Yves Provencher/Métro Nicolas Girard

Nicolas Girard reconnaît que certains dossiers ont été mal gérés par le passé à l’Agence métropolitaine de transport. Le nouveau PDG souhaite remettre les projets sur les rails et satisfaire pleinement les usagers. Métro s’est assis avec l’ex-député péquiste.

Les prochains mois seront très chargés pour Nicolas Girard. De nombreuses études arriveront sur le bureau du PDG nouvellement nommé à l’Agence métropolitaine de transport (AMT). En 2013 et 2014, plusieurs projets seront en chantier et d’autres seront inaugurés. Le tout dans le but d’augmenter l’achalandage et de décongestionner les routes.

Vous avez vertement critiqué les dépassements de coûts du projet du train de l’est (de 300 M$ initialement à 671 M$ aujourd’hui) lorsque vous étiez dans l’opposition péquiste. Comment s’assurer que ça ne se reproduise plus?
J’ai été heureux d’apprendre, quand je suis entré en fonction, que le vérificateur général du Québec menait une enquête sur les dépassements de coûts. On va suivre les recommandations. Un comité de gérance a été mis sur pied en février et il fait un suivi régulier pour respecter les paramètres financiers fixés à 671 M$. À ce jour, 63 % des travaux sont exécutés, et 578 M$ ont été engagés.

Est-ce que le prix final sera de 671 M$?
On travaille avec ces paramètres-là. Le comité se réunit chaque mois pour faire un suivi très serré du projet. On fait des suivis plus rigoureux pour éviter que la situation du train de l’est se reproduise dans d’autres chantiers.

Considérez-vous que certains projets ont été mal gérés par le passé?
Le rapport de KPMG sur le coût des infrastructures est très clair : le projet a été annoncé trop tôt, sans qu’on ait toutes les informations nécessaires pour évaluer les coûts. Il y a des leçons à tirer et on le reconnaît. C’est pour ça qu’il y a une enquête du vérificateur général, et je suis tout à fait à l’aise avec ça.

Vous dites que votre priorité est le client. Il y a cinq lignes de train – bientôt six – et les demandes d’augmentation de services viennent de partout. Les budgets du gouvernement ne sont pas illimités. Comment fait-on pour plaire à tout le monde?
On propose des mesures à court terme (voies réservées, stationnements incitatifs), à moyen terme (ajout de services sur certaines lignes, train de l’est) et à long terme (service rapide par bus sur Pie-IX, prolongement des lignes du métro). L’objectif dans la grande région métropolitaine est d’augmenter l’achalandage de 2010 de 33 % d’ici 2020. Concernant les voies réservées, on veut passer de 85 km à 250 km. Plusieurs métropoles ont réussi à décongestionner leur réseau en mettant l’accent sur les voies réservées.

Les études sont nombreuses pour chaque projet. Comprenez-vous les usagers d’être impatients?
On met beaucoup d’efforts sur le service au client. On a un taux de ponctualité pour les trains de banlieue qui est de 97 %, le meilleur en Amérique du Nord. On veut maintenir ce niveau de qualité. C’est sûr qu’on souhaite toujours plus de services. On a encore des efforts majeurs à faire. J’étais content de voir, dans le dernier budget, que Québec voulait revoir les projets d’infrastructures routières pour dégager de l’argent pour le transport collectif.

Mais c’est au détriment de l’entretien des routes…
Ce que le gouvernement dit, c’est qu’on maintient les sommes prévues pour les infrastructures existantes, mais qu’on va prendre de l’argent qui était prévu pour le développement de nouveaux projets routiers et le consacrer au transport collectif.

Est-ce que Québec et l’AMT ont les moyens de leurs ambitions pour augmenter l’achalandage comme vous le souhaitez?
Je crois que c’est réalisable. Pour ce faire, il faut de nouveaux projets et des solutions de rechange à l’auto solo. Il faut aussi des sources de financement pour réaliser ces projets.

Le budget Marceau a été peu précis sur les grands projets de transport en commun. Qu’attendez-vous de Québec dans les mois à venir?
On a de bonnes oreilles au gouvernement. On a rencontré le ministre des Transports, Sylvain Gaudreault, qui croit au transport collectif. On pense vraiment qu’on va avoir les sources de financement nécessaires pour mener nos projets à terme.

Vous soumettrez sous peu au gouvernement votre liste de priorités pour le prolongement des lignes de métro. Doit-on s’attendre à voir la ligne bleue vers Anjou en haut de cette liste?
Ça, c’est la priorité du gouvernement. De notre côté, on a analysé chacun des corridors de prolongement potentiel. À partir de ça, on va faire nos propositions à l’hiver 2013. Puis, Québec annoncera ses intentions. On va travailler en fonction de ça.

Les études sur l’offre de transport en commun pour le futur pont Champlain arriveront sous peu. Croyez-vous vraiment que le transport collectif en ressortira gagnant?
On n’a pas le choix d’avoir une vision à long terme sur le mode de transport collectif lourd qu’on devra prioriser sur Champlain parce qu’il y a un potentiel énorme. Il pourrait y avoir jusqu’à 90 000 usagers par jour. C’est énorme. On ne peut pas manquer notre coup. Sinon, on va se retrouver avec un projet qui ne répondra pas à la demande.

Le projet de service rapide par bus (SRB) sur Pie-IX semble s’éterniser, non?
Tous les arrondissements sont maintenant à bord. Au printemps 2013, on veut aller en consultation publique. Le projet avance bien, et tout le monde travaille ensemble. C’est un potentiel de 70 000 usagers par jour. Les voies réservées, c’est un passage obligé pour réduire la congestion routière. C’est rapide et c’est efficace. Chaque fois qu’on ouvre des voies réservées, ça connaît un franc succès.

Le prolongement de la ligne Deux-Montagnes vers Saint-Eustache a été retiré du nouveau Programme triennal d’immobilisation 2013-2014-2015. Est-ce encore une priorité?
On doit d’abord doubler les voies dans le secteur de Roxboro. Tant que ce n’est pas fait, on ne peut pas aller de l’avant avec la gare de Saint-Eustache. Il faut y aller par étapes. C’est encore dans les plans.

L’AMT prévoit-elle encore d’acheter au CN la ligne Deux-Montagnes pour gagner de l’autonomie sur le trajet la plus achalandé du réseau?
On y réfléchit. Ça fait plusieurs années qu’on en parle. On aura une discussion à ce propos avec le gouvernement.

Est-ce que les nouvelles locomotives bimodes, mises au rancard après le déraillement de décembre 2011, ressortiront sous peu?
Les voitures bimodes rouleront dès cette semaine sur le réseau CP. Dans le cas des rails du CN (Deux-Montagnes et Saint-Hilaire), on attend le rapport du Bureau de la sécurité des transports.

La navette ne décolle pas
L’AMT et Aéroports de Montréal (ADM) sont de nouveau autour de la même table pour plancher sur le projet de navette qui reliera l’aéroport Montréal-Trudeau au centre-ville. «C’est un progrès significatif», note Nicolas Girard. Les deux acteurs privilégiaient jusqu’à tout récemment leur projet respectif. «Il faut tenir compte de la capacité de payer de l’État québécois, poursuit le PDG de l’AMT. On cherche une solution commune qui permettra de transporter le plus grand nombre d’usagers possible. On n’a pas le choix de trouver une solution parce qu’il y a une forte croissance démographique dans l’ouest de l’île et des besoins importants.» Pas question, donc, de proposer une navette qui ne servira que les voyageurs. «En fin de compte, il faut offrir aux gens de l’ouest de l’île un service rapide, efficace et de qualité.» M. Girard indique que les propositions devraient être déposées en 2014.

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