Josie Desmarais/Métro Denis Coderre, lundi 3 avril 2017

Le maire de Montréal Denis Coderre se défend d’avoir effectué un retour d’ascenseur à Jean Rizzuto, un homme d’affaires qui lui a signé un chèque de 25 000$ en 2012 pour régler les frais d’une ancienne bataille juridique. L’opposition à la Ville réclame la publication des factures et des chèques afin de lever le doute sur «un éventuel conflit d’intérêts».

«Je n’ai absolument rien à me reprocher», a clamé Denis Coderre lundi, en réponse à une enquête du Journal de Montréal.

En 2012, alors qu’il était député fédéral, le futur maire de Montréal a reçu un chèque de 25 000$ de «[s]on ami», l’homme d’affaires lavallois Jean Rizzuto. Cette somme a permis à l’élu de rembourser des frais d’avocats engagés dans le cadre d’une bataille juridique avec le hockeyeur Shane Doan, conclue deux ans plus tôt par une entente à l’amiable. Denis Coderre dénonçait notamment des propos francophobes tenus par l’ex-international canadien.

Cette somme, l’ex-élu de Bourassa aurait dû la déclarer, comme le stipulait le Code régissant les conflits d’intérêts des députés. En 2012, celui-ci précisait que les «cadeaux ou autres avantages» de plus de 500$ devaient être déclarés.

«Pour moi, ce n’était pas un cadeau. C’était quelqu’un qui voulait me donner un coup de main», a répondu Denis Coderre, précisant néanmoins qu’il aurait «peut-être dû le faire.»

De nombreux dons légaux
Proche depuis «plus de 30 ans» de Jean Rizzuto, frère de l’ex-sénateur canadien Pietro Rizzuto, Denis Coderre a pu compter sur l’appui de sa famille, «honorable et honnête» selon le maire, depuis ses débuts en politique.

Enfants, frères, sœurs, nièces et un neveu de Jean Rizzuto, qui s’est présenté contre Gilles Vaillancourt à la mairie de Laval en 1993, ont notamment aidé financièrement l’élu libéral tout au long de son ascension. Au total, une recherche faite par Métro a permis d’établir que cette famille a directement apporté plus de 40 000$ à l’association libérale de Bourassa de 2004 à 2013, la circonscription dirigée alors par Denis Coderre.

Jean Rizzuto a lui-même fait un don de 3000$ en juin 2014 pour la campagne que menait alors le député fédéral. L’ensemble de ces apports est d’ailleurs totalement légal.

En échange, Denis Coderre s’est défendu de tout retour d’ascenseur. «Je ne dois rien à personne, a-t-il assuré avec véhémence, tout en mentionnant que Jean Rizzuto «ne fait ni affaire avec la Ville de Montréal ni avec Ottawa».

«Je suis arrivé à Montréal pour faire le ménage. C’est sûr qu’il y a peut-être des gens qui voient qu’on fait tellement un bon travail et qui ont intérêt à nous déstabiliser.» – Denis Coderre

Des liens avec deux proches de Denis Coderre dénoncés
Projet Montréal ne partage pas cet avis. L’opposition officielle a dénoncé «l’ombre» de l’homme d’affaires à l’hôtel de ville, avec notamment la présence de deux proches de Denis Coderre qui ont déjà travaillé avec l’entrepreneur.

Chef du cabinet du maire depuis son élection, Denis Dolbec a dirigé pendant près d’une décennie Métrocom, une firme partenaire de la STM, appartenant à Jean Rizzuto. Il fut également son avocat.

Réfutant tout conflit éventuel, le maire Coderre a tenu à souligner son «travail remarquable», mettant notamment en avant la mise en place d’un inspecteur général chargé de surveiller l’octroi des contrats publics. «La chose dont je suis le plus fier, c’est qu’on a mis un terme à la corruption», a souligné Denis Coderre.

Directeur du parti Équipe Denis Coderre, Gilbert Decoste a quant à lui été «gestionnaire de projets spéciaux» au Marché public 440, comme l’indique son compte LinkedIn, un projet développé à Laval par Jean Rizzuto.

Le maire a nié avant dadmettre les faits
Les différentes oppositions municipales se sont également indignées des premières réponses de Denis Coderre, qui avait d’abord nié l’existence de ce chèque lors que Le Journal de Montréal l’avait interrogé. Ce dernier avait évoqué la fatigue liée à la prostatite aiguë dont il a été victime début mars. «J’étais malade, j’avais des douleurs épouvantables, a-t-il expliqué lundi. Je ne me rappelle même pas de tout ce que j’ai dit.»

Un argument qui n’a pas convaincu Projet Montréal. «La perte de mémoire n’est pas un symptôme d’une prostatite, a répondu Valérie Plante, se disant «outrée». Le maire s’est rendu compte que ça n’avait pas d’allure de mentir de la sorte. Un élu doit être au-dessus de la mêlée et doit montrer l’exemple.»

Un sentiment partagé par Vrai changement pour Montréal. «L’entendre nier et avoir ce réflexe de se cacher, c’est se moquer des Montréalais, a confié la chef du parti, Justine McIntyre. C’est bien de se vanter d’amener de la transparence à l’hôtel de ville, mais lui n’est pas du tout transparent.»

Alors que Projet Montréal a réclamé la publication des factures et des chèques signés afin de lever le doute sur «un éventuel conflit d’intérêts», Denis Coderre a balayé du revers cette demande. «Ce n’est pas leur affaire, c’est de l’intérêt privé et non public», a-t-il rétorqué.

Le maire de Montréal a également certifié qu’il ne prendrait part à aucune décision municipale si Jean Rizzuto devait à l’avenir faire affaire avec la Ville. «C’est sûr, je vais me retirer tout le temps», a-t-il promis.

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