Denis Beaumont/Métro La chercheure Lucie Gélineau réalise actuellement une étude sur la réalité des 55 et plus sans-abris ou précaires, conjointement avec le PAS de la rue.

L’accroissement de la précarité et de l’itinérance chez les personnes de 55 ans et plus est préoccupant. C’est pourquoi l’organisme PAS de la rue juge qu’il est urgent de revoir notre façon d’aborder le problème.

L’organisme qui accueille et soutient des personnes de 55 ans et plus considère que la société doit cesser de voir les personnes âgées comme un problème. Le PAS de la rue, qui fête cette année son 15e anniversaire, lançait lundi sa semaine porte-ouverte.

«Il faut prendre conscience de l’effet dévastateur de la dévalorisation de l’âge qu’on voit autant dans le milieu du travail que dans la société en général», estime le directeur de l’organisme, Sébastien Payeur.

Selon lui, cela pousse beaucoup d’aînés à l’isolement et à une grande pauvreté, puisqu’ils ont de la difficulté à avoir un emploi décent et à le conserver.

Bien que les statistiques soient pratiquement inexistantes sur la situation, M. Payeur constate de plus en plus de nouvelles inscriptions, souvent une ou deux par jour. Entre 150 et 200 personnes fréquentent régulièrement les locaux du PAS de la rue, situés sur René-Lévesque, à chaque semaine.

Lucie Gélineau, une chercheure associée à l’Université Laval, réalise actuellement une étude sur la réalité des 55 ans et plus sans-abris ou à statuts précaires, conjointement avec l’équipe du PAS de la rue.

«C’est une situation très complexe, car les parcours de chacun sont très diversifiés. Mais dans la plupart des cas, on note une absence de filet social.»

Elle donne l’exemple d’un travailleur autonome, dont le boulot est très physique: en vieillissant, les contrats s’amenuisent. Ou simplement d’un travailleur au salaire minimum, qui peine à combler ses besoins.

«Avec les années, la santé physique et mentale de cette personne se fragilise, souvent à cause de toutes les préoccupations que sa situation engendre. Cela mène à un cul-de-sac», souligne Mme Gélineau.

Ajoutons à cela le marché du travail profondément bouleversé par les nouvelles technologies et le déplacement des entreprises; les personnes vieillissantes ne se retrouvent vraisemblablement pas en haut de la liste pour obtenir un emploi.

C’est pourquoi le PAS de la rue aimerait que les solutions mises sur pied par Québec pour lutter contre la pauvreté et l’itinérance ne soient pas strictement axées sur l’emploi.

«On entend beaucoup l’argument que c’est leur choix, affirme Mme Gélineau. Mais beaucoup de conditions restreignent les choix et mènent à la précarité.»

La chercheure croit que c’est en assurant un revenu qui répondrait aux besoins essentiels de tout le monde, ainsi qu’un système de santé adéquat, notamment en ce qui concerne les soins ambulatoires, que la situation pourrait être améliorée.

Une perception déficiente
Serge a 65 ans. Il fréquente le PAS de la rue depuis l’âge de 58 ans, quand il est à Montréal. Parce qu’en tant que cycliste nomade, il se promène de ville en ville, de pays en pays.

«Je ne suis pas vraiment dans la rue, mais plutôt sur la route», précise-t-il.

Ce qui le fâche le plus est la façon dont la plupart des gens perçoivent les personnes âgées. Le meilleur exemple, selon lui, est le vocabulaire parsemé d’euphémismes qui s’y rattache, comme l’«âge d’or».

«Comme si la vieillesse était une maladie honteuse et qu’il fallait trouver d’autres façons de la nommer, explique-t-il. Ce n’est pas une maladie, c’est un état! Et tout le monde n’a pas la chance d’y passer.»

Sans parler de la tendance qu’ont les intervenants et les travailleurs en gériatrie à infantiliser leurs patients.

«C’est surréaliste! affirme-t-il. Des jeunes viennent nous expliquer ce que c’est d’être vieux… On le sait mieux que vous! Si je rencontre une truite francophone, je ne vais pas lui apprendre à nager!»

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