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Pas de hausse de la criminalité aux abords des sites d’injection supervisée

SIS coronavirus
Le site d'injection supervisée de l'organisme Spectre de rue, sur la rue Ontario. Photo: Josie Desmarais/Métro

L’ouverture de trois sites d’injection supervisée (SIS) à Montréal n’a pas fait augmenter la criminalité dans leurs alentours, au contraire, selon les statistiques compilées par Métro.

Afin de s’assurer que l’ouverture des sites permettant de s’injecter des drogues comme la cocaïne et l’héroïne n’ait pas d’impact dans les secteurs choisis, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a analysé les données relatives à huit types de crimes trois ans avant l’ouverture des SIS, ainsi qu’au cours de l’année qui a suivi. On y trouve notamment le nombre de vols, d’introductions par effraction, d’agressions sexuelles et de trafic de drogue dans des rayons variant de 50m à 350m autour des sites d’injection gérés par les organismes Cactus, Dopamine et Spectre de rue.

Selon les statistiques obtenues en vertu de la Loi d’accès à l’information et compilées par Métro, le taux de criminalité a baissé en moyenne de 10% l’année de l’ouverture des trois sites par rapport à la moyenne des quatre années précédentes. C’est sur la rue Berger, au centre-ville, dans le SIS géré par Cactus, que la baisse est la plus importante (-13%).

Le commandant Simon Durocher, qui a piloté le dossier au SPVM, juge toutefois ces données avec prudence car il s’agit de chiffres relativement petits, donc statistiquement moins fiables.

Il apparait néanmoins que les vols qualifiés dans des commerces (-57%), les vols de véhicules (-23%), les vols sur une personne (-10%), les vols dans un véhicule (-15%) ont tous diminué. Seules les agressions sexuelles (+61%) sont en hausse, mais M. Durocher précise que c’est probablement en raison d’une hausse de signalements liée au mouvement #metoo, ainsi qu’à un changement méthodologique au SPVM.

Même les cas de trafic et de possession de drogue (-25%) ont été diminué. L’ouverture des SIS ne semble donc pas avoir eu d’effet «pot de miel», expression utilisée pour décrire l’hypothétique cas de dealers se rapprochant des sites pour écouler leur marchandise. «On va toutefois continuer de monitorer tout cela», souligne le commandant Durocher.

Le chercheur en criminologie de l’Université de Montréal Rémi Boivin convient que les données sont souvent statistiquement trop petites pour pouvoir affirmer que les sites d’injection ont un lien direct avec la baisse de la criminalité dans leur secteur. «On peut toutefois conclure que les craintes d’une hausse des crimes autour des SIS ne se sont pas fondées», dit-il.

C’est autour du site de la rue Ontario que les craintes exprimées avaient été les plus fortes, notamment à cause de la présence d’une école primaire à moins de 200 mètres. Un an plus tard, les commerçants rencontrés indiquent pratiquement tous ne pas avoir noté de différence depuis l’ouverture du site d’injection dans les locaux de l’organisme Spectre de rue, qui offre des services d’intégration à cette clientèle depuis 27 ans.

L’un d’eux souligne toutefois que les statistiques policières ne donnent pas un portrait complet, car elles ne prennent pas les cas d’incivilités ou le sentiment de sécurité des résidants du secteur.

Un avis partagé par M. Boivin. «Si on avait voulu avoir un portrait complet, on aurait par exemple pu évaluer le nombre de seringues à la traine avant et après, ou installer un compteur de piétons pour évaluer si ces derniers changent de trottoir au moment de passer devant le site d’injection», mentionne-t-il.

Si le CIUSSS du centre-sud de l’île de Montréal n’effectue pas ce genre de mesure qualitative. Il est néanmoins présent aux trois comités de bon voisinage qui se réunissent aux deux mois pour répondre aux observations du voisinage. «À part quelques petits incidents, il n’y a rien eu de majeur et la dynamique a beaucoup changé par rapport aux craintes exprimées avant l’ouverture des SIS», confie Justin Meloche, porte-parole du CIUSSS.

Détail des données (rayon de 350m)

 

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