MONTRÉAL – Le nouveau pont devant remplacer le pont Champlain sera réalisé en partenariat public-privé (PPP), il aura un péage et comportera six voies pour la circulation automobile, un corridor pour un système léger sur rail ainsi qu’une piste pour les piétons et cyclistes.

Ce sont là, en gros, les paramètres que devra respecter l’éventuel constructeur de l’infrastructure qui sera choisi au printemps de 2015 et qui devra livrer le pont aux automobilistes québécois pour 2018.

En présentant le dossier d’affaires, mercredi à Montréal, le ministre fédéral de l’Infrastructure, Denis Lebel, a toutefois refusé de préciser le coût estimé de l’ouvrage, faisant valoir que cette information devait demeurer confidentielle pour ne pas influencer le processus de soumissions.

M. Lebel a utilisé le même argument pour éviter de s’avancer sur le montant éventuel du péage, se contentant d’indiquer qu’il se situerait dans «le marché du péage» et ne serait pas exagéré, comme le voulaient certaines hypothèses véhiculées dans les médias.

«Un tarif à 7 $, oubliez ça, a lancé le ministre. Ça n’a jamais été dans nos vues ou dans nos calculs. Nous sommes conscients des tarifs qui se chargent sur la 25 et la 30 et, quelque part là-dedans, il y a des moyennes qui vont se faire.»

En contrepartie, même s’il évoque constamment le principe de l’utilisateur-payeur, M. Lebel a précisé qu’Ottawa prévoit assumer une portion de la facture.

«Le péage sera conjoint à une importante contribution initiale du gouvernement fédéral pour ce projet. Je l’ai dit depuis le début que les péages ne suffiraient pas pour payer le pont.»

Quoi qu’il en soit, le ministre Lebel a dû admettre que son gouvernement n’avait pas encore mesuré l’impact d’un péage sur l’achalandage des autres ponts de la rive-sud, tout en ajoutant qu’il ne démordrait pas de cette position.

Or, tant le gouvernement provincial que les villes de Montréal et de la rive-sud se sont déjà prononcés contre le péage, ce que le ministre québécois des Transports, Sylvain Gaudreault, a rappelé en conférence de presse dans les heures suivantes.

«Il est absolument essentiel pour le gouvernement du Québec de dire non à tout péage sur le pont Champlain, considérant que, pour nous, il s’agit d’un pont de remplacement du pont actuel. C’est donc le gouvernement fédéral qui doit assumer le financement de ce pont», a martelé le ministre Gaudreault.

Le député néo-démocrate de Brossard-La Prairie, Huong Mai, a également dénoncé l’attitude fédérale.

«On parle d’un péage sans avoir eu de discussion réelle avec le provincial ou les municipalités. Le gouvernement continue avec son chantage: pas de péage, pas de pont», a-t-il dit.

De son côté, le maire de Montréal, Denis Coderre, a également réitéré son opposition mais n’a pas semblé impressionné par ce que M. Mai qualifie de chantage.

«Nous sommes contre le péage et nous sommes en position de négociation, a-t-il dit. Même s’ils nous disent: pas de péage, pas de pont, écoutez… si le pont doit être changé, pensez-vous qu’ils ne prendront pas leurs responsabilités?»

Le maire a également fait référence au fait qu’il serait difficile d’imposer le péage sur un pont sans le faire pour tous les autres, ce qui aurait pour effet que de faire fuir résidants et entreprises vers les banlieues.

«On ne veut pas créer l’effet trou de beigne», a répété le maire Coderre.

Le député Mai a par ailleurs exprimé des doutes sur la décision de réaliser le projet en mode PPP. Le ministre Lebel soutient, sur la base du dossier d’affaires préparé par PricewaterhouseCoopers, que le mode PPP permettra des économies de 5 à 18 pour cent.

«Le seul rapport public fait par le gouvernement était celui du consortium BCDE qui disait que les coûts seraient plus élevés en PPP qu’en mode traditionnel de 284 millions $», a souligné le député néo-démocrate.

Sylvain Gaudreault s’est par ailleurs dit étonné de ne toujours pas avoir reçu de réponse à la demande faite par la première ministre Pauline Marois à son homologue fédéral Stephen Harper d’établir un bureau de projet conjoint où toutes les parties intéressées seraient réunies.

La propension d’Ottawa à agir seul a également irrité le maire Coderre.

«On nous dit qu’il y avait 13 scénarios, on en a sorti un et nous n’avons pas vu les 12 autres et nous n’avons même pas participé», a lancé M. Coderre.

«J’aurais aimé voir les 12 autres scénarios», a-t-il ajouté par la suite.

Le ministre Gaudreault, qui avait discuté plus tôt avec M. Lebel, a cependant dit avoir noté une certaine ouverture de ce dernier lorsqu’il l’a invité à venir présenter son dossier d’affaires au bureau des partenaires du pont Champlain, qui regroupe l’ensemble des intervenants politiques et économiques impliqués dans le transport régional.

Le processus pour trouver le constructeur s’amorcera cet hiver avec des rencontres d’informations destinées à l’industrie.

Le consortium qui sera choisi devra non seulement construire le nouveau pont mais aussi démolir l’actuel pont de l’île des Soeurs et en construire un nouveau, reconstruire et élargir de quatre à six voies le tronçon fédéral de l’autoroute 15, soit entre le pont et la sortie Atwater, et sera responsable de l’entretien du pont Clément et de la portion fédérale de l’autoroute Bonaventure.

Au printemps, les intéressés devront présenter un dossier de qualifications et, dès l’été prochain, les firmes qui se seront qualifiées pourront présenter leurs propositions.

Le choix du soumissionnaire retenu sera connu au printemps 2015.

Le processus est ouvert autant aux grands consortiums internationaux que canadiens. Des séances d’information sont toutefois prévues spécifiquement pour les PME québécoises afin qu’elles puissent offrir leur expertise au sein de grands groupes internationaux ou canadiens.

«On espère que le plus grand nombre d’entreprises de chez nous pourront faire partie des partenaires», a souhaité le ministre Lebel.

Le dossier d’affaires précise toutefois que la démolition du pont Champlain actuel, l’entretien et la démolition du pont-jetée temporaire de l’Île des Soeurs, l’estacade et d’autres travaux ne seront pas inclus dans le contrat. Le coût et l’échéancier de démolition du pont Champlain existant ne sont pas encore connus.

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