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Les enfants de Montréal sont plus nombreux à avoir des caries que le reste du Québec, révèle une vaste étude épidémiologique publiée aujourd’hui par la Direction régionale de santé publique (DRSP).

Par exemple, 92,0% des élèves montréalais de 2e année et 93,4% de ceux de 6e année ont au moins une face de dent cariée, comparativement à respectivement 87,2% et 86,8% pour l’ensemble du Québec. Si les écarts varient d’une donnée à l’autre, comme les caries évidentes (voir tableau), les jeunes montréalais ont un plus grand indice de caries, selon tous les indicateurs de l’Étude clinique sur l’état de santé buccodentaire des élèves montréalais du primaire 2012-2013 (ECSBQ).

«Ce n’est pas tellement étonnant compte-tenu des caractéristiques de la population montréalaise, indique le directeur de l’étude, Dr Martin Généreux. Les communautés culturelles sont plus nombreuses et, particulièrement pour l’immigration récente, il y a un donc un problème de communication et d’accès aux services. La région de Montréal est aussi passablement défavorisée quand on la compare au reste du Québec.»

Les enfants dont un moins un parent est immigrant sont plus nombreux à avoir au moins une carie irréversible (65,9% en 2e année et 51,3% en 6e année) que ceux dont aucun des parents n’est immigrant (52,1% en 2e année et 46,6% en 6e année). Cette même donnée chute significativement dès qu’un parent a un revenu au-dessus de 75 000$ par année.

«Les enfants ont accès gratuitement à des soins curatifs jusqu’à 9 ans, rappelle Dr Généreux. Cependant, pour les soins préventifs, comme l’application de fluor et de scellants, ils ne sont pas couverts par la Régie de l’assurance-maladie (RAMQ). Pour certains parents, c’est au-delà de leur budget.» L’étude démontre d’ailleurs que 72% des enfants de 6e année qui n’ont aucune dent scellée ont plus de cinq faces cariées. Si en 20 ans, la proportion de carie dentaire a diminué chez les élèves de 6e année (54% à 37%), contrairement à ceux de 2e année (56% à 57%), c’est surtout grâce au scellement des dents, juge le chercheur.

«Le fait que les soins dentaires ne soient plus assurés à partir de 10 ans, c’est un peu aberrant. Étant donné que la santé buccale, fait partie de la santé globale, je pense que ce serait important que ce soit assuré par l’État.» –Dr Martin Généreux

Pour tenter d’améliorer la situation, des hygiénistes dentaires se rendent dans les écoles depuis 10 ans pour poser gratuitement des scellants, mais «en terme de ressources, Montréal n’est pas extrêmement bien pourvue», souligne Martin Généreux.

«En santé publique, on a de la difficulté à fournir l’ensemble des services dentaires préventifs», dit-il.

Preuve que cet écart dans la santé buccodentaire selon les groupes socioéconomique inquiète, une journée de formation pour professionnels sera offerte par l’Institut national de santé publique le 5 décembre. Dans l’ECSBQ, on suggère d’instaurer le brossage obligatoire des dents dans les écoles primaires. Toutefois, un rapport d’un projet-pilote du ministère de la Santé indiquait qu’il était très difficile de l’appliquer à cause de manque temps et parfois d’implication des intervenants scolaires. «Ça comporte plusieurs défis, convient Dr Généreux. Mais c’est une excellente mesure particulièrement dans les écoles des milieux défavorisés parce qu’on fait une application topique de fluor et ça, c’est vraiment efficace.»

L’étude recommande aussi de soutenir les initiatives gouvernementales de fluoration de l’eau. L’ancien directeur national de santé publique, Dr Alain Poirier, soutient que c’est exactement le genre de mesure qui peut rejoindre les personnes vulnérables, qui souvent «ne consultent pas» le dentiste. «Au Québec, on est allergique à la fluoration, dénonce-t-il. Pourtant, le fluor fait partie de la croûte terrestre. Ça ne sera pas un miracle, mais si on pouvait réduire de 25% avec une mesure si peu chère et facile.»

L’étude épidémiologique a été réalisée auprès de 1344 enfants de 2e année et 455 enfants de 6e année à Montréal, d’où le délai de cinq ans pour en dévoiler les résultats.

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