Le peintre William Walker menait une existence paisible sur la rue Chambord, à Montréal. Jusqu’au jour où il s’embarque pour Londres, sa ville natale, et s’engage dans l’un des conflits les plus sanglants de l’Histoire. Il ne reviendra jamais du Vieux Continent.

Eric Walker a conservé toute sa vie la poignée de souvenirs laissés par son frère. William est tombé sous les balles d’un tireur de précision à la Bataille de Cagnicourt le 2 septembre, à peine quelques mois avant le cessez-le-feu du 11 novembre 1918. Ce combat faisait partie de l’ultime offensive orchestrée par les Alliés. Celle-ci sera baptisée « les cent jours du Canada » pour le rôle central que le pays y a joué. Elle fera pas moins de 45 000 morts et blessés canadiens, dont le soldat Walker.

En pleine planification d’une exposition sur l’Armistice de 1918, l’aide-conservatrice du musée du Royal Montreal Regiment, Mélanie Presseau Dumais, reçoit un appel de l’historien Chris Varley à Kingston. Il lui propose de lui envoyer quelques effets personnels ayant appartenu au soldat Walker. Presque 100 ans jour pour jour après la tragédie, le Royal Montreal Regiment rapatrie ces objets dans sa collection permanente.

Mélanie Presseau Dumais a eu la chair de poule lorsque ceux-ci se sont retrouvés pour la première fois entre ses mains. Même s’il a à peine connu son frère, Eric Walker préserve les médailles que sa famille a reçu pour le service de William, dont le Dead Man Penny, donné à tous les défunts soldats de l’Empire britannique. Eric les emportera avec lui lorsqu’il suivra les traces de son frère dans la marine britannique, puis en tant que télégraphiste durant la Deuxième Guerre mondiale.

« En  muséologie, on se questionne beaucoup sur le moment où l’objet devient artéfact et le marqueur se révèle souvent être le témoignage. Ces souvenirs ne rappellent pas juste l’existence de William Walker, mais aussi le soin que leur a porté son frère toute sa vie et à travers les guerres. » - Mélanie Presseau Dumais, aide-conservatrice du musée du Montreal Royal Regiment.

Parmi les croix de la victoire, une seule photo de William subsiste. Sur les portraits, le même sourire taquin illumine le visage des deux frères. « C’est rare, car il existe peu de photos des soldats avant leur départ », note Mélanie Presseau Dumais.

Regard intime sur un conflit centenaire
Les artéfacts sont exposés pour la première fois jusqu’à dimanche à la Galerie du Victoria Hall de Westmount dans une exposition consacrée au centenaire de l’Armistice. Marina Smyth et Mélanie Presseau Dumais se sont inspirées de cette addition très personnelle à la collection pour revisiter la Première Guerre mondiale par le biais de la correspondance des soldats et des dirigeants de l’époque.

Les visiteurs peuvent entrevoir la réalité des tranchées en parcourant les lettres d’autres soldats comme William qui ont vu la guerre de près. La coordonnatrice de l’exposition, Marina Smyth, nous tend son extrait de lettre favori. À 9 h 50, Harold Simpson reçoit le télégramme officiel annonçant la fin des hostilités à 11h le 11 novembre 2018. « Nous n’entendons plus de coups de feu. […] Nous pouvons presque entendre le silence », s’empresse-t-il d’écrire à sa mère. « Il faut comprendre que ces soldats ont passé deux ans et demi à entendre continuellement les bruits de l’artillerie. Le calme qui s’est ensuivi a plongé certains soldats dans l’euphorie, tandis que d’autres pouvaient à peine le croire », détaille la chercheuse.

L’exposition compte aussi une traduction et une reproduction du texte original de la première lettre envoyée par le chancelier allemand exigeant de mettre fin au massacre. « La guerre a tout de même continué pendant cinq semaines, car les Alliés voulaient imposer des pénalités beaucoup plus dures aux vaincus », expose Marina Smyth. À la fin du parcours, l’opinion publique se reflète dans les caricatures et les coupures de journaux du monde méconnaissable de l’après-guerre.

Gueules cassées

Comme le Victoria Hall abrite habituellement une galerie d’art, le musée du Royal Montreal Regiment a tenu à inclure la série de toiles contemporaines Gueules cassées de Maxime Foulon. « Les blessures faciales étaient très présentes en France après la guerre, et le peintre a cherché à illustrer les ravages du conflit à travers celles-ci. La plupart des vétérans portaient des prothèses pour cacher les cicatrices, mais l’artiste les a écartées expressément pour magnifier leur beauté », explique Marina Smyth.

Les objets du soldat Walker et d’autres archives de l’Armistice seront exposés au Victoria Hall jusqu’au 11 novembre, Jour du Souvenir, avant de rejoindre la collection permanente du Musée du Royal Montreal Regiment. Des visites en compagnie de guides en costumes d’époque sont prévues toute la fin de semaine. L’exposition sera divisée en plusieurs sections pour faire la tournée des écoles montréalaises l’année prochaine.

À la Galerie du Victoria Hall, centre communautaire de Westmount, 4626, rue Sherbrooke Ouest (angle Lansdowne) jusqu’au dimanche 11 novembre.

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