Accueil Bonneau/Bernhard Kristoffersen/Collaboration spéciale L'Accueil Bonneau avait été complètement détruit en 1998.

Il y a vingt ans jour pour jour, l’Accueil Bonneau rouvrait ses portes, après avoir presque entièrement détruit par une explosion provoquée par une fuite de gaz le 9 juin 1998. Sœur Nicole Fournier était la directrice de l’organisme à l’époque. Elle était présente dans le bâtiment de la rue de la Commune, dans le Vieux-Montréal, lors du drame. Métro l’a rencontrée pour évoquer cette journée, la reconstruction du bâtiment et sa vision de la lutte contre l’itinérance, 20 ans plus tard.

Pouvez-vous raconter la journée du 9 juin 1998?
C’était un mardi. On était au mois de juin et il faisait très beau. Le matin, j’avais une réunion dans le Vieux-Montréal. Je suis revenu vers midi. Quand je suis entrée, il y avait une odeur de gaz. J’ai demandé au responsable d’appeler le 911. On avait déjà eu un problème de gaz avant. Il n’y avait plus d’itinérants à l’Accueil Bonneau, mais les bénévoles et les employés étaient là. Je voyais que les pompiers n’arrivent pas, et j’ai dit aux gens de quitter les lieux. On était encore 20 à l’intérieur, quand le «boum» s’est produit. C’était l’obscurité. Il y a beaucoup de poussière. Je n’ai pas été secouée, le souffle est venu de l’extrémité de la maison. C’est la façade qui a été soufflée. À ce moment-là, je me suis demandée ce qui va arriver de nous. Je savais que c’était une explosion et pendant quelques secondes, je me suis demandé ce qu’on va devenir. J’ai pensé à la fin de l’Accueil Bonneau.

Et ce jour-là, trois personnes sont mortes…
On est entré, avec les pompiers, par l’arrière, pour voir s’il y avait d’autres personnes à secourir. On a eu accès au deuxième étage, et là, ils ont trouvé trois personnes [sans vie]. Ces personnes-là avaient mangé, elles sont remontées vers leur lieu de travail. Elles travaillaient au vestiaire à la préparation de la distribution de vêtements.

L’Accueil Bonneau a presque été totalement détruit. Pourtant, quatre mois plus tard, ses portes ont été rouvertes. Que s’est-il passé?
Le soir même, le premier ministre [Lucien] Bouchard est venu sur les lieux. C’est le député de Sainte-Marie–Saint-Jacques, André Boulerice, qui l’a averti, qui est lui-même arrivé de toute vitesse de Québec. Lucien Bouchard est venu, ainsi que Monseigneur Jean-Claude Turcotte, archevêque de Montréal. Ces deux personnes ont un grand attachement à l’Accueil Bonneau. Le premier ministre nous a donné l’appui de la sécurité publique, et M. Turcotte nous a soutenu pour la campagne de financement. Ces deux appuis-là ont été les piliers de la vague de solidarité qui a fait renaître l’Accueil Bonneau. Le lendemain, au Marché Bonsecours, il y a eu une réunion pour parler d’un agenda à court et moyen terme. On parlait déjà de reconstruction.

«Il y a quelque chose de spécial chez les itinérants. Ce n’est pas juste des mendiants, ce sont des gens qui ont trouvé une appartenance. Voir le bon cœur des gens, c’est ça qui m’a aidé à continuer» – Soeur Nicole Fournier, ancienne directrice de l’Accueil Bonneau

Quel est votre regard sur la lutte contre l’itinérance, en 2018, par rapport à la période ou vous étiez directrice de l’Accueil?
J’ai vu augmenter l’itinérance depuis 1984. On dirait que chaque décennie amène de nouvelles problématiques. Je me souviens de matins d’hiver ici. C‘était très tranquille. C’est inimaginable aujourd’hui. Les problématiques ont changé, c’est sûr, la vie a changé. On a un filet social, mais il reste que le travail peut être précaire, les revenus insuffisants pour des familles, et il y a encore des solutions à trouver. L’avenir pour moi, c’est toujours de bâtir la solidarité, aider les gens à trouver une place où ils peuvent vivre.

Est-ce que la lutte à l’itinérance est un combat sans fin?
On n’arrivera pas à vaincre la pauvreté, mais la solution, elle est dans la solidarité. Si dans trente ans, on est encore là à donner à manger et à aider, ce ne sera pas un constat d’échec. Les choses ne sont pas les mêmes pour tout le monde. Les gens traversent des épreuves et il faut bâtir ensemble une société de partage, de soutien, où on n’est pas juste des êtres anonymes. Dans la société, ce qui nous fait vivre, c’est la solidarité, c’est ce qu’on célèbre aujourd’hui.

Est-ce que le rôle des organismes comme celui de l’Accueil Bonneau a changé depuis?
À l’Accueil Bonneau, on aide un type de population qui a peu de chances de sortir de la rue. Les organismes sont les lanceurs d’alerte pour conscientiser. Électoralement parlant, ce ne sont pas les itinérants qui soutiennent les candidatures ou vont voter. Sur le plan humain, il faut que les dirigeants se laissent interpeller par ces questions. Le rôle des organismes communautaires, c’est d’alerter, d’attirer l’attention et de soutenir les intérêts de ces gens.

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