

Pourrait-elle jouer de nouveau un rôle important? «C’est exclu», lâche-t-elle, admettant néanmoins être en mesure d’offrir quelques «coups de main» à l’occasion. Gabriel Nadeau-Dubois a entendu le message.

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