À mi-chemin entre l’hôpital et la prison, l’Institut Philippe-Pinel intrigue par son caractère infranchissable. À l’occasion du 50e anniversaire de l’hôpital psychiatrique à sécurité maximale, l’Informateur de Rivière-des-Prairies vous propose une visite entre ses murs.

La criminologue Danielle Pouliot et le psychiatre Frédéric Millaud, auteurs d’un livre retraçant l’histoire de Pinel, seront nos guides dans les corridors du mystérieux établissement.

Bienvenue à Pinel
La réception de l’Institut ressemble à n’importe quel autre hôpital. La différence est qu’au lieu d’une infirmière dans un poste de triage, les visiteurs sont accueillis par des agents de sécurité en uniforme.

De temps à autre, une porte s’ouvre, laissant entrevoir des gardes aux mains gantées de latex qui se préparent à fouiller un patient de retour d’une visite. L’équipe de contrôle central gère ainsi toutes les sorties des patients avec l’extérieur: rendez-vous en clinique externe, autorisations de sortie, etc.

«La sécurité publique nous amène un détenu, mais nous recevons un patient, explique le garde Michel Thériault qui a été interviewé par les auteurs. Dès son arrivée, je me présente et je l’interpelle par son nom, toujours en le vouvoyant. Je sens tout de suite le niveau d’agressivité descendre. On est formé pour faire de la pacification.»

Un sas de sécurité composé d’épaisses portes d’acier sépare l’intérieur de l’hôpital du reste du monde. Une fois les portes franchies, la sécurité semble disparaître. Des agents sont toutefois présents, mais ceux-ci sont habillés en civil afin d’éviter de faire monter la pression inutilement.

Les unités
L’Institut Pinel peut accueillir 295 patients répartis dans 15 unités. La majorité des unités se consacre au traitement et à la réadaptation des patients. Certains de ces patients ont des droits de sortie alors que d’autres sont strictement confinés à l’intérieur des murs.

Certaines unités regroupent les patients selon des critères comme le crime qu’ils ont commis. C’est le cas de l’unité des crimes intrafamiliaux que dirige le docteur Millaud. Pinel compte également une unité réservée aux adolescents et une autre pour les femmes provenant des pénitenciers fédéraux. «C ‘est un programme spécifique. Ces femmes se sont engagées sur une base volontaire à venir faire des traitements ici », précise M. Millaud.

En plus de ces unités, on en compte quatre d’admission pour les séjours à court terme. L’une d’elles est spécialisée dans la réinsertion des patients suivis à l’externe, alors que deux autres sont utilisées par des patients qui doivent être évalués par les spécialistes de Pinel.

«Ce sont des gens qui sont en attente de leur procès et pour lesquels la justice nous demande une expertise médicolégale, soit sur la question de l’aptitude à comparaître ou de la responsabilité criminelle», explique le docteur Millaud.

Enfin, une autre unité de transition permet d’accueillir les patients en attente d’autres ressources. La majorité des activités de ces gens se font à l’externe.

Les unités sont construites en forme de «L». Dans le coude se trouve un poste de sécurité vitré d’où les employés peuvent voir tout ce qui se passe dans l’aile. D’un côté de ce poste s’étend un corridor bordé des chambres des patients et de bureaux de consultation. Chaque unité comprend une chambre d’isolement, à l’exception des unités d’admission qui sont munies de deux de ces chambres.

De l’autre côté du poste de sécurité se trouve l’espace commun, soit une grande pièce vitrée avec vue sur la cour et le stationnement. L’art prend une grande place à l’institut et plusieurs murs sont recouverts d’une murale qui évoque toujours les grands espaces.

La vie en commun
Par les fenêtres des unités, on peut apercevoir les cours. Celles-ci sont bordées par des clôtures et les pilotis qui soutiennent la bâtisse d’un côté et par un mur de béton d’une hauteur de 30 pieds de l’autre.

Au centre se trouve un immense jardin fleuri, muni de chaises et de tables à pique-nique, ainsi que d’un potager entretenu par les patients. Un espace est également réservé pour les sports.

Au fond de la cour, on trouve des ateliers de travail. «Les architectes ont conçu cela de façon à ce que les patients aient l’impression de se déplacer pour aller travailler le matin. C’était une façon de se présenter comme dans la vie normale», explique Mme Pouliot.

L’Institut comprend également un gymnase et une piscine ainsi que quelques services centraux tenus par les patients, dont une bibliothèque, une friperie et une buanderie.

Un bâtiment un peu en retrait abrite le service des finances. Ces locaux avaient originalement été construits pour loger les médecins et les chercheurs étrangers.

Enfin l’Institut compte des services externes, dont un service de suivi offert aux anciens patients, à l’entrée de l’hôpital.

Un livre d’histoire

Au cours des dernières années, le docteur Lionel Béliveau et des dizaines d’employés de la première heure ont pris leur retraite de l’Institut Pinel. Pour éviter de perdre cet héritage de connaissances, la criminologue Danielle Pouliot et le psychiatre Frédéric Millaud ont écrit «Institut Philippe Pinel, 50 ans d’histoires».

Ce livre d’une centaine de pages, paru récemment chez Flammarion, raconte l’aventure de l’équipe qui a mis sur pied le seul hôpital psychiatrique à sécurité maximale au Québec. Ces psychiatres, criminologues, psychologues et gardiens ont mis en place des méthodes qui ont fait de l’Institut une référence incontournable dans le domaine de la psychiatrie légale au Québec et ailleurs dans le monde.

«L’histoire de Pinel n’était pas documentée, explique Mme Pouliot. Ils y avaient très peu d’archives. Les gens qui ont construit l’Institut Pinel sont presque tous arrivés en 1969 et sont presque tous repartis en même temps. Le projet avait comme objectif de conserver la mémoire et de la retransmettre aux nouveaux.»

En faisant leur recherche, les auteurs ont d’ailleurs découvert que l’Institut avait été fondé en 1964, et non en 1970, comme le croyait le personnel. «Nous avons découvert que l’Institut avait 50 ans en faisant la recherche pour le livre. Ce n’était pas prévu comme ça, mais ç’a bien tombé», estime le docteur Millaud.

45 entrevues
Pour rédiger leur ouvrage, les auteurs ont réalisé 45 entrevues avec des employés et des patients d’hier à aujourd’hui. «Certaines personnes que nous avons interviewées avaient 80 ans. Il y en a que j’aurais voulu rencontrer, mais qui sont maintenant décédées», déplore Mme Pouliot.

Dans cet ouvrage, les auteurs retracent l’histoire de l’Institut, des conditions atroces de détention des aliénés à la prison de Bordeaux jusqu’aux méthodes modernes utilisées aujourd’hui. «L’histoire de l’Institut Pinel s’est écrite à partir d’une page blanche. Il n’existait pas de traitement et il y avait bien peu d’installation du genre dans le monde. Lors de l’inauguration, des experts du monde entier avaient été invités pour que l’équipe de Pinel puisse s’en inspirer. Au bout de deux jours, ils se sont rendu compte que ceux-ci n’en savaient pas plus qu’eux», relate Mme Pouliot.

«Cet ambitieux ouvrage est une occasion de mieux faire connaître notre mission, laquelle vise à redonner aux personnes aux prises avec la maladie mentale et la violence l’exercice de leur pleine citoyenneté. Il témoigne également de la reconnaissance de l’Institut envers ses employés, artisans du succès de l’hôpital à travers les années», conclut la docteure Renée Fugère, directrice générale de l’Institut.

Qui est Philippe Pinel?

En 1793, ce médecin français est nommé responsable de l’Asile de Bicêtre où les aliénés et les criminels sont enfermés ensemble. C’est à ce moment qu’il fait la rencontre de Jean-Baptiste Pussin, un surveillant de l’asile qui a pris l’habitude d’enlever les chaînes aux malades et de noter leur comportement dans un cahier. Ensemble les deux hommes contribueront à la réforme asilaire en France. Près de 170 ans plus tard, les médecins de l’Institut Pinel ont libéré les malades de la prison de Bordeaux, nommant le nouvel hôpital en son honneur.

 

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