MONTRÉAL – Le maire de Montréal, Denis Coderre, affirme qu’il y aura des sites d’injection supervisée dans la métropole à compter de l’automne prochain, que le gouvernement fédéral accorde ou non l’exemption demandée. Et le gouvernement Harper, de son côté, lui reproche de vouloir «ouvrir des centres d’héroïne sans consultation publique».

Au cours d’une rencontre avec la presse, jeudi, le maire Coderre, les autorités de la santé publique et des organismes communautaires du milieu ont annoncé qu’une demande d’exemption avait été adressée à Santé Canada pour implanter trois services d’injection supervisée fixes ainsi qu’une unité mobile à Montréal. Le projet a déjà reçu l’aval et le financement du gouvernement du Québec, soit 2,6 millions $ par année.

De même, la Cour suprême du Canada s’est déjà prononcée sur la légalité de tels sites, dans le dossier d’Insite, un centre semblable à Vancouver.

Il ne reste plus donc qu’à obtenir l’exemption demandée à Santé Canada à la Loi sur les drogues et autres substances, puisque des personnes viendront s’y injecter des drogues.

Dans le projet soumis à Santé Canada, les conditions énoncées par la Cour suprême ont été remplies, a soutenu le maire Coderre. Il a donc fait comprendre qu’il n’avait pas l’intention d’attendre l’aval de Santé Canada très longtemps, si jamais le gouvernement de Stephen Harper fait traîner les choses parce qu’il s’y oppose moralement. Cela ne devrait être qu’une formalité, aux yeux du maire Coderre.

«Ça va se passer sur le territoire montréalais et Montréal est d’accord avec ça. Pis là, on n’a pas le temps de niaiser. Ça fait qu’on dit au gouvernement (fédéral): ‘envoyez-nous votre réponse, mais nous on est solide, puis on va le faire pareil’. Moi, ma ‘game’, c’est de dire: ‘on va les supporter et on va s’assurer que ça marche’. Alors on peut attendre un mois, deux mois. Il y a une petite campagne électorale; ils vont dire ‘on n’a pas le temps’. Mais nous, on n’a pas le temps de niaiser avec ça. On a un jugement de la Cour suprême qui a été très clair­», a martelé le maire Coderre.

«Ce n’est pas une question de politique; c’est une question de santé publique», a-t-il ajouté.

Ottawa outré

Du côté fédéral, la ministre de la Santé, Rona Ambrose, y voit un lien avec le fait que le maire Coderre était un ancien ministre libéral fédéral. «Ce n’est pas surprenant que le maire de Montréal, un ancien député de l’équipe de Justin Trudeau, veut ouvrir des centres d’héroïne sans consultation publique», affirme-t-elle dans une déclaration écrite.

La ministre Ambrose réplique que le gouvernement Harper «a toujours cherché à protéger la sécurité de nos rues et de nos communautés». Dans cette déclaration, elle se dit en désaccord avec «l’ouverture aveugle de centres d’injection, centres d’héroïne, dans les communautés de partout au Canada que souhaite Justin Trudeau».

La ministre rappelle que le gouvernement Harper a déposé un projet de loi qui permet notamment d’encadrer ces centres, «la Loi sur le respect des collectivités, qui donnera leur mot à dire aux parents, aux membres de la communauté et aux autorités policières».

De son côté, le ministre fédéral de la Justice, Peter MacKay, a déclaré que son gouvernement va faire respecter les lois du pays sur les drogues, et que le maire Coderre devrait savoir qu’Ottawa a continuellement mis l’accent sur le besoin de consulter les communautés où ces sites pourraient être implantés.

Le gouvernement conservateur veut traiter les toxicomanes et non pas rendre «plus disponibles des drogues souvent illégales», a déclaré M. MacKay aux journalistes, alors qu’il était de passage à Montréal.

Utiles

De son côté, le docteur Richard Massé, directeur de santé publique de Montréal, a cité des sondages de l’Institut national de santé publique du Québec, selon lesquels le taux d’acceptabilité sociale de ces services a augmenté au cours des dernières années, passant de 55 pour cent en 2000 à 66 pour cent en 2010, puis 73 pour cent aujourd’hui.

Les études, rapporte-t-il, ont démontré que ces sites n’attirent pas les usagers de drogues injectables, mais permettent plutôt de contrer le phénomène des seringues souillées dans les parcs, de même que les gens qui s’injectent dans les lieux publics à l’extérieur. De même, comme une infirmière est affectée à ces sites, cela permet de réduire le nombre de surdoses. De plus, le personnel peut distribuer de l’information et référer les usagers vers des ressources spécialisées, le cas échéant.

Les études ont aussi démontré que les usagers de drogues injectables sont plus enclins à fréquenter ces sites d’injection supervisée lorsqu’ils sont reliés à des organismes communautaires plutôt qu’à des hôpitaux.

Le docteur Massé a précisé qu’il existait 90 sites semblables ailleurs dans le monde, notamment à Barcelone, Madrid, Copenhague, Rotterdam et Sidney en Australie. «Ces sites-là ont été évalués et il y a un bénéfice pour les personnes et pour la communauté», a-t-il souligné.

Le docteur Massé a rapporté 80 cas de surdoses l’an passé à Montréal, dont 25 décès, avec une pointe durant une période de quatre mois.

Sandhia Vadlamudy, directrice générale de l’organisme communautaire Cactus Montréal, qui oeuvre auprès des toxicomanes, a précisé que son organisme enregistre «45 000 passages par année», soit entre 100 et 200 visites par jour. Cactus distribue pas moins de 600 000 seringues par année, soit la moitié de la distribution totale à Montréal.

Jean-Bruno Caron, de l’Association québécoise pour la promotion de la santé des personnes utilisatrices de drogues, souhaite que l’initiative ne s’arrête pas à Montréal. «On veut des services d’injection supervisée à Montréal, mais on en veut aussi à Québec et dans tous les endroits où de tels services seraient nécessaires», a-t-il dit.

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