Yves Provencher/Métro Nathalie Bondil, Caroline Martin et Jasmin Roy devant l'œuvre Cœur dit «Après le déluge»

En misant sur l’art comme exutoire et moyen de communication, le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) et la Fondation Jasmin Roy unissent leurs forces pour lutter contre l’intimidation dans les écoles.

«L’art est rassembleur», s’entendent pour dire Nathalie Bondil et Jasmin Roy. C’est pour cette raison que la directrice du MBAM et le président fondateur de l’organisme luttant contre la discrimination et la violence chez les jeunes ont lancé lundi un partenariat autour de l’œuvre Cœur dit «Après le déluge». Cette sculpture de l’artiste américain Jim Dine servira de levier pour faire réfléchir les jeunes sur les blessures du cœur.

Des affiches représentant le cœur de bronze bleu recouvert d’outils seront distribuées par le MBAM dans toutes les écoles primaires et secondaires du Québec. Et l’œuvre accueillera les groupes scolaires lors de leur visite au musée.

Dès l’automne 2013, un programme intitulé L’art d’être humain sera offert par le MBAM à tous les élèves du primaire et du secondaire. Il s’agira d’une visite un peu spéciale du Musée, dans laquelle les jeunes entreront en contact avec des œuvres pour leur permettre d’aborder des thématiques en lien avec les relations humaines, dont l’intimidation.

«C’est à la fois un programme qui s’invite dans les écoles et qui invite les écoles au musée, explique Nathalie Bondil. Et à travers la collection, on est amené à réfléchir sur les notions de tolérance, de paix, de violence, d’acceptation de l’autre, de différence et de discrimination.»

Aborder l’intimidation à partir d’œuvres d’art permet également de créer une certaine distance entre les jeunes et leur propre expérience, croit Jasmin Roy.

«Souvent, les jeunes ne veulent pas dénoncer, ils ont de la difficulté à briser le silence, affirme-t-il. Alors il faut travailler sur l’expérience des autres pour arriver à leur expérience. Et l’art permet d’avoir cette perspective-là pour engager une réflexion.»

Il est important de former des jeunes bien dans leur peau, croit Mme Bondil, qui ne se voient plus comme des victimes, mais comme des acteurs de leur propre vie.

«L’art permet d’exprimer des émotions cachées, ajoute-t-elle. Quand on est adolescent, et qu’on ressent un mal-être, le fait d’être en contact avec des œuvres qui parlent avec les tripes permet de mieux comprendre ce qu’on ressent et d’accepter d’autres réalités.»

Des ateliers seront également offerts aux jeunes pendant leur visite au musée, pour qu’ils puissent expérimenter l’art.

Jasmin Roy, qui a lui-même été victime d’intimidation dans sa jeunesse, estime qu’utiliser l’art comme exutoire lui a été salutaire.

«Je pense que lorsque qu’on se donne l’autorisation de s’exprimer, ça aide beaucoup. Pour moi, ç’a été la musique, le théâtre et le bricolage. Et tout cet aspect créatif m’a permis d’être résilient, même si ce que j’ai vécu a eu des conséquences majeures sur ma santé mentale.»

C’est aussi le cas de Caroline Martin, 18 ans, qui a raconté lundi comment le dessin l’a aidée à s’exprimer alors qu’elle vivait de l’intimidation. À son entrée au secondaire, elle se faisait traiter de toutes sortes de noms, et se faisait plaquer dans les casiers.

«Je suis une personne qui ne maîtrise pas vraiment la parole et les mots, a-t-elle confié lors de la conférence de presse. J’ai de la difficulté à m’exprimer, et le dessin a été pour moi une porte de sortie. Ça m’a beaucoup aidée.»

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