Pablo A. Ortiz/Métro

Fermer la rue qui mène à une école primaire pour augmenter la sécurité des enfants et favoriser le transport actif, voilà l’objectif d’un projet pilote qui verra le jour à Vienne à l’automne. Un système déjà testé à Londres et qui pourrait bien trouver écho à Montréal.

«À Vienne, environ 20% des enfants âgés de moins de 10 ans sont reconduits à l’école en voiture chaque matin. Nous avons lancé ce projet pilote pour convaincre les parents de laisser les enfants marcher ou prendre leur vélo. C’est pour la sécurité, mais aussi pour réduire la circulation», explique à Métro la responsable des dossiers piétons à l’agence de mobilité de la Ville de Vienne, Petra Jens.

Pendant deux mois à la rentrée, entre 7h45 et 8h15, il sera interdit à tout véhicule de circuler sur la rue Vereinsgasse, qui mène à l’école primaire du même nom. Celle-ci compte environ 300 élèves. «Nous avons mené des projets dans d’autres villes d’Autriche, mais nous voulions voir comment cela fonctionnerait dans un secteur dense et urbain», poursuit Mme Jens.

À Salzbourg, par exemple, l’interdiction d’accéder à six écoles en voiture pendant une semaine l’an dernier a permis de réduire la congestion. Dans le quartier Camden, à Londres, un projet pilote mené cet hiver avec des bollards empêchant la circulation le matin et le soir a fait chuter de 50% le nombre d’enfants qui arrivent en voiture.

«Le premier mois, une clôture sera installée pour empêcher physiquement les voitures de passer. Le second mois, nous allons essayer sans la clôture pour savoir s’il y a une acceptabilité», indique Petra Jens. Après cette période de test, une évaluation sera faite pour savoir si ce modèle pourrait être appliqué à d’autres écoles primaires de la capitale autrichienne.

«Nous faisons cela pour des raisons de santé publique. Beaucoup d’enfants sont en danger de développer le diabète ou l’obésité parce qu’ils ne sont pas assez actifs. Le chemin vers l’école pourrait couvrir le tiers de l’heure quotidienne d’activité physique recommandée.» – Petra Jens, responsable des dossiers piétons à l’agence de mobilité de la Ville de Vienne

L’administration de la mairesse Valérie Plante est ouverte à l’idée de lancer un projet pilote semblable à Montréal, soutient l’attaché de presse du comité exécutif, Youssef Amane. «Tout projet pour assurer la sécurité du réseau routier et encourager le transport actif représente un pas dans la bonne direction, souligne-t-il. Il faudrait travailler avec les commissions scolaires pour voir quelles rues pourraient servir de test.»

La chargée du programme Cyclistes avertis de Vélo Québec, Magali Bebronne, qui a longtemps travaillé au projet Mon école, à pied, à vélo, croit que des initiatives comme celles de Vienne et de Londres «vaudraient la peine d’être essayées» à Montréal.

«Toutes les directions d’écoles s’entendent pour dire que la circulation autour des écoles est un problème. Beaucoup nous ont dit qu’il n’y a rien de plus dangereux qu’un parent qui vient de déposer son enfant et qui est en train de partir», illustre-t-elle.

Au Québec, seulement 32% des enfants marchent ou prennent leur vélo pour se rendre à l’école, selon les plus récentes données. En 2011, l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) concluait que «le nombre d’enfants blessés au primaire lors des déplacements entre la maison et l’école pourrait augmenter à la suite de l’implantation de programmes de promotion du transport actif». Même une faible augmentation pourrait être néfaste, note ce rapport sur la sécurité des élèves du primaire.

Depuis la parution de ce rapport, les accidents sur le chemin de l’école ont beaucoup baissé au Québec. De 2003 à 2007, près de 371 enfants étaient blessés annuellement sur le chemin de l’école, contre 84 par an en moyenne entre 2013 et 2017.

Selon une recherche menée l’an dernier par la Direction de santé publique de Montréal, l’ajout de dos d’âne et de saillies de trottoir est efficace pour réduire le nombre de blessés. Toutefois, aucune étude n’a été menée par l‘INSPQ pour connaître le lien entre le moyen de transport choisi et le nombre d’accidents sur le chemin de l’école.

«Même si nous n’avons pas les dernières données, je ne crois pas que les parts modales des déplacements à pied et à vélo effectués par les élèves du primaire entre la maison et l’école aient beaucoup changé au cours des 10 ou 15 dernières années; en tout cas, certainement pas assez pour expliquer la diminution importante du nombre d’enfants blessés comme piétons et cyclistes», précise Michel Lavoie, médecin-conseil à l’INSPQ.

Bien que le bilan s’améliore, le sentiment d’insécurité demeure, constate Mme Brebonne. «On va entendre des gens dire qu’ils ne vont pas laisser leur enfant aller à pied ou à vélo à l’école parce que c’est bien trop dangereux à cause de la circulation [automobile], relate-t-elle. C’est un cercle vicieux. Parce qu’il y a trop de voitures, on ajoute sa propre voiture sur la route.»

La chargée de programme estime que la forte médiatisation des décès et des blessures graves à vélo «occulte le fait que la tendance est à l’amélioration».

Au-delà de la sécurité, bloquer une rue à la circulation pourrait avoir un impact, croit Magali Brebonne, car cela a un impact sur la gestion d’horaire des parents. «Si tout un périmètre n’était pas autorisé autour des écoles, ce serait moins avantageux [côté temps] d’y aller en auto, parce qu’il y aurait de toute façon un cinq minutes à faire à pied», juge-t-elle.

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