Le rendez-vous a été donné entre deux répétitions, devant la faculté de musicologie de l’Université de Montréal. Il est difficile de faire autrement quand on souhaite rencontrer quelqu’un qui joue quotidiennement de six à huit heures de flûte traversière; habite à Québec; complète un deuxième doctorat en musicologie à Montréal (elle possède déjà un doctorat en interprétation); partage la direction d’une agence de diffusion d’événements musicaux à Québec, tout en se préparant, à interpréter, à Montréal, en concert une des pièces musicales les plus difficiles à jouer à la flûte.

Voilà la vie, parce qu’il fallait la résumer, de Marie-Hélène Breault ces dernières semaines. À 31 ans, la musicienne a décidé de se vouer à son instrument. «Je pense que je ne pourrais pas faire autre chose. J’imagine que ça doit être parce que la flûte m’apporte énormément.»

Et pourtant, cette surdouée de la musique n’a commencé l’apprentissage de son outil de travail qu’à 17 ans, sans enthousiasme. «J’ai découvert la musique par le piano au secondaire et je jouais de la flûte en parallèle, sans grande passion.» Cet apprentissage tardif lui donne cependant envie de poursuivre et d’entrer au Conservatoire de musique, à Québec. Sur les conseils de son professeur, elle passe son audition en jouant des pièces de Bach prévues pour le piano, qu’elle adapte à la flûte. «J’ai été acceptée! Il devait y avoir beaucoup de places disponibles cette année-là», dit-elle modestement. Puis, avec pour rattraper son retard, elle se lance dans un travail effréné. Si bien qu’aujourd’hui elle est en tête du peloton et peut
envisager l’avenir avec confiance.

Un maître à jouer
Le compositeur allemand Karlheinz Stockhausen, considéré de son vivant comme l’un des chefs de file de la vie musicale internationale, mort en 2007, a transformé l’existence de Marie-Hélène Breault. «Quand j’ai écouté son Kathinka’s Gesang als Luzifers Requiem (Le chant de Kathinka ou le Requiem de Lucifer) pour la première fois il y a 10 ans, j’ai voulu pouvoir le jouer.» Karlheinz Stockhausen venait de s’inviter dans la vie de la flûtiste, encouragée par sa professeure de doctorat Lise Daoust, amoureuse elle aussi du compositeur.

«J’ai été invitée à deux reprises en Allemagne pour apprendre avec Stock­hausen». Le compositeur l’a même, de son vivant, récompensée d’un premier prix pour l’interprétation de ses pièces en 2006. «Stockhausen m’a dit que je l’avais touché par mon interprétation. C’est l’un des plus moments les plus forts de ma vie. Cela vaut tous les prix.»

Un aboutissement
Après 10 ans d’apprentissage, vendredi dernier à la salle Claude-Champagne de la faculté de musicologie de l’Université de Montréal, en collaboration avec la Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ), Marie-Hélène a enfin réalisé son rêve : jouer, dans l’esprit de Stockhausen, le Requiem de Lucifer. «Pen­dant les deux derniers mois, j’ai consacré 240 heures de travail à cette  pièce qui dure 35 minutes.»

Même si aujourd’hui, l’artiste commence un doctorat en musicologie, avec comme sujet de recherche, vous l’aurez deviné, Karlheinz Stockhausen, elle considère avoir «déjà trouvé un métier. Les études en musicologie ne sont pour moi qu’un complément.»

Dans 10 ans, Marie-Hélène Breault se voit faire toujours ce qu’elle aime, «c’est-à-dire sensiblement la même chose.» Elle se verrait bien, en plus, partager ses connaissances sur Stock­hausen avec des étudiants qui auront sûrement à cÅ“ur d’assurer la relève.  

Aussi dans Montréal :

Nous utilisons maintenant la plateforme de commentaires Facebook Comments sur notre site web. Grâce à celle-ci, vous pourrez laisser vos commentaires par l’entremise de votre compte Facebook directement sous les articles sur notre site web. Pour ceux qui ne sont pas membres du réseau social, nous vous invitons à faire vos commentaires via l’adresse courriel opinions@journalmetro.com. Merci de nous lire!