«Avant que la bibliothèque n'ouvre, on nous traitait d'éléphant blanc. On se moquait des lamelles de verre qui tombaient.» -Guy Berthiaume

Nommé il y a un an par Québec pour succéder à Lise Bissonnette, Guy Berthiaume semble encore savourer la chance qu’il a de travailler dans «la plus grande bibliothèque de la francophonie». Métro a rencontré le nouveau PDG de la Grande bibliothèque dans son bureau, qui surplombe l’édifice et d’où il peut se réjouir de l’animation des lieux.

En cinq ans, qu’est-ce qui a le plus changé à la bibliothèque?

En cinq ans, il n’y a pas eu de changement de paradigme. On a eu la chance de faire construire une bibliothèque alors que la technologie était déjà développée. En ce sens, je crois que ce qui a le plus changé, c’est la perception du public. Avant que la bibliothèque n’ouvre, on nous traitait d’éléphant blanc. On se moquait des lamelles de verre qui tombaient. Mais l’année dernière, on a accueilli plus de trois millions de visiteurs. L’institution a aujourd’hui une réputation fabuleuse. Les gens se sont approprié les lieux.

Quels ont été les meilleurs coups?
Un des meilleurs coups aura été de construire la bibliothèque à côté de la station Berri-UQAM, la plaque tournante du métro à Mont­réal, et en face de la station d’autobus. Cette décision était non seulement un coup de génie en termes de géographie, mais c’était aussi parfait en termes de philosophie. Être aussi accessible permet d’envoyer le message que la Grande Biblio­thèque n’est pas une bibliothèque pour l’élite. C’est une bibliothèque ouverte à tous.

Un autre bon coup aura été de rendre l’accès aux rayons et aux livres disponible aux usagers, ce qui est assez rare. En général, il faut faire une demande pour obtenir un livre. Mais très souvent, le livre qu’on veut, ce n’est pas celui qu’on cherche. C’est en fouinant dans les rayons qu’on le trouve.

Enfin, on a voulu créer une expérience différente pour les usagers. On n’a pas essayé d’imposer un modèle de bibliothèque. On a installé des fauteuils, des tables avec des ordinateurs, des gradins. Tout ça pour permettre aux gens de choisir l’espace qui leur convient le mieux.

Qu’aimeriez-vous changer?
J’ouvrirais le lundi. Le fait qu’on soit fermé le lundi représente un gros problème pour les usagers, qui demandent toujours plus d’heures d’ouverture. La difficulté, c’est qu’il faut trouver les budgets pour ouvrir le lundi, et ça, c’est très compliqué. Il est déjà acquis que ce ne sera pas possible en 2010-2011 parce que nos budgets ne nous le permettent pas. Mais je ne lâche pas et j’essaie de trouver des solutions parce que je sais que j’ai raison et qu’il faut ouvrir le lundi.

Quel est le plus grand défi pour les années à venir?

Il faut intervenir auprès des adolescents. Il faut trouver comment amener les ados dans les bibliothèques. On travaille avec le ministère de l’Éducation et les commissions scolaires pour les attirer, mais ce n’est pas évident. On sait qu’on est en compétition avec les jeux vidéo, avec YouTube. Ce n’est pas moi qui vais aller sur la plage pour arrêter la marée. Je sais qu’on a de la compétition. Il reste à voir si on ne peut pas utiliser ce à quoi les adolescents adhèrent pour les intéresser aux bibliothèques.

Comment entrevoyez-vous l’avenir?

Je pense qu’on demeurera aussi populaire si on sait comment s’adapter. En ce moment, 43 % de nos prêts concernent de la musique ou des DVD. Si on avait décidé, il y a cinq ans, qu’on n’évoluait pas et qu’on se contentait de prêter des livres, on n’aurait pas cinq millions d’emprunts par année. On va donc continuer de s’adapter. On va s’adapter aux livres électroniques. On va continuer de développer notre programmation culturelle. Quand elle a été créée, certaines personnes pensaient qu’une Grande Bibliothèque n’était pas nécessaire, que tout pouvait être virtuel. Mais une bibliothèque, c’est aussi un lieu de convivialité, et ça, ça ne changera pas.

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