Sean Kilpatrick Sean Kilpatrick / La Presse Canadienne

MONTRÉAL – Alors que la police s’affairait toujours à amasser des preuves afin de faire la lumière sur l’attentat perpétré mardi soir au Métropolis, l’ensemble de la classe politique a dénoncé d’une seule voix l’incident qui a fait un mort et un blessé.

Une source policière a confirmé que le suspect qui a fait irruption dans le lieu de rassemblement des militants péquistes est Richard Henry Bain, un homme de 62 ans vivant à Mont-Tremblant, dans les Laurentides. Il serait propriétaire d’une pourvoirie exploitée sous le nom des «Activités Rick» à La Conception et avait joint la Chambre de commerce régionale l’an dernier. Sur sa page Facebook personnelle, l’homme indique le français et l’anglais comme langues d’usage.

Puisqu’il a été transporté en matinée à l’Hôpital du Royal Victoria dans la métropole, sa comparution pourrait être remise à jeudi, voire plus tard.

Vêtu d’une robe de chambre et d’une cagoule noire, l’homme aurait ouvert le feu à l’arrière du Métropolis, à Montréal, alors que des centaines de partisans étaient rassemblés pour célébrer l’élection du gouvernement péquiste minoritaire de Mme Marois.

Un technicien âgé de 48 ans, Denis Blanchette, a perdu la vie dans le drame. Un homme de 27 ans a également été blessé, mais il est hors de danger.

Le suspect a ensuite allumé un incendie derrière la salle de spectacle, avant de prendre la fuite. Il a finalement été rattrapé par les policiers et a crié au moment de son arrestation que les anglophones allaient se «réveiller».

Pour Dominic Bouffard, un conseiller publicitaire qui avait déjà fait affaire avec le suspect, rien ne laissait présager un tel geste. «Type généreux (…), il disait « je suis chrétien ». C’est un gars qui lisait la Bible, il avait des fondements intéressants», a-t-il noté en entrevue à la radio des Hautes-Laurentides.

Un ami et voisin qui souhaite rester anonyme a toutefois indiqué à La Presse Canadienne que Richard Henry Bain avait des problèmes de santé mentale et prenait des médicaments. Il n’a toutefois jamais démontré de signe de violence, a indiqué ce voisin.

La Sûreté du Québec (SQ) a pris la responsabilité de l’enquête sur cette affaire en collaboration avec le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Le lieutenant Guy Lapointe, de la SQ, a précisé qu’il en était ainsi parce qu’il était pour l’instant impossible «d’exclure que la personne qui était visée était la première ministre élue».

Les policiers ont dressé un périmètre de sécurité sur les lieux de l’incident et rencontré une quinzaine de témoins. Le suspect devait également être interrogé, alors que le mobile de ce geste n’a pas encore été établi par les policiers.

Même s’il a déploré la mort d’une personne, le lieutenant Lapointe s’est malgré tout déclaré satisfait de la rapidité de l’intervention policière, qui n’a duré que quelques minutes. «En aucun temps on pense que Mme Marois a été en danger», a-t-il dit. La chef du Parti québécois (PQ) a pu finir son discours à la hâte, mais le Métropolis a été rapidement évacué par la suite.

Marois a insisté

C’est à sa demande insistante que Mme Marois est revenue sur la scène après avoir d’abord été évacuée par les agents responsables de sa sécurité. «Je vais vous dire, c’est moi qui ai insisté», a signalé la chef du PQ en point de presse au lendemain de sa victoire.

Elle a expliqué que son objectif était d’abord de calmer le jeu, pour s’assurer que l’évacuation s’effectue sans anicroche. «Je me suis dit: « qu’est ce qui va arriver si ces personnes paniquent » (…). J’ai dit à mes gardes-du-corps: « je veux aller parler aux gens »», a indiqué Mme Marois. Il ne lui a pas traversé l’esprit qu’elle-même pouvait être une cible, a-t-elle ajouté.

Devant les journalistes venus l’interroger pour la première fois depuis sa victoire, elle a également voulu insister sur le fait que le Québec est avant tout pacifique. «Malgré cette tragédie, il faut redire que le Québec est une société non violente. Un acte de folie ne peut effacer cette réalité.»

Classe politique

Au lendemain de l’élection de la toute première femme à la tête du Québec, l’homicide a semblé éclipser la victoire de la chef péquiste elle-même, tant dans les conversations des gens dans la rue que dans les déclarations des politiciens de la scène fédérale et provinciale.

Ainsi, le premier ministre canadien Stephen Harper a joint Mme Marois mercredi matin au téléphone afin de la féliciter pour sa victoire, mais aussi pour condamner cet acte de violence. Selon un compte rendu fourni par son directeur des communications, Andrew MacDougall, «le premier ministre s’est dit attristé des événements qui sont survenus (…) à Montréal. Il a ajouté qu’un tel acte est inadmissible et qu’une telle violence n’a pas sa place au Canada.»

À Saint-Jean, à Terre-Neuve-et-Labrador, où il tient son caucus de la rentrée, le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Thomas Mulcair, a pour sa part soutenu que ses troupes étaient bouleversées et que les premières pensées allaient aux victimes et à leurs proches.

Le premier ministre québécois sortant Jean Charest s’est lui aussi dit très attristé, ajoutant qu’il s’agissait là d’un véritable choc.

En conférence de presse, le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, a qualifié l’incident de «dramatique, infiniment triste, inacceptable, surtout pendant un événement politique». «On n’est jamais à l’abri d’un fou qui arrive dans une assemblée et qui commence à tirer. On le voit partout dans le monde, ça peut arriver, c’est triste, il faut voir comment on peut réduire ce risque», a indiqué M. Legault.

«C’est la démocratie et les institutions qui ont été attaquées hier», a renchéri le directeur général des élections, Jacques Drouin.

Une vigile s’est tenue devant le Métropolis mercredi soir. Plusieurs centaines de personnes ont pris part à l’événement. «Puisque la peur et la haine n’amènent que plus de peur et de haine… Offrons-nous plutôt, ensemble, un peu d’amour et d’espoir», avaient écrit les organisateurs de la vigile sur la page Facebook attitrée. Le spectacle du groupe rock Offspring, qui devait se dérouler au Métropolis mercredi soir, a été transféré à L’Olympia.

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