Mario Beauregard/Metro Michel Leblanc, président de la CCMM

Président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain depuis 2009, Michel Leblanc dresse un bilan très positif de l’administration Coderre. Avant les prochaines élections municipales, prévues en novembre, l’homme fort du milieu des affaires revient sur la fin d’une période trouble de corruption et insiste sur la confiance retrouvée des entreprises qui permettrait à Montréal, à ses yeux, de surfer «sur une lancée» économique majeure.

Depuis votre arrivée, à quel point le milieu des affaires montréalais a-t-il changé?
Beaucoup de choses ont changé et pas que dans le milieu des affaires. La ville et l’état d’esprit ont changé. En arrivant à la Chambre, je ne le savais pas encore, mais on était à la fin d’une grande période d’hésitation. Le milieu des affaires n’investissait pas nécessairement et Montréal souffrait d’un taux de chômage élevé par rapport aux villes similaires. Il y avait un déclin de confiance, peu de tours se construisaient et le secteur manufacturier se délocalisait hors de l’Amérique du Nord.

Était-ce lié aux années troubles sous les mandats du maire Gérald Tremblay?
À mon avis, on accorde beaucoup trop d’importance à faire une corrélation entre ce qu’il se passe à un instant et l’état d’une situation. Ce qui va bien, par exemple, aujourd’hui, il faut aussi l’attribuer à des décisions structurelles prises à l’époque Tremblay et avant lui.

Mais les problèmes de collusion et de corruption ont-ils joué un rôle négatif sur le monde des affaires de Montréal?
À cette époque, lorsqu’on me questionnait là-dessus, j’ai souvent répondu: est-ce que les investissements ont diminué à Toronto quand le maire [Rob Ford] a admis avoir pris du crack? Non. Mais ces affaires ont fini par affecter la confiance des gens auprès des institutions et des élus. Ils sont plus méfiants et même les entreprises se font moins confiance entre elles. Il y a eu un certain cynisme.

Cette période a-t-elle fait mal?
Elle a fait mal mais, et c’était un grand paradoxe, cette période est arrivée à un moment où on réalisait que Montréal était la ville nord-américaine la moins touchée par la grande récession de 2008 et de 2009. Les entreprises de Montréal n’ont pas été aussi affectées que les entreprises américaines. L’emploi ne s’est pas écrasé, les banques sont restées solides, les consommateurs sont restés au rendez-vous et l’immobilier n’a pas baissé. Durant cette période de corruption et de collusion, certains facteurs économiques puissants nous ont permis de ne pas descendre très bas. Le problème, c’est la confiance qui n’était pas au rendez-vous. Aujourd’hui, c’est ce qui a changé. Le milieu des affaires a désormais confiance. Le REM [projet de train électrique] en est un exemple.

Cest-à-dire?
Ce projet est absolument nécessaire et on le demande depuis plusieurs années. Tout le monde veut un tel projet, bien financé, dans les règles de l’art. Mais une partie de la population pensera toujours qu’il y a anguille sous roche. À une époque, la protestation aurait été plus importante. Là, des voix se sont élevées, mais ce projet ne s’enlise et va de l’avant. C’est la preuve que la confiance est de retour.

Tous les indices sont donc au vert?
Pour moi, tout est au vert. Les ingrédients sont là, avec des individus qui consomment des biens et font tourner l’économie, mais la recette n’est pas terminée. Des entreprises investissent et créent des emplois. Le taux de chômage est très faible, les gens ne se sentent pas menacés de perdre leur emploi et, si ça devait arriver, ils sont persuadés d’en retrouver un. Les individus ont confiance dans l’économie et les entreprises ont l’impression que l’économie va bien. Le taux de change est également très favorable pour les échanges avec les États-Unis et l’Europe. Si une entreprise veut exporter, Montréal a un ciel bleu parfait. Les taux d’intérêt sont bas et les coûts de transport ne sont pas si élevés en raison du prix, faible, du pétrole.

Quest-ce qui pourrait encore saméliorer?
Tout ne dépend pas que de la Ville; le gouvernement du Québec peut aussi avoir des leviers. Mais Montréal demeure une économie où les indices de productivité sont inférieurs à ce que l’on trouve ailleurs. Rehausser notre productivité est un défi collectif. Montréal peut néanmoins agir, notamment en investissant dans les transports en commun, en permettant d’améliorer la fluidité. Ça améliorera la productivité. Nous avons aussi une autre force, avec notre réputation de première ville universitaire du monde. Il faut retenir les talents à la fin de leurs études et faciliter leur intégration à l’emploi. Enfin, l’autre défi, c’est de s’internationaliser davantage.

Comment?
Ce n’est pas le maire qui va convaincre des entreprises d’exporter, mais il peut faciliter le mouvement. On est très favorable au fait que le maire participe à des missions commerciales en Chine, en Israël ou ailleurs avec des entreprises.

Mais nest-ce pas habituellement le rôle dun ministre?
Une grande diplomatie urbaine se développe sur la planète. Quand le maire de Montréal arrive à Shanghai avec une délégation d’entreprises, ça a une portée très forte. Le maire Coderre est également proche de la mairesse de Paris [Anne Hidalgo]. Ce sont des dynamiques qui facilitent les relations entre entreprises, surtout les PME. On devrait voir de plus en plus cette internationalisation des villes.

Un maire dune grande ville a donc de nouvelles missions à présent?
Son rôle s’est accru en raison de l’urbanisation du monde. On vit dans des grandes villes où sont les enjeux de transports en commun, de salubrité, d’efficacité énergétique ou d’économie verte. Les politiciens municipaux doivent en avoir désormais conscience.

Depuis louverture des liaisons aériennes directes vers Pékin, Shanghai et bientôt Tokyo, sentez-vous un intérêt accru de léconomie asiatique pour Montréal?
On le sent déjà, notamment avec l’afflux de touristes chinois et l’investissement dans l’immobilier. Je ne sais pas s’il va y avoir un boom, mais ça va diversifier les sources de financement ou d’acquéreurs. Ça va faire monter la valeur de nos actifs. Les liaisons avec le Japon vont également amener un autre type de tourisme. Les Japonais, qui sont très friands des couleurs, pourront venir durant l’automne et soutenir notre industrie à Montréal, mais aussi en région.

Toute cette réussite est-elle attribuable à ladministration Coderre?
Il y a quelque chose de fondamental qu’il faut attribuer à l’administration actuelle: le rétablissement de la confiance. La perte de confiance, c’est pernicieux, on ne la voit pas vraiment. Et le gain de confiance, c’est très difficile à identifier à une mesure précise. Mais c’est clair, la perception s’est grandement améliorée. On ne se pose plus la question de corruption ou de collusion, on se focalise désormais sur les projets eux-mêmes. C’est un changement majeur.

Le maire Coderre a livré la marchandise, il a changé la perception qu’on a de l’intégrité à Montréal.» -Michel Leblanc, président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain

Denis Coderre est-il le maire de Montréal le plus apprécié du milieu des affaires?
On ne fait pas passer de tests de popularité dans le milieu, je ne connais pas son opinion. Mais on me dit que ça va bien, que le maire Coderre fait du bon travail et que la Ville prend de bonnes décisions.

Le milieu des affaires avait pourtant publiquement critiqué la gestion des travaux de voirie lan passé. Lopinion générale a-t-elle changé?
Durant une période, on sentait que ces travaux n’étaient pas assez bien coordonnés. Il y avait énormément de frustration. Le maire est venu nous voir pour faire le point et présenter ses mesures. C’est exactement ce qu’on voulait. Les gens comprennent qu’il fallait le faire. La Ville a rectifié le tir dans la communication et peut-être, aussi, dans l’efficacité des chantiers.

Comment ces travaux peuvent porter préjudice aux entreprises?
Il y a des enjeux sur la congestion. Des entreprises peuvent avoir des difficultés à garantir des livraisons, les employés négocient le matin ou le soir, et si une entreprise reçoit des visiteurs étrangers, elle passe la première partie de sa réunion à expliquer ce qu’il se passe à Montréal et pourquoi il y a autant de chantiers. Tout ça apporte de la frustration.

Vous avez attiré Barack Obama en juin à Montréal pour un discours. Quelle autre personnalité politique va venir durant les prochains mois?
(Il rit.) C’est difficile d’avoir quelqu’un d’équivalent, avec cette portée! Si on pouvait accueillir une personnalité comme Obama par année, on serait très heureux, mais il n’en existe pas beaucoup qui sont disponibles. On réfléchit pour s’inscrire à la fois dans l’actualité et intéresser la base du monde des affaires. Si le président Macron voulait venir, on serait heureux. Mais, en tout respect, on n’a aucun pouvoir sur les gens en exercice.

Comment imaginez-vous la prochaine campagne électorale?
Le bilan des quatre dernières années est très positif. J’encourage les candidats à ne pas débattre sur le fait que ça ne va pas bien. Quiconque va remettre en question qu’on n’est pas sur une lancée fait fausse route. Montréal est sur une lancée. Mais il peut y avoir un débat sur ce momentum et l’avenir.

Intégrer la scène politique municipale, en novembre ou plus tard, vous intéresse-t-il?
Pas vraiment. J’ai un énorme respect pour la politique au niveau municipal, où on est proche des gens et où les décisions ont souvent un impact immédiat, mais je n’ai pas ce désir. La politique m’intéresse, mais si je me lance un jour, je ne crois pas que ce sera à ce niveau.

Pensez-vous aux prochaines élections provinciales ou fédérales?
On verra. Je ne ferme aucune porte. Des gens m’en parlent, j’ai été sollicité, mais pour le moment, je n’ai pas l’intention d’intégrer le monde politique.

Le maire Denis Coderre vous a-t-il également sollicité?
Je ne le nie pas, mais je préfère ne pas commenter ni identifier des partis. Mais à tous les niveaux politiques, j’ai eu des échanges.

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