Argent n’est pas toujours synonyme de succès. Équipe Denis Coderre a dépensé plus de 500 000$ de plus que Projet Montréal aux dernières élections, mais n’a pas remporté la mairie. Par contre, dans les arrondissements où le parti de Valérie Plante a investi davantage d’argent, ses candidats ont été élus, démontrent les rapports de dépenses des dernières élections municipales.

Métro a calculé l’indice de corrélation entre le pourcentage de votes obtenu et le pourcentage des dépenses autorisées déboursées pour évaluer la force du lien entre ces deux séries de données. Résultat : il s’élève à 0,7, ce qui représente un lien plutôt fort.

Le chiffre magique semble être de 54% des dépenses admissibles pour le parti victorieux. Sur les 48 candidats de Projet Montréal qui ont atteint ce pourcentage, 42 ont été élus. Seuls neuf candidats de ce parti l’ont emporté avec un niveau de dépenses inférieur à 54% des frais admissibles.

Les rapports révèlent que les candidats de Projet Montréal dans un même arrondissement ont déboursés environ le même pourcentage de leurs dépenses admissibles. Certains secteurs ont été clairement favorisés comme Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce, le secteur le plus populeux de la ville (72%), et le Sud-Ouest (69%).

Les arrondissements dans lesquels Projet Montréal a le plus dépensé

Selon la professeure en gestion municipale à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), Danielle Pilette, il est normal que le parti de Mme Plante ait connu du succès là où il a dépensé des sous. «Là où il y a des militants de Projet Montréal et des gens qui contribuent [à la caisse du parti], il y a un intérêt. Donc, il faut donner des outils à ses militants et un peu remettre l’argent d’où il vient», analyse-t-elle.

Selon les règles du parti, 25% de l’argent levé dans un arrondissement, est conservé pour la campagne locale, indique la directrice-générale de Projet Montréal, Marie-Dominique Giguère. «L’autre 75% sert à la campagne de la cheffe et à pallier dans les arrondissements où on a amassé moins de fonds et où on est moins bien implantés», dit-elle.

Mme Giguère confirme que Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce avait été identifié comme un arrondissement clé pour l’emporter. «On a reçu beaucoup de dons dans le dernier blitz avant la campagne, mais on a investi davantage de sous du central», souligne-t-elle.

À l’inverse, dans LaSalle (40%), Montréal-Nord (42%) et Anjou (43%), le parti a été beaucoup moins dépensier. Aucun de ses candidats n’a d’ailleurs été élu dans ces trois arrondissements. «On investit moins, mais on a aussi moins de militants, explique Mme Pilette. À certains endroits, on avait de la difficulté à dépenser le budget autorisé.»

Toutefois, Mme Pilette ne croit pas que davantage d’investissements auraient nécessairement permis à Projet Montréal de l’emporter. «Sa clientèle naturelle, elle est dans les quartiers centraux, où il y a beaucoup de locataires, poursuit-elle. Ça fonctionne moins bien quand il y a moins de densité parce que Projet Montréal est associé au transport collectif.»

Seuls trois candidats ont réussi à se faire élire avec un niveau de dépenses de moins de 50 %, soit Lisa Christensen, dans le district de La Pointe-aux-Prairies, ainsi que Sophie Mauzerolle et Robert Beaudry dans l’arrondissement Ville-Marie. «C’est un peu une exception, juge Mme Pilette. La population est faible et on n’a pas besoin d’investir pour la mairie d’arrondissement.»

Du côté d’Équipe Coderre, le niveau de dépenses varie de 69,74% (Scott McKay) à 99,35% (Éric Dugas).

Aucune corrélation n’est possible entre les résultats de l’élection et la part d’argent déboursé. M. Dugas n’a pas été élu à la mairie de L’Île-Bizard–Sainte-Geneviève, tandis que la candidate Mary Deros, qui a utilisé 74% du budget qu’elle pouvait dépenser, a été élue dans Parc-Extension.

Il n’y a pas de tendance entre arrondissements non plus, si ce n’est que les quatre candidats aux postes de conseillers de ville dans Rosemont–La Petite-Patrie sont ceux qui ont le niveau de dépense le moins élevé.

Les arrondissements dans lesquels Équipe Denis Coderre a le plus dépensé

«Denis Coderre a toujours refusé ce modèle territorial. Son ambition a toujours été d’être un parti populiste qui s’intéresse à toute la population, soutient Danielle Pilette. Il est un politicien de la vieille école. Même dans les campagnes municipales, ça prend beaucoup d’argent et de moyens traditionnels de communication à grande échelle.»

Chez Équipe Denis Coderre, les candidats aux postes de maires d’arrondissements ont davantage dépensé et ont eu droit à de plus grandes enveloppes. C’est donc pour eux que le parti a surtout ouvert sa bourse. «Ça reflète un peu la hiérarchie du pouvoir politique au sein du parti. On tenait à certains membres du comité exécutif», croit Mme Pilette. Pratiquement toute l’enveloppe disponible (98%) à la candidate vedette Elsie Lefebvre a été utilisée.

Le chef d’Ensemble Montréal, Lionel Perez, n’a pas souhaité réagir aux décisions de son ancien parti sur les dépenses électorales.

Consultez ici les tableaux réalisés par Métro pour les dépenses de Projet Montréal et d’Équipe Denis Coderre.

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