Josie Desmarais/Métro Eric Alan Caldwell

L’administration de Valérie Plante entend ralentir la cadence des travaux visant l’entretien des rues de la métropole, afin de prendre le temps de mieux envisager leur réaménagement.

Les autorités municipales prévoient désormais que le taux de rues en mauvais état ou en très mauvais état chutera à 24% – la moyenne canadienne du Réseau d’étalonnage municipal du Canada (REMC) – d’ici dix ans et non cinq ans, comme le prévoyait l’administration précédente dirigée par Denis Coderre.

«Pendant ces cinq années, on aurait eu une accélération des cônes oranges. Plutôt que d’augmenter le nombre de chantiers, de 300 à 500 km par an, on maintient le cap. On choisit d’améliorer l’aménagement et d’optimiser la durée de vie d’une artère.» -Eric Alan Caldwell, responsable du transport et de l’urbanisme au comité exécutif.

L’augmentation du nombre de chantiers prévue était «déraisonnable», d’après M. Caldwell.

Les sommes réservées à l’aménagement des rues bondissent ainsi de 320M$ à 741M$ dans le plus récent programme triennal d’immobilisations (PTI) 2019-2021 dévoilé la semaine dernière. La Ville dit vouloir se servir de ces fonds pour «d’abord corriger les déficiences d’aménagement à certaines intersections», telles le manque d’arbres, le confort des piétons ou des cyclistes et la signalisation automobile.

Un nouveau Programme d’aménagement des rues (PAR) doit par ailleurs voir le jour. Il sera doté d’une enveloppe budgétaire de 145,8M$ par année. À l’inverse, les sommes prévues pour le maintien des routes chutent considérablement, passant de 1357M$ à 741M$, une baisse de 25%. Pour le développement de nouvelles rues, la Ville augmente légèrement ses investissements de 232M$ à 247M$, une hausse d’à peine 1%.

À l’heure actuelle, plus de 40% des rues se trouvent toujours dans un piteux état à Montréal, selon les données de la Ville. En 2015, sous l’administration de Denis Coderre, c’est près de la moitié des routes qui étaient concernées.

Changement d’orientations
«Combien d’entre nous voient des cônes oranges chaque jour dans la rue, et rien qui se passe autour?», a demandé Éric Alan Caldwell. Il a souligné que la Ville en est actuellement à «raffiner» ses outils pour contrôler l’efficience sur les chantiers et contrôler leur déploiement au quotidien.

Montréal a réservé une somme de 3M$ par année pour le développement d’un réseau de vélorues, en concertation avec les arrondissements. Près de 8,3 M$ seront aussi investis pour sécuriser les abords des écoles à court terme. D’autres programmes du genre pourraient voir le jour d’ici les prochains mois, promet-on.

«Il faut savoir s’ajuster au reste de la ville, a avancé M. Caldwell. Ces dernières années, la métropole s’est profondément métamorphosée. La façon dont nous pensons nos rues doit suivre cette évolution. Chaque intervention doit être prétexte à revoir nos processus de mobilité.» «La rue, c’est d’abord un carrefour humain», a-t-il aussi laissé entendre.

Les projets sur Sainte-Catherine (phase 1 à 66 M$), sur le Service rapide par bus (SRB) sur Pie-IX (83,3 M$), sur Saint-Hubert (43,6 M$) ou encore sur le Quartier des gares (39,3 M$) témoigneront d’ailleurs de ce changement d’orientations, affirme l’administration Plante.

L’opposition y voit un manque de jugement
Le leader de l’opposition officielle, Lionel Perez, ne partage pas du tout le même avis que la Ville, et estime que la décision d’investir dans l’aménagement des rues «est un manque de jugement».

«Il n’y aura pas moins de chantiers avec cette nouvelle approche, ça risque plutôt même d’empirer la situation. Les travaux d’aménagement sont habituellement plus lourds, ce qui signifie plus de délais, plus d’embouteillages et plus de difficultés sur la route pour les usagers.» -Lionel Perez, chef d’Ensemble Montréal

Lui-même responsable des infrastructures sous l’administration Coderre, M. Perez croit que Projet Montréal «freine une vitesse de croisière» qui avait pourtant été bien lancée par sa formation politique dans le passé. «On avait pris connaissance du déficit d’entretien de la voirie et mis en branle des investissements majeurs pour le rattraper. On en était finalement à un état souhaitable, et on vient bloquer tout ça. Ce n’est pas judicieux.»

Le chef d’Ensemble Montréal a laissé entendre que «la majorité, sinon la quasi-totalité des Montréalais» seront déçus par les nouvelles mesures de la Ville. «On va devoir subir des rues en très mauvais état dans les prochaines années», a-t-il déploré.

Pour lui, l’administration de Valérie Plante fait fi des vrais problèmes à Montréal. «Tout le monde sait à quel point on a des nids-de-poule et que c’est difficile. Mais on préfère mettre l’emphase sur l’aménagement des rues et les coins de trottoirs. On est tous d’accord pour l’aménagement, mais on avait déjà des programmes pour le faire», s’est-il ensuite indigné.

Il a souligné que l’objectif de sa formation de 500 km par an était «certes ambitieux», mais qu’il démontrait une volonté de vouloir débloquer les choses. «On peut atteindre d’autres objectifs. C’est faisable», a plaidé le leader de l’opposition officielle.

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