Mario Beauregard/Métro Haroun Bouazzi

Personnage central de la lutte contre le racisme systémique et les discriminations, Haroun Bouazzi, 39 ans, a décidé de franchir le pas en politique sous la bannière de Québec solidaire (QS). À la fois coprésident de l’Association des musulmans et des Arabes pour la laïcité au Québec (AMAL) et architecte d’affaires dans une importante institution financière, il compte se présenter aux prochaines élections provinciales dans la circonscription de Maurice-Richard (Crémazie).

Pourquoi vous lancez-vous en politique?
Ça fait 18 ans que je suis engagé dans différentes luttes sociales, comme la démocratie, l’écologie et récemment, les questions de racisme. La justice sociale a toujours été au cœur de mon engagement. Ce saut en politique est une suite logique par rapport à mon implication. Je veux faire avancer le Québec au sein de nos institutions démocratiques.

Pourquoi rejoindre Québec solidaire?
J’ai eu très souvent des propositions provenant de plusieurs partis, mais je me reconnais vraiment dans cette vision de société de QS, qui peut faire un réel changement vers un progrès social. C’est un parti qui met le citoyen au cœur de son programme, avec des applications très concrètes dans la vie des gens, dans l’éducation, le prix des médicaments, le transport en commun, le dérèglement climatique ou qui vise une taxation juste par rapport aux grandes fortunes. Une telle vision de société manque aujourd’hui dans le débat public.

Comment comptez-vous gagner cette circonscription?
La lutte va être serrée, mais le programme de QS correspond vraiment aux gens de Crémazie, qui ont beaucoup été délaissés par le dernier gouvernement. Il y a une mixité sociale et culturelle qui est capable de se rassembler autour d’une projet cohérent qui nous rassemble et nous ressemble.

Vous êtes lun des personnages centraux de la lutte contre le racisme systémique. Ce sujet sera-t-il au cœur de votre campagne?
Mes implications ont toujours été bien plus larges et il est temps d’élargir le débat. Manon Massé n’est pas la représentante des groupes LGBT et Gabriel Nadeau-Dubois n’est pas celui des étudiants. Je parle aussi anglais, italien et arabe, les langues les plus parlées par les habitants de Crémazie, et j’aspire à représenter tous les Québécois. J’aimerais les rassembler sur des thèmes bien plus larges que ces questions raciales. Avec mes activités professionnelles dans des institutions financières, j’ai également une crédibilité en termes d’économie, de nouvelles technologies, d’intelligence artificielle et de contrats publics.

«Je suis une personne de conviction, profondément engagée à gauche. M’engager avec Québec solidaire est tout naturel.» – Haroun Bouazzi, coprésident d’AMAL

Ne craignez-vous néanmoins pas un débat clivant sur les thèmes identitaires, comme ce fut le cas en 2014 avec le projet de la Charte des valeurs présenté par le Parti québécois avant les élections?
Nos adversaires ont prouvé qu’ils étaient capables de faire de la petite politique basée sur la division et des questions identitaires. Ces débats sont une perte de temps. Depuis une dizaine d’années, on les utilise pour éviter de parler des véritables problèmes de société. On nous divise sur des choses très émotives. Il est temps de débattre sur de vrais problèmes. Il faut hausser le salaire minimum pour sortir des gens de la pauvreté et s’assurer que les écoles ne soient pas surpeuplées. Ça touche tout le monde, pas que les minorités. Je ne suis pas le candidat des minorités, mais de tous les Québécois. 

Québec solidaire est-il prêt à gouverner?
On n’aura pas le pouvoir tout de suite, je ne suis pas sur un nuage. Mais je souhaite que QS arrive au pouvoir à moyen et long terme. On est à la croisée des chemins au Québec et notre parti a une responsabilité très forte. On doit montrer qu’on est une vraie force de changement progressiste. On doit être à l’écoute des citoyens, montrer que nos bases sont solides et leur présenter un autre projet de société. Il faudra donner envie aux gens d’imaginer un avenir positif.

Pourquoi cet avenir ne passerait-il pas par dautres partis?
Les deux partis traditionnellement au pouvoir, le Parti québécois et le Parti libéral, ont démontré qu’ils ne sont plus les véhicules de changement qu’ils ont été par le passé. Le vrai changement social ne se décrète pas dans un discours. Il faut une effervescence civile et un travail commun, entre le politique et les mouvements sociaux, que peut apporter QS.

«L’heure est à la convergence. On a besoin d’être des alliés les uns des autres. C’est triste qu’on arrive à nous monter les uns contre les autres, alors qu’on pourrait imaginer un avenir commun avec plus de justice.» – Haroun Bouazzi, coprésident d’AMAL

Vous avez fait lobjet de plusieurs menaces de mort ces dernières années. Avez-vous hésité avant de franchir ce pas?
Ces menaces et messages de haine sont un formidable test de ma liberté. Je suis un homme libre. Ce n’est en aucun cas un frein, pour moi, pour servir les Québécois et apporter une justice sociale.

Vous avez déjà milité pour Projet Montréal et vous avez soutenu Valérie Plante. Sa victoire électorale peut-elle vous inspirer?
Il y a des choses à apprendre. On a besoin d’honnêteté, de renouveau et de projets en politique. Pour combattre le cynisme ambiant, qui est très dangereux pour une société, il faut de la transparence et de la sincérité. Le gouvernement actuel a entretenu le cynisme et a montré que ce n’était qu’un gros exercice de comptabilité où l’on coupe partout, quelque soit les conséquences sur la vie des gens. Puis, on donne des cadeaux, comme si ça suffisait pour acheter les électeurs. Mais les Québécois ne sont pas dupes et il faut redonner envie aux gens de penser la société.

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Une circonscription «baromètre» pour Québec solidaire

Tout comme celle de Rosemont, la circonscription de Maurice-Richard (anciennement Crémazie) est surlignée par Québec solidaire, qui ne compte pour l’heure que trois députés à l’Assemblée nationale. En 2013, la représentante du Parti libéral, Marie Montpetit, l’avait emporté face à celle du Parti québécois (39% contre 31%), loin devant ceux de la CAQ et de QS, proches tous deux de 14% des votes. Les temps ont changé, fait savoir le porte-parole masculin du parti, Gabriel Nadeau-Dubois. «Ça va être une circonscription baromètre, qui a déjà changé plusieurs fois de parti, et on a de réelles ambitions», ajoute-t-il, en soulignant le «bagage économique» d’Haroun Bouazzi «qui nous amène ailleurs». «Il y a toujours cette perception que QS manque d’arguments en économie, juge-t-il. Sa présence, avec ses compétences, va nous permettre de contrer cette perception». Une assemblée d’investiture, ouverte à d’autres candidats, sera néanmoins organisée par Québec solidaire.

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