Chantal Levesque Jean-René Bernier (à gauche) et le propriétaire du bistro l'Enchanteur, Mourad Romdhane.

Le 27 août, 400 personnes pourront partager un repas au bistro L’Enchanteur dans La Petite-Patrie. 
Ce souper est organisé par Jean-René Bernier, un ancien itinérant bien connu de ceux qui vivent dans la rue, 
et qui se donne corps et âme depuis plusieurs années pour les aider.

Jean-René Bernier est un sacré personnage. D’une énergie dévorante, à la conversation facile et toujours plein d’entrain, il arrive à raconter mille histoires à la minute. Il passe facilement du rire aux larmes et a, selon ses dires, «une aura particulière».

«Je ne comprends pas ce qu’il se passe avec moi, dit-il. À chaque rencontre, quelque chose de spécial arrive.» Son dernier coup d’éclat, relate-­
t-il, est arrivé en rencontrant par hasard un homme qui lui a proposé de lui payer 
200 tartes pour son souper du 
27 août. «Je lui ai dit : “Non, tu n’es pas plus riche que moi, viens en tant que bénévole, ça fera l’affaire.”»

Sauf que 
M. Bernier ne savait pas à qui il s’adressait. Il s’agissait en réalité de l’avocat de Guy Laliberté, le fondateur du Cirque du Soleil. Il proposait son aide et Jean-René a finalement accepté. Il a payé une chaussure à 
3 000 $ pour un itinérant amputé du pied. Il devait d’ailleurs la lui remettre lors du souper, mais la personne a finalement dû être amputée sur toute la jambe. Jean René et l’avocat de M. Laliberté cherchent actuellement une autre manière de l’aider.

Lorsque Métro a rencontré Jean-René, attablé au bistro L’Enchanteur, tenu par son ami Mourad Romdhane, il revenait d’une réunion avec le Marché Jean-Talon, où il devait organiser son souper. Finalement, pour des raisons techniques, le projet a été annulé à la dernière minute.

«Il fallait des grandeurs particulières pour les tables. Ils ont aussi demandé à ce qu’une partie du marché soit fermée au public. Ça coûtait trop cher», relate-t-il, pas vraiment enchanté face à tant de contraintes administratives.

Il n’en fallait pas moins pour que Jean-René, 10 minutes après cette réunion décevante, sorte une solution de son chapeau. En réalité, dit-il, il a toujours un plan B. C’est donc le bistro L’Enchanteur qui accueillera 400 personnes, incluant les quelque 200 qui n’auront pas à payer pour se rassasier.

Ces gens, ce sont des itinérants, des personnes handicapées, des personnes trans, ou des réfugiés. En bref: tous ceux à qui Jean-René vient en aide lors de ses expéditions dans la ville.

Témoin d’un incroyable élan de solidarité, Jean-René a récolté 200 tartes d’un commerçant du marché et une centaine de poitrines de poulet d’un autre. Plusieurs cuisines de café ou de restaurant seront ouvertes pour préparer les 400 plats, en plus de fournir du pain, des pommes de terre et 200 pizzas.

Parcours solidaire
Figure connue des itinérants du Plateau-Mont-Royal jusqu’à ceux de Villeray, Jean-René poursuit son bonhomme de chemin, presque seul, depuis près de quatre ans. S’il admet que les organismes et les refuges aident comme ils le peuvent, son expérience et son humanité apportent un soutien différent aux plus démunis.

Il a fait de son indépendance une force, lui, qui ne dépend pas de résultats chiffrés, de statistiques ou de rapports, contrairement aux organismes communautaires, qui doivent consacrer une bonne partie de leurs ressources à la gestion administrative et aux demandes de subventions.

«Quand tu as 50, 60 ans et que tu vis dans la rue, tu ne veux pas qu’on t’aide. Tu veux juste mourir dans la rue», 
dit-il, un brin cynique.

À tous les Montréalais qui croisent quotidiennement des gens dans la rue, Jean-René conseille tout simplement de les remarquer, de ne pas avoir peur d’eux, de les saluer et de leur demander comment ils vont.

Tous des petits gestes qui font la différence, confie-t-il. Il conseille aussi de leur donner des cartes-cadeaux de Tim Hortons ou de McDonald’s par exemple, des restaurants ouverts 24 heures, afin qu’ils puissent passer quelques heures au chaud, sans avoir à craindre d’être expulsés du restaurant puisqu’ils pourront consommer grâce à la carte.

«Quand tu parles à un itinérant, dit-il, au moins il ne se suicidera pas ce jour-là.» Le constat est dur, mais celui qui a vécu longtemps dans la rue et qui a bien connu l’âpreté de la vie dehors, jusqu’à envisager l’irréparable, sait de quoi il parle.

Jean-René rêve que tous ceux qui, comme lui, viennent en aide aux itinérants, à leur manière, se rassemblent pour créer un organisme et agir plus efficacement.

Aujourd’hui, aider les autres, c’est ce qui l’aide à tenir, peu importe les contraintes et les résultats. «L’important, c’est d’être là pour eux», souligne-t-il.

Bien avant le 27 août, date du repas qui le rend si fier, il se réjouit de voir attablées autant de personnes aux horizons si différents, incluant celles qui peuvent débourser 40 $ pour nourrir ceux qui n’ont rien.

«Juste ça, ça va valoir la peine en maudit», lâche-t-il, avant de quitter le bistro pour disparaître dans les rues de Montréal.

Il est possible d’acheter un 
billet pour le souper au bistro 
L’Enchanteur ou à la boucherie Prince Noir du Marché Jean-Talon.

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