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Montréal saura d’ici la fin de l’année si les services municipaux qu’elle offre sont compétitifs. L’administration Coderre se prête à une campagne d’étalonnage qui vise à comparer le coût de plusieurs services à celui de services similaires offerts dans de grandes villes canadiennes. En attendant les résultats, un élu montréalais a tenté l’exercice à partir des données québécoises du ministère des Affaires municipales. La performance de Montréal suscite plusieurs interrogations.

Pas facile à trouver!
Les données du ministère couvrent une vingtaine d’indicateurs de gestion liés à la sécurité publique, à la collecte des déchets ou aux travaux d’infrastructures. L’élu de Projet Montréal Sylvain Ouellet a tenté de comparer les chiffres mont­réalais à ceux des autres grandes villes québécoises. Pas facile. «Les données de comparaison ne sont accessibles que par un portail sécurisé et dans un format PDF rendant les données inexploitables pour des calculs. Ça n’a aucun sens que ce soit si compliqué.» Il se questionne aussi sur la fiabilité des données fournies au ministère par les villes. «Pour Montréal, le nombre de kilomètres de rues, d’égouts et d’aqueducs n’a pas augmenté depuis 2010. C’est étonnant, car plusieurs quartiers ont émergé. Alors, ça fausse les calculs», dit-il.

Bons coups
La Ville gère bien le secteur de l’eau potable, selon les critères du ministère. L’eau potable montréalaise coûte deux fois moins cher à produire et à distribuer (0,30$/m3) que la médiane des 10 plus grandes villes québécoises. Et contrairement aux apparences, elle se situe dans la médiane pour les bris de conduites (21 bris par 100km de conduites en 2013). Même constat positif pour le traitement des eaux usées. «La Ville compte d’énormes usines de filtration et de traitement des eaux usées, alors elle fait des économies d’échelle», croit M. Ouellet. En outre, la Ville est dans la moyenne pour le coût de la collecte des déchets (128$ par porte), de même que pour la part du recyclage dans le tonnage total collecté (21,9% contre 22,3% pour le top 10 des grandes villes). Jusqu’à l’année 2012, elle figurait aussi parmi les bons élèves pour la formation de ses employés (plus de 20 heures par an).

Mauvais coups
Toutes proportions gardées, le coût du service incendie accapare 20% plus de richesse foncière à Montréal qu’ailleurs dans les 10 plus grandes villes québécoises. «On peut se demander si on en a pour notre argent; les incendies ne cessent de diminuer et pourtant les budgets sont en hausse constante», souligne M. Ouellet, qui fait le même constat pour les policiers.

À ce sujet, une étude récente de l’Institut économique de Montréal avance que plusieurs tâches policières pourraient être faites par des agents de sécurité coûtant trois fois moins cher. L’étude cite notamment les tâches administratives comme la rédaction de rapports ou l’analyse des images de radars photo. Autre motif d’inquiétude: 28% des employés sont éligibles à la retraite d’ici cinq ans (22% dans les autres grandes villes). Il y a six ans, seulement 16,5% des employés étaient dans cette situation, selon les données fournies par le ministère. Une perte d’expertise est en vue.

Qu’en disent les autorités?
La porte-parole du ministère des Affaires municipales, Émilie Lord, précise que «les comparaisons entre les villes peuvent être boiteuses si on n’en connaît pas les spécificités». Par exemple, le déneigement peut varier d’une ville à l’autre, selon le degré de pente des rues, la nécessité du remorquage ou si la ville ne fait que souffler la neige. Aussi une municipalité  qui réinvestit massivement comme Montréal dans une voirie vieillissante pourra paraitre dépensière. La Ville indique de son côté ne pas se comparer à des municipalités plus petites au Québec, mais avoir adhéré en juin 2014 à l’Ontario Municipal Benchmarking Initiative dans le but de comparer sa performance à celle de 14 autres grandes villes canadiennes. «Les données seront rendues publiques en novembre 2015», indique Gonzalo Nunez, porte-parole de la Ville. Il précise en outre que Montréal a lancé 12 chantiers, ciblant notamment l’optimisation des travaux publics, du déneigement et des activités liées aux matières résiduelles. Trois secteurs où la Ville semble justement pouvoir faire mieux, selon les données chiffrées du ministère.

À lire aussi: Le Centre sur la productivité et la prospérité du Québec a réalisé à deux reprises des comparatifs pour l’ensemble des municipalités du Québec. Selon leurs calculs, Montréal paie ses services 55,3% plus cher parmi le groupe des 10 plus grandes municipalités du Québec.

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