Denis Beaumont/Métro Mouna Andraos et Mélissa Mongiat, du collectif Daily tous les jours

Daily tous les jours a le vent dans les voiles. Les 21 balançoires et les autres nombreux projets participatifs de ses cofondatrices, Melissa Mongiat et Mouna Andraos, ont transformé des lieux de passage en destinations. Leur mission est audacieuse: changer notre façon de vivre ensemble et provoquer des rencontres. Métro les a rencontrées dans leur studio du Mile-End.

Comment est le Montréalais dans l’espace public?
Melissa: À Montréal, il y a une culture du festival qui influence le public. Il y a sans aucun doute, ici, une ouverture. Les gens sont habitués d’être dans la rue, d’être ensemble, de sortir de leur zone de confort.

Est-ce que le citoyen comprend qu’il peut prendre possession de sa ville?
Melissa: Les gens sont dans leur bulle, donc il faut les aborder de la bonne façon. De prime abord, ils n’ont pas nécessairement le goût d’être dérangés. C’est là où le jeu, le côté ludique peut aider.
Mouna: Tout dépend du contexte. Il est plus facile d’interpeler le spectateur dans un cadre festif, comme une foire, que dans un lieu du quotidien, où ce n’est pas tout le monde qui veut jouer le jeu. Certains souhaitent demeurer des spectateurs. D’autres vont participer un peu plus. Il faut s’assurer qu’il y ait de la place pour tous types de participation.
Melissa: Le côté intuitif de nos projets est important. C’est la clé du succès des balançoires: tout le monde sait quoi faire en les voyant.

Vos idées sont simples et font sourire les passants. Est-ce que les décideurs comprennent l’importance des petits gestes peu coûteux pour améliorer la qualité de vie?
Melissa: Ça ne se mesure pas monétairement, les projets pouvant être très coûteux. C’est une question d’échelle. Les balançoires sont arrivées dans le Quartier des spectacles à une époque où on avait encore des habitudes de gros festivals. Nous sommes parvenus, avec d’autres, à faire valoir une autre échelle de participation, une autre manière d’aborder le territoire, de façon plus humaine.
Mouna: Est-ce que les élus comprennent tout ce qui se passe à cette échelle? Sans doute pas. Mais ce que nous souhaitions, c’était d’ouvrir le dialogue, de voir jusqu’où nous pouvions pousser. Montréal a clairement soutenu notre pratique et nous a permis d’expérimenter.

Comment décririez-vous l’espace public montréalais?
Mouna: En travaux! [Rires]
Melissa: C’est difficile de le décrire puisqu’il y en a plusieurs. Le square Viger n’est pas du tout ce que la place des festivals est, par exemple. De plus en plus, il y a des efforts qui sont faits pour revitaliser l’espace public.
Mouna: On vient de loin. Il n’y a pas, ici, une culture de la rue qui est très forte. Surtout quand on se compare avec d’autres villes qui ont un climat, mais aussi une façon d’être différents. Ça commence à changer. On le voit avec les camions de bouffe de rue. On trouve des façons d’animer la rue, où les gens se croisent, où il y a une manière d’être ensemble différente que dans l’espace privé. Pour nous, ce qui prime, c’est de créer des rencontres. Quand il y a une rencontre, la conversation naît par la suite.

Votre projet Memorama permettait, à l’aide d’escaliers, d’admirer les boules roses du Village d’un autre angle. Aurait-on intérêt à varier nos points de vue sur la ville?
Melissa: Dans un contexte de rencontre, donner de nouveaux points de vue génère des conversations plus intéressantes. Ça éveille davantage l’imaginaire.
Mouna: Il y a plusieurs endroits à Montréal où il serait intéressant d’offrir des points de vue différents. Au bord du fleuve, par exemple. Ça permettrait de mettre en valeur des sites, mais aussi de faire en sorte que les gens s’y attachent et veulent en prendre soin.

Quel serait votre fantasme de création à Montréal?
Mouna: Nous aimerions réfléchir à des projets plus permanents, des empreintes qui changeraient réellement la façon dont on vit ensemble et ce, pas seulement dans un contexte événementiel. On parle beaucoup de 2017 comme étant une occasion pour Montréal de se réinventer. C’est le bon moment pour réfléchir à des projets qui seront des legs pour Montréal. Et pas seulement en son centre, mais dans tous les quartiers autour qui ont besoin d’être animés.

Daily tous les jours à Lac-Mégantic

Alors que leurs balançoires entament un voyage – premier arrêt au Colorado –, Melissa Mongiat et Mouna Andraos travaillent présentement à un projet lié à la reconstruction de Lac-Mégantic. «C’est un parcours pour mener les gens vers le nouveau centre-ville, explique Mélissa. Nous travaillons avec des équipes sur place afin d’amener de la vie et de créer un endroit où la population pourra se croiser, se rencontrer.»

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