Josie Desmarais

L’Université de Montréal (UdeM) asphyxierait certains arbres du mont Royal en disposant ses neiges usées dans l’un de ses boisés. L’institution assure respecter la loi.

Dans le boisé Édouard-Montpetit, en contrebas du stationnement du pavillon Lassonde, Métro a constaté que la survie d’une cinquantaine d’arbres est compromise. Lors de notre passage la semaine dernière, un amas de neige, de graviers et de détritus était encore bien présent dans la pente, même en ce début de mois de juin. Tout autour, les arbres étaient déjà bien verts, mais dans le sillage du déversement de neiges usées, l’atmosphère était plutôt lunaire.

Selon la Loi sur la qualité de l’environnement (LQE), «la neige qui fait l’objet d’un enlèvement et d’un transport en vue de son élimination ne peut être déposée définitivement que dans un lieu d’élimination autorisé par le ministre en vertu de l’article 22 de la Loi sur la qualité de l’environnement».

La neige gorgée de sel de voirie de graviers est en effet considérée comme un contaminant, d’autant plus qu’elle contient aussi souvent des métaux lourds et des hydrocarbures, stipule une étude de l’Université de Sherbrooke.

À la vue des photos prises par Métro, Emmanuel Rondia, du Conseil régional de l’environnement de Montréal, s’étonne que cette pratique soit autorisée en plein cœur du site patrimonial du mont Royal et se «questionne à propos de son impact sur la pérennité des arbres, mais aussi sur les sols qui se retrouvent pollués par la neige usée et l’eau polluée».

M. Rondia ajoute que plus généralement «les neiges usées sont un frein majeur au verdissement en milieu urbain, notamment en ce qui concerne les stationnements où l’on préfère garder d’importantes zones vierges de végétation pour y accumuler la neige l’hiver».

Dans le cas de l’UdeM, cette gestion des neiges usées pourrait nuire à une partie du projet de renaturalisation du boisé Édouard-Montpetit, qui héberge notamment la salamandre cendrée et qui a bénéficié d’une subvention de 60 000$.

Malgré ce constat, les avis divergent sur la question de savoir si la pratique de l’UdeM est légale. M. Rondia croit que non. Toutefois, le porte-parole du ministère de l’Environnement, Frédéric Fournier, mentionne qu’une inspection a été réalisée en février. «Le fait de souffler de la neige dans un boisé n’est pas un manquement à la LQE et à ses règlements», précise-t-il.

En bref, cette pratique est autorisée, et aucun permis de dépôt n’est nécessaire, s’il s’agit de pousser dans un boisé la neige tombée à proximité. Or, un étudiant préférant rester anonyme affirme, vidéo à l’appui, que des camions viennent l’hiver déverser de la neige dans le stationnement qui est ensuite soufflée dans le boisé, une pratique qui s’apparente plus à la gestion d’un dépôt à neige pour lequel il faudrait un permis.

L’Université affirme ne pas avoir de dépôt à neige et parle plutôt «d’accumulations» de neige soufflée  ou poussée à certains endroit du campus, «de façon à ne pas nuire à la sécurité de notre communauté ou à la circulation». Le tout conformément à la réglementation applicable en la matière», assure-t-elle.

En effet, une exception à la Loi permet en effet de charger de la neige, de la transporter à l’aide de camions et de la déposer définitivement à un autre endroit, si les camions ne passent pas par la voie publique. Or plusieurs des des rues et chemin qui sillonnent le campus sont sous la juridiction de l’université qui peut alors transporter de la neige jusqu’au boisé sans être en contravention.

Luc Nadeau, l’ingénieur forestier qui conseille l’UdeM juge en outre que les déglaçants ne sont vraisemblablement pas en cause dans le dépérissement du boisé Édouard-Montpetit. «On observe l’absence de feuilles ou une forme de nanisme des feuilles qui n’est pas une réaction typique à la présence de sels de déglaçage, Dans un autre endroits sur le campus où la neige est poussée, les arbres ne réagissent pas ainsi», dit-il, en indiquant que des études approfondies permettront d’en clarifier la cause. L’institution affirme être ouverte à l’idée de modifier certaines pratiques, le cas échéant.

Même s’il n’est pas arboriculteur, Emmanuel Rondia maintient que c’est une mauvaise pratique et qu’il aimerait bien lire le rapport de l’ingénieur forestier.

Comme site patrimonial, le mont Royal est sous la houlette du ministère de la Culture et des Communications. Néanmoins, «la Loi sur le patrimoine culturel ne permet pas au ministère d’intervenir dans une telle situation», souligne la  porte-parole du ministère, Annie LeGruiec. «Cependant, des discussions sont en cours entre le ministère et la Ville de Montréal à cet effet, dans l’objectif notamment de sensibiliser le propriétaire aux répercussions liées à cette problématique et de trouver une solution», souligne-t-elle.

Ce n’est pas la première fois qu’un dépôt à neige de l’UdeM attire l’attention des médias. Il y a une quinzaine d’années, c’est un site situé à l’ouest de l’ancienne piste de ski qui avait été dénoncé.

L’arrondissement de Côte-des-Neige-Notre-Dame-de-Grâce, qui veille au respect des règlements municipaux sur le campus, avance n’avoir reçu aucune plainte, mais ajoute que s’il en recevait une, il enverrait un inspecteur «vérifier la situation et agir en conséquence».

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