Des compteurs d’eau devraient être installés dans toutes les résidences, pour que l’eau utilisée soit payée par le consommateur, soutient la Commission de l’écofiscalité du Canada. Une mesure qui ne fait pas l’unanimité en raison de son impact sur les ménages défavorisés.

Si les Montréalais sont parmi les plus gros consommateurs d’eau au pays, la métropole en perd jusqu’à 30% à cause du mauvais état de ses infrastructures, indiquait la Ville dans son bilan de l’usage de l’eau potable en 2016. Pour la Commission de l’écofiscalité, un regroupement d’économistes financés par le secteur privé, installer des compteurs d’eau et faire payer les consommateurs permettrait de prendre en charge l’intégralité des coûts de réfection des infrastructures, en plus de garantir leur bon état sur le long terme. Autre avantage, les Québécois qui ont un compteur d’eau consomment 75% moins d’eau, une économie indispensable selon la commission, qui vise aussi à réduire le gaspillage.

«Nous voulons attirer l’attention sur trois enjeux: réduire le gaspillage de l’eau, régler l’important déficit d’infrastructure et trouver une façon d’assurer la qualité de l’eau sur le long terme», explique France St-Hilaire, commissaire à la Commission de l’écofiscalité du Canada. Selon elle, le principe de «l’utilisateur-payeur» est la meilleure manière pour régler les problèmes de surconsommation d’eau. «On paie un prix dérisoire pour les services d’eau, ce qui fait qu’on n’est pas sensibilisé sur la valeur réelle des services qu’on utilise. On prend cette ressource-là pour acquis», soutient la commissaire.

La commission souhaite que les particuliers paient un montant fixe pour une certaine quantité d’eau, puis qu’un tarif soit appliqué pour les dépassements. Mme St-Hilaire n’a pu fournir de montant exact car selon elle, ils peuvent varier en fonction des besoins des villes et des revenus des habitants.

Pour Bertrant Schepper, chercheur en environnement à l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS), faire payer les usagers pour leur consommation n’est pas une bonne idée. «Lorsqu’une entreprise consomme de l’eau pour fonctionner, donc faire des profits, c’est normal qu’elle soit taxée, avance-t-il. Par contre, pour le secteur résidentiel, le problème est que le gaspillage provient souvent d’un mauvais système de l’appartement, notamment dans les quartiers populaire», ajoute le chercheur.

Selon lui, ce n’est pas aux résidants de payer pour la mauvaise gestion des infrastructures de l’eau de la ville. Il avance que pour régler le problème de surconsommation d’eau, la sensibilisation des consommateurs serait la meilleure option.

À Montréal, la majorité des résidences ne possèdent pas de compteurs d’eau, mais ils s’implantent progressivement dans les industries, les commerces et les institutions (ICI), les plus gros consommateurs. La Ville espère que d’ici 2020, tous les ICI soient dotés de compteurs d’eau.

L’arrondissement de Saint-Laurent est un des seuls à être entièrement doté de compteurs d’eau pour les résidences. Pour la maire de l’arrondissement, Alan DeSousa, si ces compteurs permettent en effet de réduire le gaspillage de l’eau, c’est surtout aux ICI de contribuer financièrement. «Je pense que le plus grand enjeu pour Montréal est de s’assurer que ceux qui consomment le plus soient mis à contribution, c’est pourquoi la ville a ciblé les ICI, qui consomme 62% de l’eau à Montréal, affirme le maire. Des efforts sont aussi fait pour réduire les pertes d’eau dans le système, j’ai confiance en la Ville à ce niveau-là.»

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