Josie Desmarais/Métro Les professeurs à l'école Louis-Riel Raymond Nadeau, Martin Leclerc et Mélanie Murphy.

Note de passage ou non, tous les élèves qui terminent leur cours de science de 3e secondaire à l’école Louis-Riel iront en science en 4e secondaire. Des professeurs dénoncent cette situation «inacceptable pour des pédagogues».

La direction de l’école a demandé aux enseignants en début d’année de retirer la condition qui exige que «pour être promu au cours de science et technologie de 4e secondaire, l’élève doit avoir obtenu 60% en sciences et technologies de 3e secondaire» du document des normes et modalités d’évaluation. Et, malgré sept refus des enseignants, la direction persiste avec cette demande, qui doit toutefois encore être adoptée par le conseil d’établissement.

«Chaque année, il y a des élèves qui peuvent se faufiler, mais si on enlève ça, on généralise et on enlève toute barrière», estime le représentant syndical des professeurs dans cette école de Mercier, Martin Leclerc.

Déjà, même avec cette exigence d’une note de passage à 60%, des élèves en situation d’échec sont promus, relate Mélanie Murphy, une enseignante de science de 3e secondaire. «Depuis deux ans, les élèves, on les fait passer, dit-elle. Les onze élèves que j’avais fait échouer il y a deux ans, l’année d’après, ils n’ont pas réussi leur année et l’examen du ministère. Ça n’a rien donné de les faire passer.»

La présidente de la Commission scolaire de Montréal, Catherine Harel Bourdon, donne un portrait tout autre, disant qu’une dizaine d’entre eux avaient réussi leur examen du ministère de 4e secondaire après qu’on les eut fait changé d’année scolaire, malgré un échec. «La direction a constaté au fil des années que si on les remettait en science de secondaire 3, ils redoublaient à nouveau», dit-elle.

«On pénalise ces élèves énormément. Je ne peux pas leur offrir un bon service. Ils auraient besoin d’aide pour le secondaire 3. Je ne rend pas service aux élèves qui pourraient aller plus vite non plus. Tout le monde paie.» – Raymond Nadeau, professeur en science de 4e secondaire à Louis-Riel

Toutefois, il ne s’agirait pas d’élèves près du seuil de réussite, font état les professeurs. Parfois, ils ont un niveau de mathématiques de 1er ou 2e secondaire, matière dans laquelle il est possible de redoubler. «On ne parle pas d’élèves qui ont eu 55% et qui ont réussi dans toutes les autres matières, soutient Mme Murphy. Des fois, ils ont échoué à 30-40% et aussi en mathématiques. Mais les mathématiques, c’est le langage des sciences.»

M. Leclerc, croit qu’on «berne» ces élèves en appliquant le principe de la «réussite à tout prix». «Nous, ce qu’on propose, c’est d’ouvrir un groupe de doubleurs, mais on nous dit non. On soupçonne que c’est parce que ça coûte beaucoup d’argent», affirme-t-il.

La présidente de la CSDM assure que c’est plutôt parce que ce type de groupe n’est pas efficace pour la réussite. «Les études démontrent que mettre 20 élèves en difficulté dans le même groupe n’aide pas à la réussite, avance-t-elle. Il y a un effet d’entraînement d’être dans un groupe régulier.»

Martin Leclerc dit que la négociation des normes et modalités d’évaluation se fait normalement de manière très consensuelle et craint une directive venant de plus haut. «La direction est le messager des politiques qui viennent de la commission scolaire et du gouvernement», juge-t-il, ajoutant avoir eu des échos de comportements similaires en Montérégie et dans les Laurentides.

La CSDM évacue toute prétention de projet pilote du ministère qu’évoquent les professeurs. «La note de passage de 60% reste, mais c’est la direction qui est responsable de la promotion d’une année à l’autre. Étant donné que le secondaire 3 en science n’a pas d’unités de sanction ministérielle, ce n’est pas un prérequis pour faire les sciences de secondaire 4», illustre-t-elle.

Mme Harel Bourdon se désole que les professeurs ne soient pas en train de trouver des solutions pour éviter les échecs de leurs élèves, à quelques mois de la fin de l’année scolaire. «C’est un combat de principe sur l’autonomie professionnelle sur les notes. J’aimerais qu’ils s’attardent à s’occuper des enfants qui sont au bord de l’échec et à trouver des solutions pour les soutenir pour qu’ils réussissent leur année scolaire», dit-elle.

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