Josie Desmarais/Métro Marie-Pier Boisvert, directrice générale du Conseil québécois LGBT

Alors que les enjeux concernant les communautés LGBTQ2 sont souvent vus comme des changements législatifs qui doivent être faits à Québec ou à Ottawa, la directrice générale du Conseil québécois LGBT et membre de la Table sur la diversité de la Ville de Montréal, Marie-Pier Boisvert, croit que la municipalité a un rôle prédominant à jouer pour rendre la société encore plus inclusive.

Quels sont les dossiers dans lesquels la Ville doit agir?
La Ville comme employeur, c’est la première chose qu’on regarde. Il y a beaucoup de personnes qui travaillent à la Ville et on veut s’assurer qu’elles ont droit à des politiques de non-discrimination qui incluent spécifiquement les communautés LGBT. Aussi, lorsqu’il y a un processus d’embauche, on veut s’assurer que les personnes LGBT sont à l’aise de parler du fait qu’elles sont LGBT et que ce n’est pas quelque chose qui peut jouer contre elles.

On aimerait que la Ville ait une politique de gestion de la diversité sexuelle. Un peu comme dans toutes les grandes entreprises, ça vise à s’assurer que le milieu de travail est le plus ouvert et inclusif possible. Ça passe par plusieurs étapes, dont la création d’un comité LGBT à l’intérieur de la Ville et l’ajout d’un agent de liaison.

L’an dernier, l’ex-maire Denis Coderre avait annoncé que la Ville se doterait d’une telle politique. Est-ce un travail qui est amorcé?
Non, la Ville n’est pas bien avancée là-dedans. C’était juste avant les élections et la promesse n’a pas eu d’assises concrètes. Personne n’a été mandaté pour faire ça. Cela dit, la nouvelle administration a fait quelques nouveaux trucs qui incluent la communauté LGBT. On a maintenant une personne qui représente la communauté dans le comité profilage social et racial du Service de police de la Ville de Montréal [SPVM].

Que devrait inclure cette politique?
L’aspect «employeur» doit faire partie de la politique. Mais il y a la question du service de police, de l’aspect universel de non-discrimination dans les espaces publics. C’est-à-dire, de s’assurer que tous les espaces publics gérés par la Ville sont accessibles à toutes les personnes LGBT. Ça inclut les vestiaires dans les piscines, les salles de bain des festivals, etc. Le rôle de la Ville est d’être un exemple.

En ce moment, l’accès aux installations est-il bon?
Ce n’est pas clair. On ne sait pas exactement comment ça se passe. Moi, comme personne qui fréquente les piscines publiques, je trouve certaines affiches un peu désuètes. C’est très genré entre les gars et les filles et il n’y a pas de place pour autre chose. Il faudrait enquêter là-dessus et, pour l’instant, rien n’a été fait. Cela dit, je crois que la Ville en est consciente.

L’an dernier, le SPVM s’est excusé pour les abus commis contre la communauté LGBT. Qu’est-ce qu’il faut faire maintenant?
Les excuses, c’était un pas intéressant. Après ça, il faut s’assurer que ce genre de choses ne se reproduit pas. Avoir une personne de la communauté sur le comité profilage social, c’est déjà une bonne chose, mais elle ne peut pas tout faire. Elle ne peut pas elle-même étudier les relations entre la police et la communauté LGBT. C’est le mandat du SPVM de faire ça.

Comment sont les relations avec la police?
Les relations ne sont pas bonnes en ce moment. Il y a des personnes LGBT qui ont une bonne relation avec la police, mais elles font partie d’une classe sociale aisée. Elles ne vivent pas de discrimination autre que celle basée sur leur orientation sexuelle. Dès qu’il y a des personnes un peu plus marginales – une personne trans, en situation d’itinérance, racisée et qui n’a pas la citoyenneté –, tout va mal aller.

Il faut que le SPVM trouve quoi faire pour s’assurer qu’on vient en aide, par exemple, à une personne trans qui est en crise et qui veut se suicider. Comment peut-on la protéger plutôt que d’empirer la situation? Ce qui arrive en ce moment, c’est qu’elle va se faire «mégenrer», par exemple, et sera donc incapable de sortir de sa crise. Bref, il y a une crise de confiance.

Il y a eu des élections municipales l’an dernier. Même si ce palier paraît plus accessible, la diversité chez les élus n’est pas autant au rendez-vous que plusieurs l’auraient voulu. Pour le prochain scrutin, quel est l’objectif?
Ce qui est bien en politique municipale, c’est que les gens ont un peu moins peur de révéler leur orientation sexuelle qu’à d’autres paliers gouvernementaux. Dans un gouvernement libéral provincial, il n’y a aucune personne qui est out, par exemple. On part de rien.

Dans le cabinet de la mairesse, il y a plus d’ouverture. Toutefois, dans quatre ans, je souhaiterais que des gens LGBT soient approchés pour les élections. On entend souvent dire qu’il faut que les gens osent, mais ça doit aussi venir des partis.

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