Archives Métro Le vérificateur général de la Ville de Montréal, Jacques Bergeron

La capacité de Montréal à devenir une «ville intelligente et numérique» est remise en question par le vérificateur général (VG) de la Ville dans son rapport de 2014.

Dans la gestion de ses technologies de l’information (TI), la Ville «agit de manière réactive plutôt que proactive, elle agit en silos et les processus sont plus ou moins formels», a affirmé le vérificateur général Jacques Bergeron, mardi, lors de l’explication de son rapport devant les élus.

Pour sa stratégie de ville intelligente, Montréal souhaite pourtant étendre son réseau Wi-Fi, améliorer son service 311 et l’application Info-Neige.

Selon une étude de 2012 commandée par la Ville, le niveau de maturité de Montréal dans la gestion de ses TI était alors de 1,5/5. En l’absence «d’un cadre de gouvernance formel des TI et d’un plan directeur», M. Bergeron craint le pire alors que le cadre budgétaire est resserré par l’administration Coderre et que celle-ci mise sur une stratégie de «ville intelligente».

M. Bergeron avance alors que «les ressources disponibles [pourraient ne pas être] allouées aux projets ayant la plus grande contribution aux orientations stratégiques de la Ville» ou encore qu’un manque de compétences pourrait créer «une dépendance accrue aux firmes externes».

Pour en tirer ces conclusions, le vérificateur a analysé trois études qui avaient été commandées par la Ville entre 2004 et 2012. «On a complété le tout avec nos propres travaux de vérification [pour 2014] et on arrive essentiellement aux mêmes conclusions», affirme M. Bergeron.

Bien qu’elle ait présenté dernièrement son plan d’action pour la ville intelligente, Montréal doit faire ses devoirs avant de pouvoir atteindre ses objectifs, croit le VG. «Si la Ville veut atteindre un niveau de maturité “numérique”, il y a une marche très importante à franchir, des balises à établir», a-t-il affirmé mardi.

«Pour que la Ville intelligente soit plus qu’un slogan, il va falloir que le service des technologies ait les moyens financiers et opérationnels de réaliser sa mission, a lui aussi réagi mardi le leader de l’opposition officielle, Marc-André Gadoury. Dans la situation actuelle, le service des technologies de l’information ne peut pas répondre à la promesse de ville intelligente.»

La Ville fait valoir qu’au court des derniers mois elle a mis en place une nouvelle structure de gestion du service des technologies de l’information qui devrait répondre, selon elle, à certaines recommandations du vérificateur général. «On devrait ainsi s’assurer que les service offerts au Service des technologies de l’information correspondent au besoin stratégique de la ville», a affirmé mardi M. Desrochers. Un plan de gouvernance des technologies de l’information doit être réalisé en 2016.

Technoparc Montréal: la Ville se défend
L’administration Coderre assure que la situation est sur le point de s’améliorer à Technoparc Montréal, un organisme qui a également été ciblé par le dernier rapport du vérificateur général.

Tel que le mentionnait Métro lundi, Technoparc Montréal, un organisme à but non lucratif qui gère un important parc industriel et qui est financé à hauteur de 13M$ sur cinq ans par la Ville, a fait l’objet de problèmes d’éthique et de conflits d’intérêts au sein de son conseil d’administration. De plus, la Ville n’a jamais assuré le suivi de ses activités, selon le rapport 2014 du VG.

Alors qu’aucune unité de la Ville n’était jusqu’à tout récemment responsable de la reddition de comptes de l’organisme, c’est maintenant le Service du développement économique qui a obtenu le mandat, a confirmé mardi Pierre Desrochers, président du comité exécutif de la Ville de Montréal.

«Le conseil d’administration [de Technoparc Montréal] a déjà pris plusieurs décisions de sa propre initiative pour corriger les lacunes qui avaient été circonscrites. À ce jour, nous sommes satisfaits des mesures qu’il a prises pour renforcer sa gouvernance et nous ferons un suivi», a-t-il ajouté, alors qu’on l’interrogeait pour savoir s’il faisait toujours confiance aux membres du CA.

Le CA de l’organisme a d’abord revu le modèle de rémunération de son PDG, assure M. Desrochers. En plus d’un salaire de base de 200 000$, le PDG Mario Monette recevait des commissions pouvant atteindre 98 000$ basées sur les ventes de terrains effectuées par Technoparc Montréal. «Il ne peut pas être PDG et agent immobilier», a critiqué le vérificateur général Jacques Bergeron hier devant les journalistes.

M. Bergeron avait également soulevé certains problèmes de conflits d’intérêts au sein du conseil d’administration de l’organisme, alors que certains administrateurs, dont le président, auraient voté en faveur de contrats qu’ils se seraient accordés à eux-mêmes. M. Desrochers soutient qu’il y aura maintenant une meilleure documentation des décisions du CA. «Souvent, le manque de documentation peut donner lieu à toutes sortes d’interprétations. Ils vont augmenter de beaucoup leur documentation, ce qui permettra un meilleur suivi», a assuré le président du comité exécutif.

Les cibles de performance de l’organisme seront également clairement établies et incluses dans leur contrat avec la Ville, en plus des documents justificatifs que l’organisme devra fournir à la Ville.

Le vérificateur général de la Ville de Montréal a profité de sa tribune, hier, lors de la présentation de son rapport, pour rappeler ses craintes quant au suivi effectué par la Ville à l’égard des recommandations émises dans ses précédents rapports. Alors que Montréal s’était fixé l’objectif de régler 70% des recommandations formulées au terme de la première année suivant la publication d’un rapport, et 90% au terme de la deuxième, le VG soutient que la Ville affiche plutôt une moyenne de 43% au terme de la première année et de 65% au terme de la deuxième. «On prend ça très au sérieux, a réagi Pierre Desrochers. [Jusqu’à maintenant pour le rapport 2014, on parle d’un taux de résultats, en cours ou complétés, de 81%. On a le désir de répondre à toutes les recommandations, mais il y en a qui sont prioritaires.»

Le vérificateur général de la Ville de Montréal a également confié sa crainte de faire face à une pénurie d’expertise prochainement au sein de son équipe, alors que plusieurs de ses employés partiront à la retraite. La présente période de recrutement est peu fructueuse, dit-il. La Ville compte l’aider tout en rappelant que son unité devra se conformer, eux aussi, à la stratégie de «gestion serrée des dépenses». «Le VG devra avoir les bonnes ressources, mais d’un autre coté, vous comprendrez que nous avons un Plan quinquennal de la main d’œuvre, donc on gère nos dépenses de façon serrées. On s’attend à ce que le VG fasse le même exercice avec la même rigueur», a-t-il nuancé.

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