Josie Desmarais

Louise Harel a quitté la politique, mais la politique ne l’a pas quittée. Si elle se tient loin des activités partisanes, elle surveille de près les partis politiques municipaux et affirme que les jeux ne sont pas encore faits pour les prochaines élections, prévues en novembre.

«Les élections municipales restent – même aujourd’hui – une boîte à surprises», a lancé l’ancienne chef de Vision Montréal, en entrevue avec Métro, en révisant les résultats des sondages et des scrutins de 2009 et de 2013. Le taux de participation et l’organisation des formations politiques influenceront les résultats du scrutin de novembre à Mont­réal, d’après son analyse. «Au municipal, le taux de participation est très faible, autour de 40%, a expliqué l’ancienne ministre péquiste. Dans ce contexte, l’organisation des partis prend énormément d’importance.»

Elle a rappelé qu’en 2009, Gérald Tremblay bénéficiait d’un appui de 30% des voix deux semaines avant le scrutin, mais qu’au final, il a obtenu 38% des suffrages, grâce au faible taux de participation (39%), mais aussi à son équipe de candidats et de bénévoles qui ont «fait sortir le vote».

A contrario, en 2013, Mélanie Joly n’a pas réussi à remporter la mairie de Montréal, mais elle a talonné celui qui dirige depuis la métropole, Denis Coderre, en recueillant 26% des votes, contre 32% pour l’ancien député libéral. «Une semaine de plus et elle aurait pu être élue», a dit Mme Harel, en évoquant l’efficacité de son organisation.

Contrairement aux deux dernières élections, où trois candidats sortaient du lot dans la course à la mairie, une lutte à deux se dessine pour le moment entre le maire sortant et la chef de Projet Montréal, Valérie Plante. Pour Mme Harel, le vainqueur du prochain scrutin ouvrira un nouveau chapitre pour la métropole. Le dernier, marqué par la corruption, a duré une dizaine d’années et est maintenant clos.

«Il y a deux façons de sortir de cette période décadente: celle de Denis Coderre, qui appelle à la grandeur de Mont­réal, un peu à la manière de Jean Drapeau, et celle de Valérie Plante, avec un projet qui touche plus les milieux de vie, les quartiers et les communautés, a observé Mme Harel après avoir examiné les programmes des partis. Ça sera le choix que devra faire la population.»

Équipe équilibrée
Pour accomplir leur dessein, les deux candidats devront annoncer les personnes qu’ils ont pressenties pour les accompagner dans leur périple. Denis Coderre doit démontrer qu’il peut faire équipe avec un président de comité exécutif capable de le défier, croit Mme Harel, en soulignant l’exemple de Jean Drapeau, qui a toujours été soutenu par des présidents de comité exécutif pragmatiques et rationnels, comme Lucien Saulnier et Yvon Lamarre. «Présentement, le sentiment qu’on a, c’est que personne ne tient tête à Denis Coderre, a mentionné la politicienne à la retraite, qui ne doute pas de l’efficacité de Pierre Desrochers, mais qui s’interroge sur sa réserve. À mon point de vue, ça le fragilise de ne pas être en tandem.»

Valérie Plante devra aussi choisir ceux qui l’épauleront si elle veut remporter la prochaine course à la mairie et démontrer leur capacité à gérer la Ville. «Elle a un parti, mais on ne sait pas qui va administrer la Ville si elle est élue», a noté Louise Harel.

L’ex-politi­­cienne avoue que le maire sortant part avec un avantage parce que «la tendance au municipal, c’est toujours deux mandats». Toutefois, si M. Coderre a fait rayonner la métropole sur les scènes nationale et internationale, il doit se remettre au diapason de ses citoyens. Louise Harel a confié avoir été surprise de la façon dont il a affronté la colère de certains d’entre eux pendant l’événement de la Formule E. «Il a confondu le mécontentement de son opposition avec le mécontentement de la population, a constaté la femme politique. Ça m’étonne parce que ça fait tellement longtemps qu’il fait de la politique. Il y a quelque chose qui m’a désarçonnée dans son incompréhension et son manque de sensibilité.»

En plus des programmes des partis et de leurs équipes, il faut tenir compte de l’imprévisibilité de l’électorat pour analyser la prochaine course à la mairie de Montréal, a fait valoir Louise Harel, en évoquant les exemples d’Emmanuel Macron, qui a remporté la présidence française contre toute attente, et d’Hillary Clinton, qui a perdu la présidence américaine même si elle était donnée gagnante. «Il y a une incertitude présentement en politique», a-t-elle dit.

Priorité aux transports en commun

Pendant la prochaine campagne électorale à Montréal, les débats entre les candidats à la mairie risquent de porter beaucoup sur les transports en commun, a prédit Louise Harel.

  • D’après elle, l’amélioration des réseaux de bus et de métro est une des pièces manquantes du casse-tête permettant de retenir les familles à Montréal.
  • «Pendant la décennie de Gérald Tremblay, il y a eu de gros investissements dans les parcs, les arénas et le Quartier des spectacles, a rappelé Mme Harel. Cela a démontré que les familles montréalaises pouvaient mener leur vie ici. Maintenant, ce qui est déficient, ce sont les 
transports en commun.»

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Un «guide de survie» pour les femmes en politique

Retirée de la vie politique après avoir été défaite par l’actuelle chef de Projet Montréal, Valérie Plante, en 2013, Louise Harel profite de sa nouvelle vie, loin des débats et des caméras, pour entre autres écrire un «guide de survie» destiné aux femmes en politique.

Mme Harel, qui a siégé pendant 27 ans «et 8 mois» à l’Assemblée nationale, plus 4 autres années à l’Hôtel de Ville de Montréal, veut ainsi partager ce qu’elle a appris pendant son long passage en politique.

«Quand je suis arrivée [à l’Assemblée nationale], en 1981, on était 8 femmes sur 125. La question lancinante, qui n’était jamais posée mais qui était dans les yeux de tous nos collègues masculins, c’était: “Est-ce qu’on peut leur faire confiance?” Le compliment à cette époque, c’était de dire que “cette femme est le meilleur homme de l’équipe”. Et je l’ai entendu dire par M. Lévesque. C’était le compliment suprême.» –Louise Harel

«Le défi, c’est de rester une femme», a ajouté l’ancienne chef de Vision Montréal. A-t-elle réussi ? «Oui, mais ça tombait sur les nerfs [des hommes]», a-t-elle répondu.

«En politique, il ne faut jamais dire le contraire de ce qu’on pense, mais on n’est pas obligé de tout dire», a ajouté l’ancienne ministre péquiste. C’est d’ailleurs un des conseils qui sera inclus dans le guide auquel elle travaille présentement.

Louise Harel, qui est favorable à l’instauration de quotas pour favoriser la présence féminine dans les assemblées législatives, croit qu’il faut accepter les critiques pour faire de la politique. «Il faut accepter qu’on est le produit d’un courant d’opinions, a-t-elle dit. Il ne faut pas penser qu’on est personnellement en cause. Ce sont nos idées, nos convictions qui sont en cause.»

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