Collaboration spéciale Patrick Allaire parlera des traitements d'électrochocs qu'il suit depuis deux ans lors des Rendez-vous de la santé mentale, le 10 octobre, à l'hôpital Louis-H. Lafontaine.

Traiter notamment la dépression majeure par des électrochocs reste tabou au Québec et ailleurs. Pourtant plusieurs scientifiques québécois croient que cette pratique mérite d’être reconnue. Ils en feront la promotion lors d’un colloque à l’Hôpital Louis-H. Lafontaine, mercredi prochain.

C’est un fait peu connu, mais 84% des canadiens habitent à moins d’une heure de trajet d’un centre où sont dispensés des traitements d’Électroconvulsivothérapie (ECT), le vrai nom pour nommer les électrochocs.

L’homme qui a publié cette donnée dans le Journal of ECT en décembre s’appelle Dr Simon Patry. Depuis six ans, il a traité une centaine de patients à l’Institut universitaire en santé mentale de Québec et il est formel «Même si ce traitement est utilisé en bout de ligne chez des patients réfractaires aux traitements standards, on obtient des améliorations dans 65% des cas».

Avec les dérives des années 1950 à 1970 dénoncées notamment dans le film Vol au dessus d’un nid de coucou, on croyait la pratique quasiment disparue. Ce n’est pas le cas. Les règles entourant les ECT ont depuis beaucoup évoluées.

«On utilise le tiers de l’énergie utilisée autrefois et l’onde électrique est différente [NDLR: carrée au lieu de sinusoïdale], ce qui diminue les effets secondaires», explique Dr Claude Vanier, une sommité dans le domaine des ECT. Les électrochocs sont aussi administrés sous anesthésie, avec injection de curare et sous assistance respiratoire et cardiaque. Ces précautions visent à annihiler la douleur, éviter les fractures liées aux convulsions et limiter les pertes de mémoire.

Même si plusieurs, comme le comité Pare-Chocs, restent hostiles à cette pratique, des patients comme Patrick Allaire clament qu’elle peut sauver des vies. Notamment pour les victimes de dépression, réfractaires aux médicaments, risquant de se suicider.

C’est le cas de ce Montréalais de 38 ans. Son gros épisode dépressif date de l’entrée au CEGEP. «J’étais comme un zombie, pratiquement incapable de bouger et de parler», raconte t-il. Les médecins diagnostiquent une dépression majeure. Il faudra plusieurs années avant que sa bipolarité soit clairement établie.

Malgré plusieurs rechutes, il complète un bac en administration et commence des études en médecine. Un épisode dépressif plus grave que les autres l’amène à tenter de se suicider. C’est là qu’on lui propose un traitement aux électrochocs. «Après la deuxième séance, je me suis senti beaucoup mieux et j’ai même pu compléter un doctorat», confie t-il.

Depuis 2010, il a reçu une centaine de traitements de maintien, à raison d’une à quatre fois par mois. Il vient aussi de créer un blog, L’Électron libre,  pour démystifier ce traitement.

S’il convient que les ECT rendent parfois sa mémoire défaillante, les jugements extérieurs le pénalisent davantage. «Parce que je reçois encore des traitements, on m’a refusé à plusieurs reprises l’accès à des postes d’infirmiers», explique M. Allaire.

Une observation partagée par Dr Vanier. «Dans mes recherches, quand je nomme des patients, je ne cite que ceux qui sont retraités, car les autres risqueraient de perdre leur emploi», ajoute t-il.

L’ECT en bref

Le courant est envoyé sous anesthésie et curarisation pendant deux à quatre secondes. Il provoque des convulsions pendant une durée minimale de 20 secondes. Ce sont elles qui vont stimuler les connexions neuronales et améliorer l’humeur du patient.

Il s’agit d’un traitement d’exception. La RAMQ a recensé 6811 services en 2011. Le traitement dure généralement entre 6 et 12 séances, à raison de deux à trois sessions par semaine. Dans certains cas, il faut néanmoins faire des «séances d’entretien». Mais plusieurs psychiatres poussent le gouvernement à financer un centre d’excellence qui permettrait de faire avancer la recherche pour notamment déterminer les meilleures pratiques.

Journée mondiale de la santé mentale

Le 10 octobre, de 14h à 20h30, l’hôpital Louis-H. Lafontaine organise plusieurs activités gratuites, ouvertes au grand public, qui permettent un contact direct avec des gens ayant un problème de santé mentale pour en démystifier certains aspects. Parmi les activités organisées figurent:

  • Une bibliothèque vivante permettant des rencontres privées de 20 minutes avec des patients
  • Une rencontre avec Patrick Allaire pour discuter d’électrochocs
  • Une visite de l’atelier d’art thérapie des Impatients
  • Une diffusion des documentaires Foliewood et Maison de fous
  • Une conférence. «Cinéma et maladie mentale: Pour le meilleur et pour le pire»

Les coulisses de l’hôpital Louis-H. Lafontaine

blog comments powered by Disqus