Josie Desmarais

Deux refuges montréalais accueillant des femmes itinérantes jugent trop faible le financement public qu’ils obtiennent en se comparant à d’autres organismes du même type dans la métropole.

À eux seuls, le Pavillon Patricia Mackenzie et le Chaînon cumulaient 133 lits, soit 17% des lits disponibles dans les refuges montréalais en 2016. Pourtant, ils n’ont touché que 4% des subventions publiques attribuées aux organismes qui hébergent des itinérants, hommes ou femmes confondus.

En comparaison, la Mission Old Brewery, qui dispose de 30% de l’ensemble des places d’hébergement à Montréal, touche 30% des subventions publiques.

Une situation inacceptable et inéquitable, ont clamé en cœur, jeudi, la directrice générale du Chaînon, Marcèle Lamarche, et la directrice du service aux femmes du Pavillon Patricia Mackenzie, Florence Portes.

Ces disparités s’expliquent par la date à laquelle les organismes ont déposé leur demande de subvention, a mentionné le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Centre-Sud, qui étudie les demandes et distribuent les subventions.

«Le programme actuel fait en sorte que leur financement se définit en fonction de leur moment d’admissibilité. Plus ça fait longtemps qu’un organisme a été admis, plus ses subventions seront élevées», a fait savoir la directrice adjointe au partenariat du CIUSS Centre-Sud, Julie Grenier.

Il s’agit d’une situation kafkaïenne, selon les deux organismes, qui ont dénoncé des promesses en l’air et des conditions impossibles à tenir. Par exemple, le Chaînon s’est vu refuser un rehaussement de 30 000$ parce que l’organisme a des revenus issus du privé plus élevé que la moyenne des organismes d’hébergement d’itinérant, selon le ministère de la Santé et des Services sociaux.

Il est impossible de survivre avec le financement public, qui correspond à 7% de leur budget total, a rétorqué la directrice général de l’organisme qui accueille des femmes en difficulté, Marcèle Lamarche. Elle a ajouté que l’organisme est obligé de trouver d’autres sources de financement, notamment provenant d’une boutique de vêtements, pour subvenir à ses besoins.

«On est obligé de se débrouiller. Si j’arrête d’aller chercher de l’argent ailleurs, je ferme», s’est indigné Mme Lamarche.

Le mois dernier, le ministère s’est engagé à verser à chacun des deux organismes la somme 30 000$. C’est une faible consolation pour Florence Portes, du Pavillon Patricia Mackenzie, qui dit ne pas avoir encore reçu cet argent, ni obtenu preuve écrite.

Mme Portes a été très critique envers les règles de financement public qui obligent les organismes à se tourner vers le privé, alors que l’État devrait prendre ses responsabilités. Selon elle, le gouvernement leur aurait fait miroiter des augmentations conséquentes en prévision du budget provincial de 2018, marqué par des investissements de 46M$ pour les cinq prochaines années pour la lutte contre l’itinérance. Ce montant avait d’ailleurs été jugé trop «timide» par le Réseau solidarité itinérance du Québec.

«À plusieurs reprises, de façon formelle ou informelle, dans des rencontres, ils nous ont assurés qu’il y aura de l’argent disponible, qu’on pourra être réajusté », a confié Florence Portes, déçue devant le décalage entre les nombreux investissements du dernier budget et les promesses que leur aurait fait le ministère.

La Chaînon et le Pavillon Patricia Mackenzie souhaitent maintenant récolter le soutien des citoyens montréalais pour appuyer leurs revendications. Ces deux organismes sont les plus importants à Montréal en terme de capacité d’accueil et de soutien pour les femmes itinérantes.

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