Yves Provencher/Métro Al Pacino hier soir, sur la scène de la Place des Arts

Quelques heures après avoir reçu les clés de Montréal des mains de Denis Coderre, Al Pacino est monté sur la scène de la Place des Arts avec son bagout, son charisme, ses mimiques et ses anecdotes de feu. Pas de doute : dimanche, le shérif de la ville, c’était lui.

La soirée a commencé avec un montage de 10 minutes fait à partir des scènes marquantes jouées par l’acteur icône de 75 ans. Des extraits du Parrain, de Dog Day Afternoon, de Scarface, de Panic in Needle Park… Tandis que les instants cultes défilaient à l’écran, on a entendu le Happy des Stones, Spread Your Love de Black Rebel Motorcycle Club et, pour finir, des bruits de coups de feu. La lumière s’est faite. Al Pacino est apparu. Spontanément, le public s’est levé pour lui offrir une longue ovation. «Vous venez de rencontrer 3 000 de vos meilleurs amis!» a lancé Sonia Benezra à la star du jour.

Après cette entrée en matière énergique qui a donné le ton à l’échange, on a eu droit à une discussion chaleureuse menée par l’animatrice québécoise parfaitement préparée, et durant laquelle Al Pacino a chanté, fait des steppettes et réagi avec esprit aux légers problèmes de son («Est-ce que quelqu’un me parle?» s’est-il enquis au sujet de l’écho). Il est surtout revenu sur son enfance dans le South Bronx, sur le divorce de ses parents, sur sa grande timidité, sur son amour des professeurs, sur sa passion pour Shakespeare (qu’il a affectueusement appelé Will) et sur sa fascination pour Oscar Wilde, dont il a récité un poème en grande finale.

Aucun sujet ne semblant «hors limite», l’Américain a confirmé les dires de Sonia Benezra selon lesquels il avait fait plusieurs de ses meilleurs films «dans un brouillard d’alcool et de pilules». «Je ne le recommande pas!» a-t-il glissé en aparté. Il s’est également souvenu de cette époque où il «mourait de faim». «Cette période ne vous gêne pas?», a demandé son intervieweuse. «Rien ne me gêne! Même pas d’être célèbre!»

Comique, le New-Yorkais a eu une pensée pour cette fois où il a eu «quatre» («QUATRE!») dans un test de math et a souligné avec humour tout ce que Harrison Ford lui devait. «J’ai construit sa carrière! Vous savez que Lucas m’avait offert le rôle dans Star Wars? Eh bien, j’ai lu [le scénario] et j’ai pensé : “P*tain! C’est quoi ce truc?!” J’ai refusé. Au final, c’était un film génial. Mais Ford ne m’a jamais dit merci!»

Les spectateurs, pourtant, se sont montrés drôlement reconnaissants. Ils ont accueilli l’homme avec amour, répondant par des «Yes sir!» à ses histoires, applaudissant, criant et scandant: «Attica! Attica!» en référence à la célèbre scène dans Dog Day Afternoon. Lorsque Pacino a évoqué les rejets essuyés en début de carrière, ses fidèles l’ont même réconforté d’un «Ooohhh» bien senti.

«J’étais nommé aux Oscars. J’avais affreusement envie de pipi, je n’avais pas de discours préparé et j’étais vraiment soul. Alors quand Jack Lemmon a gagné, j’ai crié : “YÉÉÉÉÉÉÉÉ!”. Et comme la caméra était sur moi, tout le monde a pensé : “Mais quel gars formidable! Regardez comme il est heureux pour Jack Lemmon!” alors que j’étais simplement ravi de pouvoir aller au petit coin.» – Al Pacino, dans toute sa sincérité

Ne faisant pas semblant d’avoir eu un parcours sans failles, l’invité est, entre autres, revenu sur ce fameux «wet look» qu’il souhaitait arborer un jour aux Oscars, à une époque où il «prenait trop de valiums». Complètement dans les vapes, il s’était simplement mouillé les cheveux. «Voilà! Wet look!» avait-t-il lancé à son gérant qui, pour éviter la catastrophe, avait séché la crinière de son protégé, obtenant un résultat… pour le moins étonnant.

Le charismatique Pacino a également raconté ce moment marquant où son grand ami Francis Ford Coppola l’avait appelé en lui disant : «On m’a donné Le Parrain à réaliser!» «Il était tellement jeune, mais j’ai pensé: «Les gens de Paramount [Pictures] sont intelligents! Francis a un front si grand, ça prouve qu’il est brillant!»

«Je porte ce personnage en moi», a-t-il enchaîné au sujet de Michael Corleone, rôle mythique du Godfather qui suit l’acteur encore aujourd’hui; ce personnage qui l’a rendu physiquement malade pendant le tournage.

Au sujet dudit tournage, il a confié qu’il avait souhaité, pendant un moment, quitter le navire. «Je voulais rentrer à la maison! Je ne voulais pas faire ce film!»

Pour terminer, l’acteur s’est montré bon joueur en acceptant de répondre en rafale aux questions du public. Un exercice plein d’imprévus, qui peut également se révéler périlleux, auquel Pacino s’est prêté avec générosité et classe.

«M. Pacino, quel est le film le plus marquant de votre carrière?» lui a demandé une spectatrice. «Celui qui reste à faire!»

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