Les firmes de génie-conseil SNC-Lavalin et WSP Canada, anciennement Genivar, toutes deux éclaboussées par des histoires avérées de corruption, pourront maintenant conclure des contrats publics importants au Québec. Ces entreprises en ont reçu l’autorisation de la part de l’Autorité des marchés financiers, à laquelle elles devaient démontrer leur intégrité. SNC-Lavalin, comme plusieurs autres entreprises de génie-conseil, soutient avoir déployé beaucoup d’efforts pour établir un cadre d’éthique amélioré. Mais est-ce suffisant pour lui faire confiance? Métro a demandé à deux experts.

  • «Un pas dans la bonne direction»
    Johanne Desrochers, présidente-directrice générale de l’Association des ingénieurs-conseils du Québec (AICQ)

Les changements apportés en matière d’éthique dans les firmes de génie-conseil québécoises sont-ils suffisants et significatifs?
Les firmes dont on connaît le nom par la commission Charbonneau sont les premières à avoir fait des modifications importantes. Elles ont d’abord mené des enquêtes internes pour identifier les problèmes. Il y a eu beaucoup de mises à pied dans les directions, et des lignes de dénonciation ont été mises à la disposition des employés. Par la suite, on a implanté des programmes d’éthique, et des formations sont données à tous les employés. C’est un investissement très important. Plusieurs avaient déjà des lignes directrices en place, mais ç’a été l’occasion de revoir le tout. Ça a entraîné tout le secteur à se poser des questions et à s’assurer d’avoir de bonnes pratiques en place.

La crédibilité des entreprises de génie-conseil est-elle rétablie au Québec?
Non, mais c’est un pas dans la bonne direction. L’autorisation de l’AMF démontre le sérieux de la démarche de ces firmes. Mais pour regagner la confiance que le génie-conseil québécois avait dans le passé, tous les joueurs devront continuer leurs efforts.

  • «Trop tôt pour se réjouir»
    André Lacroix, titulaire de la Chaire d’éthique appliquée à l’Université de Sherbrooke

Les changements apportés en matière d’éthique dans les firmes de génie-conseil québécoises sont-ils suffisants et significatifs?
Il me semble qu’il est un peu tôt pour se réjouir. Tout au plus pouvons-nous nous féliciter que l’abcès soit crevé. Mais il reste encore beaucoup à faire pour redresser la situation en matière d’éthique dans le milieu du génie. Il y a encore beaucoup d’embûches, et beaucoup de sensibilisation à faire auprès des ingénieurs… et de l’AICQ. Ne serait-ce que pour s’assurer que les membres de l’AICQ s’enregistrent plus systématiquement auprès du commissaire au lobbyisme… et soient soucieux d’aller au-delà des simples réformes cosmétiques qui leur permettront de nouveau de faire des affaires.

La crédibilité des entreprises de génie-conseil est-elle rétablie au Québec?
Attendons la fin des travaux de la commission Charbonneau, la publication du rapport… et ensuite nous verrons l’ampleur des correctifs à apporter. Nous verrons également le sérieux des uns et des autres pour amorcer les véritables réformes. Pour le moment, le chantier de l’éthique reste un chantier.

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