Les habitations à loyer modique (HLM) sont un milieu de vie peu connu, mais bouillonnant, croit Fabienne Lagueux, professeure au département de psychologie à l’Université de Sherbrooke. Mme Lagueux présidait mercredi un colloque à ce sujet au 82e Congrès de l’Association francophone pour le savoir (Acfas). Entretien.

Comment les HLM ont-elles évolué dans les dernières années?
Elles ont connu des changements démographiques importants depuis les dix dernières années. L’arrivée d’un grand nombre d’immigrants et de réfugiés a beaucoup changé leur visage. Notamment, il s’y trouve beaucoup de jeunes issus de familles nombreuses, contrairement à ce qu’on retrouve dans la population en général. D’un autre côté, il y loge une population vieillissante. Depuis la désinstitutionalisation, il y vit aussi plusieurs personnes avec des problèmes de santé mentale. Des réalités différentes se côtoient donc et plusieurs problématiques psychosociales qui se juxtaposent. C’est un microcosme très riche à étudier.

Comment les intervenants sociaux se sont-ils ajustés à ces changements?
Les intervenants, qui devaient autrefois s’occuper de la gestion des logements, doivent aussi depuis 2002 organiser une vie communautaire. Plusieurs projets communautaires à Montréal et en région offrent des activités diverses pour les enfants de 6 à 12 ans, comme de l’aide aux devoirs, des activités sportives et artistiques, du jardinage, des ateliers culinaire. Il y a aussi un effort particulier mis sur les ados pour les encourager à trouver un emploi, à participer à la vie des HLM et de devenir des animateurs pour les plus jeunes.

Quels ont été les effets de ces projets?
Dans un projet à Sherbrooke, que j’ai étudié, le sentiment d’appartenance des jeunes au HLM s’est développé. Ils étaient stigmatisés dans leur milieu scolaire en raison de leur lieu de résidence. Leur appartenance à la troupe de danse du HLM a tout changé. Ils ont voulu avoir leurs propres chandails et logos qu’ils portent fièrement, ils ont fait des spectacles et d’autres jeunes les envient. Toujours à Sherbrooke, il y avait un taux de vacances élevé avant le début du projet parce que le HLM avait mauvaise presse. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. On espère éventuellement des effets positifs sur la délinquance et la criminalité.

Quelle conclusion principale tirez-vous de votre étude sur les jeunes des HLM?
Ce qui me frappe est qu’en leur offrant un espace pour créer des opportunités sociales, les jeunes sont intéressés à se mobiliser et devenir des citoyens pleinement responsables. Ça vaut la peine de continuer à investir pour assurer la pérennité des projets communautaires. Il y a un manque criant de financement pour lancer et poursuivre de telles initiatives locales.

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