La Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) veut prévenir les inondations. Pour ce faire, elle a recours aux dernières technologies afin de cartographier la région, de simuler la montée des eaux et d’alerter les citoyens.

À la suite des inondations historiques de 2017, la CMM, qui regroupe les 82 municipalités du Grand Montréal, a décidé d’envoyer une délégation d’une douzaine de personnes en France pour étudier ce qu’il s’y fait.

«En matière d’outils et de cartographie des crues, on est 40 ans en arrière», lance Cédric Marceau, le chef du bureau de projet sur les risques d’inondation à la CMM. Ce dernier présentera cette semaine, dans le cadre de l’Agora métropolitaine, les technologies choisies pour y remédier. Élus et citoyens inscrits pourront y assister.

Actuellement, la CMM a donné le mandat pour réaliser, par voie aérienne, une cartographie avec la technique LIDAR (light detection and ranging) permettant d’avoir une topographie de haute précision des zones fluviales de la région pour connaître les zones à risque. Elle va aussi déployer, dans les prochains mois, 40 stations limnimétriques mesurant en temps réel le niveau de différents cours d’eau.

Ces données seront jumelées à un modèle hydraulique prenant en compte les différents barrages, les changements climatiques et les prévisions météorologiques d’Environnement Canada. Ainsi, chaque riverain pourra, d’ici fin 2020, rentrer son adresse dans une application et savoir trois jours à l’avance à quel degré il sera inondé dans les jours suivants. «Ça aidera beaucoup les gens à prévoir quand rentrer leur auto, placer des sacs de sable sur leur terrain ou déplacer leurs biens», ajoute M. Marceau.

Cette nouvelle cartographie des risques de crue permettra aussi de faire évoluer la réglementation sur les zones inondables. «L’idée, c’est que toutes les municipalités adoptent une stratégie commune d’aménagement», indique Jérôme Normand, le président de la commission de l’aménagement de la CMM. Il précise par exemple que certaines zones pourraient devenir non constructibles et que les règles de construction pourraient être changées dans d’autres, afin d’assurer l’écoulement de l’eau. Bref, plus question pour un citoyen de se construire une digue si cela a pour conséquence d’inonder son voisin.

Pour prévenir les inondations, les milieux humides sont indispensables, car ils servent d’éponge. «Au cours des crues, ils retiennent une partie de l’eau et peuvent aussi servir de régulateur dans les périodes de sécheresse», mentionne Karel Mayrand, le directeur général de la section Québec de la Fondation David Suzuki, qui présentera un sommet sur les milieux naturels le 23 novembre prochain.

Les données les plus récentes sur les milieux humides (incluant les milieux humides fluviaux), datant de 2007, indiquent que les milieux humides occupaient 4,7% du territoire des 82 municipalités du Grand Montréal, alors que, selon Environnement Canada, ils devraient constituer plus de 10% afin de pouvoir jouer pleinement leur rôle de régulateur.

En 2018, le gouvernement du Québec s’est doté d’un règlement visant à limiter la perte de milieux humides. Malgré son manque de poigne, celui-ci est remis en question par certaines municipalités, déplorent des écologistes.

«On l’a encore vu récemment lorsque Longueuil a accepté de fournir un certificat de remblai d’un milieu humide et de payer 2M$ de compensation afin d’attirer la brasserie Molson sur son territoire alors que des terrains sont disponibles dans l’Est de Montréal. C’est absurde», déplore M. Mayrand.

Ce dernier se réjouit de l’intention du futur gouvernement de François Legault de bonifier l’enveloppe du financement pour la décontamination des anciens terrains industriels afin de relâcher la pression sur les milieux naturels et les terres agricoles. L’organisation écologiste aimerait notamment que les pénalités financières pour construction en milieu naturel soient rehaussées afin que cette option devienne moins avantageuse que la réhabilitation d’ancienne friches industrielles.

L’Agora métropolitaine se tient à la TOHU, jeudi et vendredi.

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