En armure de pied en cap, épée au gantelet, deux femmes s’avancent l’une vers l’autre pour un duel. Nous ne sommes pas sur un champ de bataille du XVe siècle mais bien en 2018, un dimanche après-midi, dans un sous-sol d’église de Rosemont. Bienvenue dans le monde du combat médiéval féminin, un sport auquel les Québécoises excellent.

Bénédicte Robitaille, Cloée Germain, Fanny Roux-Fouillet, Gabrielle Bergeron et Marie-Pier Garant participeront au tournoi de l’International Medieval Combat Federation (IMCF) en Écosse à la mi-mai, épées, haches et hallebardes dans leurs valises, à la défense de quatre titres mondiaux, dont celui en béhourd, un combat à trois contre trois.

«Les équipes à battre, c’est l’Ukraine, un pays où le sport est très développé, et nous. On s’est distinguées dans plusieurs autres compétitions et en individuel», explique Bénédicte, qui défendra aussi sa médaille d’or en duel à l’épée longue.

«Ç’a l’air plus violent parce qu’on a des armes en acier, mais on est très bien protégées. Je regarde les gars d’arts martiaux mixtes à la fin de leurs combats et ils sont tout gonflés, ils saignent de partout. Nous, on est correctes, on a deux ou trois bleus et c’est tout», raconte nonchalamment Fanny Roux-Fouillet en enfilant son armure.

Pourtant, sous les plaques de titane et sous le heaume, les filles portent aussi coquille, casque de rugby et protecteur buccal. «On va défendre notre titre dans un mois, alors faites attention de ne pas nous blesser!» lance d’ailleurs Marie-Pier aux autres combattants de l’entraînement auquel Métro a assisté.

C’est qu’en béhourd, presque tout est bon pour parvenir à ses fins, c’est-à-dire faire tomber son adversaire au sol. «Dès que tu vas appuyer un genou, une épée ou ton bouclier au sol, tu es éliminé jusqu’à la fin du round, explique Marie-Pier. Mais il est interdit de frapper dans le cou à l’horizontale, sur la colonne à la verticale, à l’arrière des genoux ou quelqu’un penché à plus de 45 degrés.»

Par contre, rien n’empêche les combattantes de faire une prise de lutte à leur adversaire, de lui donner un bon coup de gantelet au visage ou encore un coup de pied dans le ventre pour la déstabiliser.

Un combat d’endurance
Les combats de béhourd durent environ une minute et demie, mais ils peuvent s’étirer jusqu’à huit minutes, d’où l’importance d’avoir des guerrières sur le banc. «Ça arrive que ça dure très longtemps, parce qu’on est très fatiguées, et on se tient sur le bord de la bande, incapables de tenter de nouvelles manœuvres», poursuit Bénédicte.


Bénédicte exténuée après un round d’une minute et demie. Photo: Mario Beauregard/Métro

La préparation physique est donc capitale. En plus de la musculation, les cinq Québécoises font d’autres sports de combat ou du rugby pour parfaire leur endurance et leur stabilité. «Je fais de la musculation de trois à quatre fois par semaine et du muay thaï de deux à trois fois par semaine, en plus des entraînements en armure une fois par semaine. C’est dans les autres sports que je me prépare physiquement», indique Cloée.

Elle est d’ailleurs arrivée au combat médiéval par le sport et non par le monde des jeux de rôle grandeur nature, comme les autres. «Moi, c’est l’adrénaline. C’est drôle à dire, mais j’aime ça, la violence entre adultes consentants», blague-t-elle.

Cloée est championne du monde en duel à la hallebarde, une compétition pour laquelle «ça prend des couilles!» clame Bénédicte.

«Quand j’ai gagné l’argent [il y a deux ans], je me battais contre une fille qui faisait 6 pi et 230 lb, bâtie comme un frigidaire, c’est effrayant», raconte la combattante, dont l’arme de prédilection est la masse à deux mains.

Si la condition physique et la capacité à rester debout sont cruciales, la physionomie compte pour beaucoup. C’est facile de le constater lorsqu’un homme de 6 pi pieds et 3 po court à toute vitesse dans le but de déstabiliser Gabrielle, qui reste pourtant debout.

Celle-ci voit comme un avantage le fait de s’entraîner avec les gars. «Il y a un écart de niveau juste à cause de la physionomie. Ils ne nous laissent pas de chance. Est-ce qu’on les plante? Non. Est-ce qu’on s’en sort? Quand même, estime la championne en duel à l’épée et au bouclier. C’est ça qui fait qu’on a un bon niveau, parce qu’on s’est toujours entraînées contre des gens meilleurs que nous.»


Marie-Pier (à gauche) se lance contre un combattant masculin. Photo: Mario Beauregard/Métro

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