Même si le Plan stratégique en matière de profilage racial et social 2012-2014 du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a permis des avancées, cela n’a pas fait drastiquement baisser le nombre de plaintes, selon un rapport interne d’évaluation publié récemment.

Le rapport d’évaluation a été réalisé en 2015 par la chercheuse Myrna Lashley, du département de psychiatrie de l’Université McGill. Dans le cadre de son travail, elle est arrivée à obtenir des statistiques sur le profilage racial au sein du service de police que plusieurs cherchaient à obtenir. Son rapport a été discrètement publié récemment sur le site internet de la Ville de Montréal dans le cadre de la consultation sur le profilage racial, mais n’a pas été publicisé.

Les chiffres montrent que les plaintes en déontologie policière pour cause de profilage racial n’ont pas baissé malgré les mesures mises de l’avant par le SPVM. De 2007 à 2014, en moyenne 62 plaintes pour profilage racial ont été acheminées chaque année au commissaire à la déontologie policière pour des agissements des agents du SPVM.

Les chiffres sont relativement stables, malgré une hausse en 2012, année de la vaste grève étudiante, et une baisse en 2014, qui annonce peut-être une embellie. En moyenne 8% des plaintes en déontologie ont pour cause un problème de profilage racial.

«Ce chiffre n’est pas très élevé comparé à d’autres villes américaines, alors je ne veux pas blâmer le SPVM, mais c’est déjà trop», souligne Dr Lashley,

Du côté du SPVM, on invite à la prudence étant donné que les plaintes en déontologie policière peuvent ensuite être rejetées ou requalifiées dans d’autres catégories. «Personnellement, nous nous basons sur les plaintes pour discrimination déposées devant la Commission des droits de la personne et de la jeunesse», déclare le commandant Samaki Éric Soumpholphakdy, responsable du dossier du profilage au sein du SPVM. En 2013, 20 dossiers de discrimination ont été ouverts à la commission en lien avec une intervention policière, alors qu’en 2014, il y en a eu 19, puis 16 en 2015.

Pour évaluer les perceptions des policiers face au profilage racial, la chercheuse de McGill a créé un questionnaire d’une trentaine de questions auquel 184 des 4600 policiers montréalais ont répondu. Il en ressort que ces derniers ne croient pas que la formation interculturelle améliore les relations avec la communauté.

D’ailleurs, les agents ne participent généralement qu’une à deux fois par année à des activités de rapprochement organisées dans les quartiers. «Ils ne comprennent pas la valeur que ça peut avoir par la suite pour leur travail», indique Myrna Lashley. Elle rapporte que la Gendarmerie royale du Canada (GRC) offre deux journées de formation sur les compétences interculturelles à ses agents alors que le SPVM se contente d’une demi-journée. Le programme permettant aux policiers de pratiquer certains sports avec les jeunes a par ailleurs été abandonné.

L’étude de Mme Lashley révèle en outre qu’une majorité des policiers sondés ne croit pas que les plaintes en déontologie pour profilage racial influencent leur comportement par la suite. Cela surprend le commandant Soumpholphakdy. «Une plainte en déontologie, ça stresse beaucoup et au niveau des postes de quartier, ça peut amener à lever des drapeaux rouges afin de voir s’il y a des choses à corriger», dit-il.

Le policier convient que le nouveau Plan en matière de profilage racial et social comportera des améliorations. «On veut qu’il parle plus aux policiers sur le terrain», affirme le commandant du SPVM, qui veut présenter la nouvelle mouture du plan au cours de l’année 2018. «On veut qu’il fasse la synthèse entre la consultation publique menée cet été, les consultations internes qui se poursuivent et les recommandations de Mme Lashley», mentionne-t-il.

Myrna Lashley recommande notamment de mieux monitorer l’ampleur du profilage, mais aussi de recenser les initiatives qui fonctionnent dans les postes de quartier et dans d’autres villes afin de les publiciser. «Si votre bon travail n’est jamais souligné, ça ne pousse pas à continuer», souligne la chercheuse.

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